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Le Québec en politique et en humour. Par Emmanuel Bilodeau

juillet 23, 2011 4 commentaires

Toujours pensé que l’humour, quand il se pratique au 2e et 3e degrés., pouvait dire mieux que n’importe quel discours politique, sérieux et prétendument pédagogique. Merci à à M. Bilodeau. Voilà résumé l’ensemble des malaises du Québec actuel. Un Zapartiste !

Je n’ai pas du tout envie de quitter la Tunisie, mais cette vidéo me rend néanmoins heureuse du fait que lorsque je rentre chez moi, c’est au Québec que je reviens 🙂

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L’abc de la crise politique au Québec…

novembre 25, 2010 Laisser un commentaire

Politique 101; québécoise 2009-2010.

Lecture destinée aux exilés, et/ou perdus et/ou curieux du Québec politique actuel.

Un ami québécois exilé à Liverpool depuis quelques années m’a récemment écrit afin de savoir ce qui se passe exactement au Québec politique. Il venait de découvrir LA pétition et voulait une petite mise à jour…

Difficile d’être brève… J’invite tous les gens qui liront cette tentative de tableau synthèse à la corriger et/ou à l’améliorer.

Salut mon ami,

Puisque nous avons comme devise « je me souviens », je te dresse ici un portrait de mes simples souvenirs de l’actualité depuis… Près de deux ans maintenant !

Si je me souviens bien, tout cela a commencé au printemps 2009 à Montréal, avec une nouvelle dans les médias au sujet d’un généreux contrat de compteurs d’eau qui aurait été octroyé à Tony Accurso, un grand entrepreneur en construction. Le contrat a finalement été annulé, mais l’on a en cours de route découvert que des élus municipaux, du parti de Gérald Tremblay et de l’opposition, auraient dîné sur le luxueux yacht de Tony, tout comme de hauts placés à la FTQ, dont son président, Michel Arsenault. De même que certains gens de la famille libérale au provincial.

Après cette nouvelle, les médias de la métropole se sont mis à enquêter. Ils ont découvert toutes sortes d’informations qui pointaient toutes vers la même hypothèse : les enveloppes brunes et la collusion avaient envahi la mairie. Le maire n’a alors à peu près rien dit, sauf qu’il allait intenter des poursuites au criminel.

On attend toujours les résultats. Malgré tout ça, le maire a été réélu, il y a un peu plus d’un an, avec un taux de participation de moins de 40 %.

Tout ça, c’était au printemps 2009. Ensuite, les allégations de corruption ont commencé à fuser de toute part et il m’est un peu difficile de te faire la chronologie exacte de tout ce qui est sorti, tant il y en a eu. Depuis, les médias sont (re)devenus les chiens de garde de la démocratie. Pas une semaine passe sans qu’une nouvelle allégation ne se retrouve en Une.

Ces fâcheuses révélations auraient pu rester confinées à Montréal. Mais elles se sont plutôt déplacées dans d’autres municipalités…. Puis à la FTQ… Puis au gouvernement provincial.

Climat de peur sur les chantiers de construction, fracturation des contrats afin d’éviter les appels d’offre. Ententes entre entrepreneurs, ententes entre firmes de génie-conseil, afin de se partager les juteux contrats de construction du gouvernement, contrats qui se chiffrent par millions, puisque les infrastructures étaient la solution préconisée pour contrer la crise financière. Le tout avec la mafia jamais bien loin.

Jocelyn Dupuis, ex-président de la FTQ, accusé de fraude.

L’ex-ministre du travail, David Whissell, qui accorde des contrats à une compagnie dont il est actionnaire. Il a dû démissionner, mais au départ, notre Premier ministre n’y voyait aucun problème.

Après quelques mois de Unes qui n’en finissaient plus de mettre au jour de nouveaux scandales, à peu près tout le monde exigeait, avec un grand E, une commission d’enquête publique sur les allégations de corruption dans la construction. Tout le monde sauf la FTQ et l’Union des municipalités du Québec, bien entendu. C’était il y a un an. Le gouvernement Charest refusait alors cette enquête publique et optait plutôt pour des enquêtes policières qui, disait-il, allaient non pas amener des gens devant la TV, mais derrière les barreaux.

Le parti libéral croyait ainsi calmer la colère de la population et arrêter de fracasser des records d’impopularité dans les intentions de vote.

Voilà pour 2009.

2010 n’a pas été bien différente. Les soupçons, allégations et accusations de corruption occupent toujours le cœur de l’actualité, mais du domaine de la construction, ils ont atteint d’autres sphères :

Les firmes d’ingénieurs, neuf d’entre elles se partageraient les contrats du gouvernement. Les sociétés d’État, municipalités et ministères ont tous coupé leur budget alloué à l’ingénierie. Résultat ? Ils doivent maintenant engager des firmes qui sont chargées d’élaborer les projets publics, d’en déterminer les coûts et les appels d’offre…

La voilà, la fameuse ré-ingénierie !

Les garderies à 7 $ : Au printemps 2010, on apprenait que Tony Tomassi, alors ministre de la famille et très bon collecteur de fond, aurait attribué de lucratifs et convoités permis de garderie aux meilleurs contributeurs du parti. Il a dû démissionner depuis.

À partir de là, on a mis à profit le site du Directeur général des élections et l’on est allé scruter les dons aux partis. On a alors découvert que les secrétaires, concierges et autres simples employés de telle compagnie avaient tous offert le maximum permis de 3 000 $. Des enquêtes ont été ouvertes, on attend toujours les résultats.

Le clou du financement occulte du parti revient toutefois à nul autre que Marc Bellemare, notre coloré ancien Ministre de la Justice qui lançait lui aussi une bombe printanière : quand il était ministre, il aurait été contraint de nommer des juges dont les noms lui auraient été dictés par d’influents collecteurs du parti, tout cela avec la bénédiction de Jean Charest. Bellemare a alors réclamé encore, comme tout le monde le fait, une commission d’enquête sur la construction ET sur le financement des partis politiques. Charest a plutôt décidé de le poursuivre, tout en instituant une commission, mais qui n’a porté que sur le processus de nomination des juges. Cette commission Bastarache (le juge Bastarache est connu pour ses couleurs libérales), surmédiatisée, avait tous les airs d’un cirque et n’a fait que braquer encore plus l’opinion publique envers tout ce qui pouvait s’apparenter à de la politique au Québec. C’était cet automne et l’on attend toujours son rapport.

Il faut savoir que tout ça se passe dans un contexte de mécontentement général où l’on accuse à la fois les politiciens d’être petits et les électeurs d’être cyniques. Où le taux d’insatisfaction des gens à l’égard du gouvernement Charest se maintient en moyenne à 80 %. Où Jean Charest maintient son personnage imbu de lui-même, condescendant et sourd aux demandes du peuple qui l’a élu.

Rajoute à cela un budget Bachand qui charcute les services publics et ramène des impôts non progressifs. Rajoute à cela le dossier des gaz de schiste. Tu te retrouves avec un ras-le-bol généralisé. Tout le monde est, soit en criss, soit totalement dégoûté.

J’ai l’impression (ou l’espoir ??), que tout commence à craquer. Les allégations sont de plus en plus pointues et proviennent désormais de sources anonymes au coeur des enquêtes en cours. La FTQ a viré de bord ses derniers jours et est maintenant en faveur de l’enquête. L’UMQ aussi, après que quelques-uns de ses maires aient été suspendus le temps que la lumière soient faite sur des allégations d’enveloppes brunes qu’ils auraient reçues et/ou données.

Encore maintenant, le gouvernement Charest préfère les enquêtes policières à l’enquête publique. Le hic, c’est que même la police est en faveur de cette enquête. Pourquoi ? parce que les deux vont de pair : l’enquête oblige les intéressés à comparaître et délient les langues. Les enquêtes policières progressent ainsi bien mieux.

Bon rendu ici, tu dois en être arrivé à peu près la même conclusion que la majorité des Québécois : s’il refuse de la déclencher cette foutue enquête publique, c’est que le gouvernement Charest sait très bien qu’il a trop à perdre.

Te voilà avec un pas pire tableau de l’univers politique de ton Québec. J’espère que tu comprends mieux pourquoi le compteur de LA pétition a monté en flèche les premiers jours et pourquoi il continue de monter encore. On n’est pas loin du quart de million après deux semaines. C’est un record historique.

J’imagine que tu te demandes que fait l’opposition ? Bien sûr, elle réclame en cœur une enquête, mais sinon :

Le PQ se chicane sur l’article 1 du parti : un référendum doit-il ou non être tenu lors d’un premier mandat. Il remet aussi en question le « leadership » de Mme Marois, qui l’aurait bien plus facile si elle s’appelait Paul et non pas Pauline…

QS et son unique député se défendent très bien, mais la direction bicéphale leur nuit toujours tout autant. Et personne ne croit sérieusement à leur chance.

L’ADQ est presque morte, mais son chef, l’ancien journaliste de TQS Deltell a fait la Une et TLMEP la semaine dernière en traitant Charest de « parrain » de la famille libérale.

Sinon, il y a aussi des « mouvements » de droite qui s’organisent. Le premier, inclus Legault, Facal et quelques autres lucides (tu étais là à l’époque du Manifeste des lucides ?). Lucien Bouchard n’est pas loin, prêt à nous dire de devenir encore plus esclaves de nos patrons.

Il y a aussi le Réseau-Liberté-Québec. Celui-là, tu l’aimerais. Des gens de Québec, de la radio poubelle, tout imprégnée de l’âme de Fillion, qui affirment que l’État doit être réduit, anéanti, pour plus de « libartés » individuelles. De la pure démagogie digne du Tea Party américain.

Ces « nouveaux » groupes de droite, même s’ils ne sont pas des partis politiques, récoltent dans les sondages jusqu’à 40 % des intentions de vote…

Fait plutôt nouveau, on parle beaucoup de gauche et de droite maintenant au Québec. Mais j’ai parfois l’impression que les gens ne saisissent pas bien la différence.

Ainsi, ces nouveaux mouvements affirment que la gauche a assez gouverné ces dernières années et qu’il faudrait laisser enfin la place à la droite… Pourtant, on n’a pas vu la gauche gouverner depuis longtemps. Depuis Parizeau, soit depuis 15 ans ! S’il y a corruption maintenant au Québec, c’est parce que l’actuel gouvernement a laissé toute la place au privé, ce qui est constitue l’abc même de la droite.

Il faudrait que les gens finissent par le comprendre, avant les prochaines élections. Parce que signer une pétition, c’est bien, mais voter (en connaissance de cause), c’est mieux.

Le Procès des Cinq et autres litiges

octobre 14, 2010 1 commentaire

Bon, je sens la fin du régime du gouvernement Charest. C’est lourd, et j’ai le cynisme facile. Pas facile de revenir me commettre ici.

J’ai pourtant tant de choses à dire sur les gaz de schiste, la commission Bastarache, la loi 103, le bonhomme Carnaval, Statistiques Canada, les « je me souviens plus en je m’en calice » de la crise d’octobre, la corruption/collusion/construction et le fameux retour hypothétique des Nordiques.

Dans la mer des causes à soutenir, au Québec, au Canada, en Amérique et dans le monde surmondialisé, j’ai actuellement la nette impression que ma grande gueule, même si je la fais crier du plus fort et du plus strident que je peux, ne se fera pas entendre, criera dans le vide.

Y’a tellement de causes à soutenir, que l’on se contente de cliquer sur celles qui nous touchent plus ou moins sur Facebook, et puis c’est tout.

Non à la loi 103; la loi 101 n’est pas à vendre

Regardez par exemple la page FB qui s’oppose à la loi 103 : plus de 4 000 membres. Le lundi 18 octobre prochain, une manifestation contre cette loi pernicieuse aura lieu devant les bureaux du Premier Ministre Charest. Si nous y sommes 4 000, ça sera incroyable. Les organisateurs seront contents, mais le gouvernement ne bougera pas d’un poil. Si nous étions 50 000, peut-être. Mais qui prendra le temps ? Pourtant, la cause interpelle de nombreuses personnes, toutes générations confondues.

Pour un moratoire sur les gaz de schiste

Regardez la pétition(signez-la !!) qui circule depuis quelques jours pour un moratoire sur l’exploitation des gaz de schiste. On n’est pas loin de 10 000 signatures. Pas mal, mais c’est encore loin des 50 000 personnes qui se sont déplacées sur les Plaines pour le retour des Nordiques, le samedi 2 octobre dernier.

Ah ! Si les gaz de schiste avaient une chance de faire les séries contre les Canadiens de Montréal !

Je l’ai dit plus haut, j’ai le cynisme facile…mais pas exhaustif.

Je suis cynique, lorsque j’ai la nette impression que l’on me prend pour une valise. Et disons que j’ai l’impression que ça arrive pas mal trop souvent depuis la fin de l’été.

Quelques mots sur la (sur) couverture médiatique des 40 ans de la crise d’octobre.

Si vous lisez les journaux, si vous écoutez les chaînes de télé, d’information, vous ne pouvez pas ne pas en avoir (re) entendu parler.

Des reportages, des entrevues, des enquêtes, un roman, des textes, des idées, ont revisité le pourquoi du comment des mesures de guerres promulguées contre les indépendantistes, il y a 40 ans dans la Province of Québec.

Dans ce trop plein d’informations reconsidérées, repensées et réactualisées, un événement a pratiquement été passé sous silence par les médias : Le procès de Cinq, présenté par les Zapartistes début octobre au Lion d’Or.

Le lendemain, dans les « vrais » médias écrits de Montréal, un seul journaliste, en lock-out de Québécor, en a parlé.

C’est tout dire.

Je ne connais pas les détails de l’affaire, mais toujours est-il que Lux Éditeur a décidé de publier des extraits du Procès des Cinq.

(Pour faire une histoire courte, le Procès des Cinq a eu lieu début 1971. Il mettait en cause cinq hommes, dont Michel Chartrand et Pierre Vallières, alors accusé de « conspiration séditieuse ». Le procès fédéral s’est finalement terminé sur un non-lieu.)

Comme par magie, les conséquents Zapartistes ont découvert le texte. La Zapartiste de l’ombre Nadine Vincent a un peu condensé le texte. Sur la scène du Lion d’or, Patenaude, Parenteau et Vanasse nous ont offert ce brillant aperçu du verbatim. Un texte sans retouche. Sans retouche, car nul besoin d’en rajouter : le texte parle de lui-même, avec notamment ses clins d’œil à la Commission libérale Bastarache.

Les sources

Quand j’étudiais l’histoire ancienne, j’étais (et je le suis toujours) fascinée par les Anciens, par ce qu’ils avaient tenté, inventé, imaginé, afin de vivre ensemble. Bref, j’avais le « je me souviens », bien élastique. J’ai tenu à commencer par le début, quitte à faire un détour de 2 500 ans.

Lorsque l’on s’intéresse à l’histoire, on apprend vite qu’il est des plus hasardeux de parvenir à une vision claire du déroulement des événements de notre recherche. Les sources nous disent bien ce qu’elles veulent et l’objectivité est une chimère.

Mais, contrairement aux écrits de Homère le romancier, de Platon le philosophe, de Aristophane le dramaturge ou de Thuycidide l’historien, les écrits des rhéteurs (plaideurs professionnels) nous offrent un aperçu plus brut.

En histoire, les comptes-rendus sans fla-fla de procès ont des avantages que les autres textes d’une même époque n’ont pas. Nous pouvons y découvrir qui – du clan x ou du clan y – a gagné son procès. Nous pouvons y lire les arguments qui ont fait pencher les jurés. Dans certains cas, nous pouvons même savoir comment l’assistance a réagi. On a l’impression de vraiment tâter le pouls de l’époque.

C’est un peu ce que les Zapartistes nous ont donné à voir sur scène avec le Procès des Cinq de 1971.

En lisant le Procès de Cinq, on ne comprend certes pas tout, mais on lit simplement, sans plus ni moins, comment cinq Québécois, debout et sans langue de bois, se sont défendus dans la foulée des dérives d’octobre 1970.

Enfin !

On espère que les Lux Éditeur récidivera avec la publication d’autres procès.

Le Procès des Cinq, Lux Éditeur.


Les Zapartistes, à l’Anglicane à Lévis le 15 octobre et en supplémentaire au Lion d’Or à Montréal le 20 octobre.

Falardeau, en toute liberté, merci à Radio-cadenas

août 23, 2010 2 commentaires

Le Canadien, rassembleuse catharsis

mai 15, 2010 2 commentaires

Je n’aurais jamais pensé parler de hockey ici, mais m’y voilà.

Récemment à la fromagerie, où l’on parle sans cesse du Canadien, qu’il soit en séries ou non, bon ou mauvais, un jeune collègue m’a lancé d’un air certain que le hockey était la seule, la dernière, chose qui rassemblait tous les Québécois.

Un autre collègue et moi n’avons guère pris la sortie de notre jeune collègue un peu baveux au sérieux : t’es trop jeune pour savoir. Oui, il y a des choses qui rassemblent les Québécois davantage que le hockey. Un jour tu comprendras, que nous lui avons répondu en substance, avant de lui parler de loi 101, de culture et de référendum…

C’était avant que le Canadien ne gagne la première ronde des séries.

Source

En temps normal, en saison régulière, je suis une fille qui s’en fout quasiment du hockey. J’écris quasiment et non carrément, parce qu’évidemment, je préfère toujours voir l’équipe de la ville dans laquelle je vis gagner. Mon enthousiasme s’arrête normalement là. Mais comme à peu près tout le monde à Montréal actuellement, je me laisse prendre au jeu depuis quelque temps.

Mercredi soir, je suis allée donc chez une amie regarder le 7e match de la deuxième ronde. Tout comme 25 autres personnes amassées dans son petit salon. Comme vous le devinez, l’ambiance était survoltée, à son paroxysme. Tout un chacun était rivé à l’écran. Il y avait là toutes sortes de gens se connaissant plus ou moins ou pas du tout. Des Québécois et des Canadiens anglos et/ou francos, des Français, Iraniens, Autrichiens, tous unis comme jamais devant la victoire des Glorieux qui, plus le temps passait, devenait imminente.

C’était magique, même pour une fille qui n’aime que quasiment le hockey…

Après le match, tout ce beau monde est sorti sur le balcon de la rue Saint-Denis afin de saluer les voitures. Pourquoi ? mais parce que ce trop plein de joie se devait d’être partagé, enfin !

Pendant plus d’une heure, les nombreuses voitures qui passaient et passaient sur la rue ont klaxonné et klaxonné en réponse aux quelques amis de la soirée qui agitaient leur drapeau du Tricolore sur le trottoir.

Je ne me souviens pas avoir assisté à une telle effervescence de joie collective. Je n’étais pas à Montréal en 1993…

Moi qui penche davantage du côté des sciences humaines que de celles du sport, je me demandais alors quel autre événement pourrait provoquer une telle euphorie, une telle cohésion à Montréal, au Québec.

À un moment, j’ai bien entendu pensé à un éventuel référendum gagnant.

Mais un ami bien avisé m’a pertinemment fait remarquer qu’un référendum gagnant ne serait pas autant rassembleur que la victoire de la Sainte-Flanelle : les anglophones de Montréal, les immigrants et les autochtones ne seraient pas unanimement à nos côtés ce soir-là.

Comment ne pas lui donner raison ?

Alors que les plus motivés en étaient à taper de la main avec les passagers des voitures de la rue Saint-Denis, j’en étais donc à cette réflexion tragique : mon jeunot de collègue avait peut-être raison : le hockey est dorénavant la chose la plus rassembleuse au Québec. Pis, elle l’a probablement toujours été.

Au Québec, comme ailleurs.

Puis une amie française est arrivée à point dans cette terrible réflexion, en me racontant la victoire de la France en Coupe du Monde de soccer, il y a de cela quelques années.

Cette année-là, tous les Français et Françaises ont connu l’euphorie de la victoire. Tout clivage entre classes, quartiers, origines, régions et partis politiques a été balayé au profit d’un bonheur complet, d’une fierté sans limite. La France avait gagné.

Après son récit, ma chère sociologue française a néanmoins tenu à souligner que ce bonheur fut éphémère. C’est le mot qu’elle a employé : éphémère. La joie de cette victoire a été incroyable, mais n’a duré qu’un temps. Surtout, elle n’a rien changé au pays, en mieux ou en pire.

Mais bon, je ne voudrais surtout pas jouer les rabat-joie.

Le sport, ce n’est pas la politique, ce n’est que le sport : il a des règles claires, des arbitres, un temps précis à jouer. À la fin de la partie, une équipe a gagné, l’autre a perdu, point final. C’est la beauté de la chose : c’est clair.

Le sport nous apprend aussi une chose que nous ne devrions jamais oublier, que nous pourrions mettre en pratique en politique ou ailleurs : Si les Canadiens sont si bons cette année, c’est que le petit ego de chaque joueur a été mis de côté au profit du groupe. Je n’y connais rien, mais tout le monde s’entend pour dire que le secret est dans l’esprit d’équipe. C’est ainsi qu’on gagne : avec la primauté de la collectivité sur l’individu.

Bref, je ne sais pas trop si le hockey est la seule chose qui peut encore rassembler tous les Québécois. Rendu ici et maintenant, je ne crois plus que la question soit si pertinente. Pendant que la victoire est là, autant ne pas bouder son plaisir. Ça nous change du reste, ça nous donne confiance et ça nous fait sentir fiers d’être Québécois. Et puis, on ne sait pas quand ce sentiment largement partagé se fera à nouveau sentir aussi éloquemment.

S’il n’y a que le Canadien pour nous procurer ça, encore heureux qu’il soit là.

Le sport est peut-être l’opium du peuple, mais il est aussi une formidable catharisis.

Halak prochaine fois.

Mommy Daddy

En avril, je suis allée au Moulin de la loi 101. Enfin, le véritable nom de l’événement était : Grand rassemblement : Québec vs Cour suprême. La loi 101, notre seule voix. Mais je préfère l’appeler le Moulin de la loi 101. Ça fait un p’tit clin d’oeil au Moulin à paroles. Et c’est de circonstance.

Je crois au pouvoir des mots, des paroles, des textes. Je les aime. Si l’on cherche à les protéger, quoi de mieux qu’un moulin pour les propager ? D’autant plus si c’est pour se souvenir du parcours de notre langue. Sans elle, il ne saurait y avoir de moulins, de loi ou à paroles. Pas même à images.

Lors de ce rassemblement, 850 personnes ont écouté religieusement, et pendant trois heures, comédiens, politiciens, chanteurs et musiciens leur rappeler l’histoire de leur langue, à coup de textes historiques, de chansons, de vidéos et de discours enflammés.

Un moment fort où la gauche souverainiste du Québec était unie. Enfin !

(En écrivant la « gauche souverainiste », je ne suggère pas ici que seuls les gens à gauche supportent la langue française au Québec. Je ne présume de rien. Je ne fais ici que constater : parmi tous les organismes, partis politiques, syndicats, artistes et chercheurs présents, la droite brillait par son absence. J’imagine qu’elle avait plus important à faire en ce beau dimanche après-midi.)

Bref, j’allais écrire « un moment où tout un chacun était fier d’être Québécois », mais ce n’est pas exactement ça. Je crois que c’était plutôt « un moment où tout un chacun avait la certitude qu’un jour, ses petits petits-enfant parleraient encore le français ».

Vous me direz que 850 personnes, ce n’est pas assez.

J’espère que vous avez tort.

Enfin, de tous les textes qui furent présentés en ce dimanche d’avril, une chanson les a, à mon avis, tous éclipsé. Une chanson qui dit tout. Tout y est. Ni plus, ni moins.

Bon Secours Baltimore Health System

La chanson Mommy Daddy fut enregistrée en 1971 par Dominique Michel et Marc Gélinas, pour le film Tiens-toi bien après les oreilles à papa, réalisé par Jean Bissonnette. Le scénariste du film, Gilles Richer, a écrit les paroles; Marc Gélinas la musique.

J’aurais bien aimé vous offrir la vidéo de la splendide jeune fille qui l’a interprétée au Moulin de la loi 101, mais je ne le trouve pas sur la Toile (avis à tous !)

Ici, la version originale du film.

Les Québécois sont des gens de gauche qui s’ignorent

avril 15, 2010 2 commentaires

Ou qui se taisent…

Certains Québécois se censurent afin de ne pas être taxés de sales gauchistes pelleteux de nuages. Exception faite des blogueurs de la Toile et des vieux de la vieille, amis de Chartrand, rares sont ceux qui s’affichent « de gauche ».

La preuve en est que vous ne lirez qu’exceptionnellement dans nos médias de masse les mots « les gens de gauche », mais toujours « la gogauche » ou « le gauchiste ». Même Foglia se dit « vieux gogauche » dans une superbe chronique !

Ces deux termes sont péjoratifs. Dans notre imaginaire collectif, ils font référence à des gens économiquement dans les patates, la tête dans les nuages et l’appart sur le Plateau. Des rêveurs, pas des bâtisseurs. Et encore moins des créateurs de richesse.

source

Pourtant, lorsqu’un sale gauchiste s’éteint, un Falardeau ou un Chartrand, tout le Québec s’émeut et même le gouvernement Charest reconnaît l’importance cruciale qu’il a eue dans notre progression vers une société plus équitable…

Remarquez que les gens s’affichant « de droite » ne sont pas légion, eux non plus. Mais aucun terme péjoratif ne leur est accolé dans les médias, dans l’espace public. Au contraire, rusés, ils se sont choisi un terme tout désigné pour refléter la réussite et la vérité dans notre inconscient collectif : les lucides.

Ils sont forts. Surtout pour persuader les Québécois que la gauche n’est plus économiquement viable. Qu’elle mène à un mur.

Voilà qui m’amène au Québécois de gauche qui s’ignore.

Il pourrait – il l’a été dans certains cas – être de gauche, mais il se dit ces temps-ci de droite. Il est d’accord en théorie avec les principes de la gauche, mais il n’y croit plus. Il ne croit plus que la société, surtout le Québec (la petite province qui dépense trop sans se soucier de son avenir), a les moyens d’être de gauche. Il avance l’idée que la social-démocratie ne fonctionne pas et que les dernières années l’ont prouvé d’une manière tout à fait éloquente.

Pourtant, s’il prenait quelques heures de son précieux temps à lire plutôt qu’à regarder une télé série américaine et/ou le Banquier, il verrait bien que, dans toutes les sociétés démocratiques où la social-démocratie a commencé à mal fonctionner, la porte avait été trop grande ouverte à des intérêts privés.

Le Québec, le Canada, la France, l’Angleterre, la Suède, les Etats-Unis, nommez-les. Tous. À cet égard, il faut lire et relire L’Amérique que nous voulons, de Paul Krugman

Bref, les Baby-boomers, les souverainistes surtout, sont nombreux dans cette catégorie. Mais ils ne sont pas les seuls. Il y a aussi tous ceux qui ont jeté l’éponge en 1995. Il y a aussi les jeunes et moins jeunes, plus ou moins apolitiques, qui se disent « de centre ».

« de centre » ?

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que signifie exactement être « de centre » ? C’est comme si un amateur de hockey disait à la fois prendre pour les Nordiques et les Canadiens. En pratique, ça ne tient pas la route.

J’ai l’impression que le Québécois est non seulement une personne de gauche qui s’ignore, mais qu’en plus, il est mêlé pas rien qu’à peu près. C’est alors qu’il se dit « de centre ».

Dimanche, ils ont été 50 000 à aller manifester, à l’appel d’une radio poubelle privée et de droite… contre un budget de droite. Avec leurs balais, ils demandaient au gouvernement Charest de faire le ménage dans l’État… alors que ce gouvernement s’emploie à faire exactement cela depuis 2003 : réduire la taille de l’état en redistribuant les services publics au privé, généreux donateur du Parti. Après, l’État sera tellement petit – un 3 et demi plutôt qu’un palais de Westmount – qu’il sera en effet beaucoup plus rapide de passer le balai…
Source

Les Québécois sont en colère ces jours-ci, mais on aurait envie de dire qu’ils le méritent bien : depuis 2003 qu’ils votent pour un gouvernement libéral. On ne peut même pas être surpris, tant c’était prévisible. Vous n’avez à relire Libérez-nous des Libéraux, tout y était déjà, en 2004.

Gauche VS droite

Bon, réduisons à sa plus simple expression la gauche versus la droite : le bien commun versus le bien individuel.

Y-a-t-il vraiment un Québécois qui ne soit pas d’accord avec la primauté de la collectivité sur l’individu ? D’autant plus que l’on sait que la somme des biens individuels d’une société de droite ne se traduit jamais par l’augmentation du bien commun. Au contraire. C’est-à-dire que plus nous gouvernons à droite, plus l’ensemble de la richesse économique, culturelle et sociale se concentre entre les mains d’un groupe toujours plus restreint.

Du genre, chez nous, à 2 % de la population. 2 % de la population dont vous ne faites pas partie, vous, cher lecteur de ce blogue inutile.

Voilà, je suis de gauche, j’en suis fière et je vous emmerde, tabarnak ! aurait dit Chartrand.