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L’importance d’être prudente, toujours.

juin 12, 2011 6 commentaires

Jamais je n’aurais cru que le deuxième billet sur mon second séjour tunisien porterait sur ce sujet. En vérité, c’est en plein le genre de sujet, privé, intimiste et émotif, qu’habituellement j’évite absolument sur ce blogue.

Mais je ferai ici exception. Pourquoi, je ne le sais pas exactement. Je pense qu’il faut chercher les raisons quelque part entre la catharsis et le souci d’être utile à d’autres femmes. Qu’elles soient dans le confort de leur propre ville, en voyage ou en séjour, étrangères, de passage ou perdues. Peu importe les circonstances. C’est le genre de chose qui peut arriver n’importe où.

Pour ma part, c’est à arrivé à Tunis il y a quelques jours. Normalement, je suis toujours d’une prudence exemplaire dans cette ville. En 2005, on m’a répété 10 millions de fois de faire attention. En mai dernier, quelques jours avant mon départ, on me l’a encore répété 10 000 fois au Québec. En revenant ici au début du mois, on me l’a encore rappelé : « sans être méfiante, sois prudente », m’a envoyé par texto un ami.

J’ai beaucoup voyagé depuis 10 ans, certains diraient même que j’ai poussé un peu loin, et il ne m’est jamais rien arrivé.

En Tunisie, avant et après la révolution, tout le monde se méfie de tout le monde; personne n’accorde sa confiance à personne. Si une telle personne ne figure pas dans le cercle de connaissance d’une telle autre, sûr que cette dernière me dira d’éviter de la fréquenter. Si je passais mon temps à écouter les gens, je ne pourrais pas faire mon travail. Je pourrais difficilement rencontrer de nouvelles personnes à interviewer. Alors, j’ai appris à en prendre et à en laisser.

C’est un peu pour ça que j’ai eu la peur de ma vie vendredi soir. Pour ça, et parce que j’ai baissé ma garde pour un instant.

J’étais dans un bar bien sympathique du centre-ville. Avec des amis. Je vois un grand et beau jeune homme débarquer. Il me remarque, vient me saluer. Comme il salue également un des hommes à ma table et des connaissances assises un peu plus loin. Je ne me méfie pas : il est dans le cercle.

Plus tard, on discute un peu. Il est gentil, il me drague un peu, mais bien naïvement. À ce moment-là, une journaliste que je viens de rencontrer m’avertit de faire gaffe à ce mec qui, selon elle, n’est pas très fiable. Je choisis de ne pas l’écouter. Comme je l’écrivais plus haut, si l’on veut rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles idées, pour écrire, il faut en prendre et en laisser.

Comment ne jamais se tromper ?

Toujours est-il que le mec m’offre de me raccompagner chez moi, pour ma sécurité. C’est là, sans le savoir, que je commets l’erreur de baisser ma garde. J’accepte et je me retrouve un peu plus tard dans un taxi avec lui, qui nous amène bel et bien dans mon quartier, mais pas dans la bonne rue. Après être sortis du taxi, je lui dit au revoir et je tente de partir vers chez moi. C’est là que je prends conscience de la merde dans laquelle je me suis mise : il refuse alors de me laisser passer, en me barrant le chemin du haut de ses six pieds. À ce moment, je refuse encore de me rendre à l’évidence et je lui fais des blagues : je vais appeler la police, si tu ne me laisses pas passer. C’est alors qu’il me saisit le bras et qu’il m’amène vers le hall d’un immeuble qui doit être le sien. J’essaie de la frapper, en vain, de la mordre, en vain. Dans le hall, nous croisons un voisin qui ne réagit aucunement, après que mon nouvel ennemi lui ait dit je ne sais pas quoi en arabe. C’est alors que je me mets à crier de tous mes poumons : à l’aide, aidez-moi !!!!!!!!

Heureusement pour moi, six ou sept hommes débarquent sur les lieux, dont un militaire. Le malade me lâche. J’agrippe le soldat (jamais été aussi heureuse de voir un militaire de toute ma vie). Celui-ci m’éloigne et m’embarque dans un taxi. Le taxi me ramène chez moi. En sortant de la voiture, je retrouve deux jeunes et leur scooter entraperçus plus tôt, qui m’expliquent qu’à la demande du militaire, ils ont suivi mon taxi pour être certains que je rentre bien chez moi. Ils m’escortent jusqu’à ma porte. Je rentre chez moi, saine et sauve, et je fonds en larme.

Voilà. C’est écrit.

Depuis, je suis ressortie dans mon quartier (l’incident a eu lieu pas très loin de chez moi). D’abord accompagné d’un ami, puis, aujourd’hui, toute seule. La peur s’estompe, mais je modifie volontairement mon itinéraire pour me rendre au centre-ville, afin d’éviter de passer près de chez lui ou de l’endroit où il a tenté de m’amener. Et en marchant, je retourne souvent la tête, juste pour être certaine que je ne suis pas suivie.

Comment je vais réagir si je le revois ?

J’ai été chanceuse, il y a eu dans cette bête histoire plus de peur que de mal. Mais cette peur, je ne la connaissais pas. C’est un sentiment nouveau qui s’est installé en moi, celui de la victime. Ce n’est pas du tout agréable. Et je comprends maintenant le sentiment de culpabilité, celui que tout le monde me dit que je ne devrais pas ressentir, mais qui n’en demeure pas moins là.

Je ne suis pas certaine que ce texte restera en ligne. Mais je sens le besoin qu’il soit ici pour le moment.

Pour me rappeler de toujours être prudente. Pour ne pas oublier la leçon. Dorénavant, je vais toujours prendre le taxi toute seule pour rentrer chez moi, ouallah !

P.S.: Je le répète: Cette histoire aurait pu arriver dans n’importe quelle ville. Comme Plume le chante si justement: Dans n’importe quelle ville, y’a toute sorte d’imbéciles.
Pour un imbécile ce soir-là, il y a six ou sept Tunsiens qui sont venus me sauver et tout autant qui m’ont épaulé le lendemain.

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Tunis, six ans et une révolution plus tard.

juin 6, 2011 1 commentaire

Premières impressions biaisées par l’émotion de retrouvailles intenses.

Ceux qui suivent ce blogue le savent : j’ai séjourné pendant des mois à Tunis en 2005.

Je n’y étais pas retournée depuis.

Tunis

La place du 7 novembre 1987, devenue la place du 14 janvier 2011, ou la place de Bouazizi ou la place de l'indépendance...

Me voilà de retour depuis une semaine. Oui, je suis revenue pour voir la révolution et la transition démocratique de ce petit, mais grand, pays qui peut se targuer d’avoir été l’instigateur du printemps arabe.

La première chose que j’ai faite en arrivant mardi, sur le décalage horaire et en manque profond de sommeil, c’est d’aller me promener dans la ville. Bon, j’étais peut-être un peu naïve, je ne sais pas trop à quoi je m’attendais exactement, mais je pensais que je verrais les fruits de la révolution à chaque coin de rue de Tunis. Les bons fruits, comme les pas mûrs. Après tout, à lire les médias, Tunis semblait plonger dans le chaos.

Je n’ai pas été déçue, mais surprise. La ville tourne, les commerces roulent, comme avant. Des centaines de personnes – hommes, femmes, jeunes et enfants – de voitures et de mobylettes déambulent dans un bordel sympathique, comme il y a six ans. Les gens travaillent, les gens consomment, les terrasses sont pleines.

Ça m’a rassurée : S’il avait fallu que la ville soit paralysée presque cinq mois après le départ de Ben Ali, pas sûr que cela serait de bon augure pour l’avènement de la démocratie.

M’enfin…

Si l’on y regarde de près, certaines choses ont pourtant indéniablement changé. De petites choses, mais qui auraient été tout à fait impensable avant le 14 janvier.

Quand les militaires remplacent les flics.

Le plus flagrant : Les militaires postés devant tout édifice « sensible », des bureaux gouvernementaux à l’ambassade de France, en passant par la synagogue de Lafayette. Voir des hommes armés un peu partout en Tunisie n’a rien de surprenant ou de nouveau: Avant, c’était les flics de Ben Ali, maintenant, les soldats de l’armée…

Ceci dit, les Tunisiens se promènent en famille ou entre amis sur l’avenue Habib Bourguiba, longeant les barbelés qui les séparent des militaires, des camions et de leurs armes, tout cela dans une ambiance presque bon enfant. C’est à peine si les militaires ne posent pas quand l’on prend une photo.

Tunis 1

Le ministère de l'intérieur, celui que l'on ne pouvait et que l'on n'osait pas photographier avant.

Il est bon de rappeler ici que l’armée a refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolution, précipitant ainsi le départ de l’ancien dictateur.

Parlant de Ben Ali, c’est probablement l’autre chose qui a le plus changé dans le paysage tunisois : exit son portrait partout, dans les rues et dans tous les commerces, et exit SA couleur préférée, symbole de son régime : le violet. Exception des fleurs de certains arbres, le violet a disparu.

Il y a aussi les stands à journaux qui ont complètement changé. Là aussi, la face de Ben Ali a disparu des médias locaux (certains journaux présentaient un article et une photo de l’homme en Une, à chaque jour. Les autres devait lui consacrer une page, au moins). Mais aussi, une foule de journaux et magazines ont refait leur apparition. Acheter le Courrier International à Tunis, c’était pour moi symbolique. Et jouissif.

Je ne saurais également passer sous silence le nombre de femmes voilées qui a sensiblement augmenté depuis 2005. Au départ, je me suis demandé s’il avait augmenté avec les années, ou si la révolution l’avait propulsé. Après vérification auprès de sources fiables, je confirme que c’est bien la révolution. Sous le régime de Ben Ali, le voile était interdit dans l’administration publique. Cette loi est partie avec lui. On a par ailleurs annoncé que les femmes pourraient maintenant se faire poser voilées sur leur carte d’identité.

Tunis 3

Les militaires et leur arsenal devant l'ambassade de France.

Alors que le port du voile était avant le 14 janvier fortement déconseillé, certaines femmes ne le portaient pas à l’époque par peur d’être harcelées. Aujourd’hui, les Tunisiennes revendiquent le libre choix, à ce que l’on m’a dit. Mais j’ai aussi lu sur Internet que certaines femmes auraient été harcelées par des islamistes dans les transport en commun, afin qu’elle le porte. Allez savoir qui croire.

Voilà pour ce qui peut être vu.

La prochaine fois, nous verrons ce qui peut être entendu.

Le voile n’est PAS religieux

mars 22, 2010 18 commentaires

Comme je le racontais dans le billet précédent, mes premières semaines en Tunisie ont fortement ébranlé, questionné et nuancé la jeune nord-américaine que j’étais.

Dès les premiers jours de mon séjour là-bas, je voulais, puisque j’y étais à titre de journaliste stagiaire, écrire un beau, grand et long dossier sur les (jeunes) femmes voilées de ce pays.

L’explication toute faite des Tunisiens et des journaux, à savoir que les jeunes se remettaient au voile depuis le 11 septembre 2001 par souci d’affirmation de leur identité musulmane et arabe, par opposition au monde occidental en général et aux Etats-Unis en particulier, ne me satisfaisait pas vraiment. Du moins, je voulais l’entendre de la bouche de ces jeunes femmes voilées qui souvent étaient plus que « fashion ». Fashion en ce sens que leur joli voile rose allait à ravir avec leur sac à main, leur vernis à ongle et leurs petits souliers roses.

Source

Je ne suis pourtant jamais parvenue à écrire cet article. Je n’ai jamais été capable de réunir quelques jeunes Tunisiennes qui portaient le voile et accepteraient de m’en parler. J’aurais pu essayer davantage, mais ce n’était pas si facile.

D’abord, j’habitais à Tunis, où le voile est nettement plus rare qu’en région. Les femmes que je côtoyais au départ étaient journalistes, comédiennes, étudiantes et urbaines. Aucune ne portait le voile.

En tous cas, j’ai essuyé quelques refus de sœurs ou d’amis de quelqu’un qui m’avait dit qu’il connaissait quelqu’une qui parlait français et qui accepterait !

Car on me disait plus souvent qu’autrement que la jeune femme voilée ne parlait qu’arabe.

C’est en effet en région que le bilinguisme se perd de plus en plus. À Tunis, les jeunes femmes étudient (en français, bien souvent) dans une université… où le voile est interdit.

La première jeune femme voilée que j’ai vraiment côtoyée s’appelait Salima (prénom fictif). C’était en avril, trois mois après mon arrivée en Tunisie.

On m’avait alors demandé de jouer dans un court métrage réalisé par des étudiants. J’ai donc passé trois jours avec des étudiants de 20 ans pour leur projet de fin d’année. Parmi eux, la maquilleuse, Salima, portait un voile. J’ai un peu discuté avec elle du film, sans plus. Je n’ai pas osé lui poser des questions sur son voile. Par respect et parce que je me disais que j’avais tout mon temps.

Après ce tournage, je n’ai plus, ou si peu et si superficiellement, rencontré de femmes voilées.

Mais il n’empêche que les petits hasards de plusieurs petites situations d’amies non voilées ont fini par m’en révéler beaucoup.

Inès, Tunisienne « libérée »

Un jour, je fis ainsi la connaissance de Inès (prénom fictif). Sa rencontre m’avait dès le départ impressionnée : elle avait 24 ans, était graphiste, grande, belle et magnifique avec ces cheveux noirs portés très courts. Elle fumait, buvait, couchait avec son homme. Elle vivait en colocation avec deux gars ! Ce qui en théorie ne se faisait absolument pas en Tunisie.

Il y avait souvent chez elle des partys bien arrosés où l’on écoutait du Léo Ferré et du Faïrouz en alternance. Où l’on consommait joyeusement pétards et alcool. Où l’on refaisait le monde, où l’on chassait le dictateur du pays.

De soirées où l’on se serait cru en plein samedi soir sur le Plateau. Un Plateau bilingue arabe et français…

Au fil du temps, certaines situations ne purent néanmoins m’échapper. Rapidement, je découvris par exemple que Inès n’était pas libre de toute contrainte. Un jour, je la rencontrai par hasard au Café Univers. Maintes fois nous avions bu ensemble une bonne Celtia froide à cet endroit. C’était en quelque sorte le port d’ancrage de notre petit groupe. C’était toutefois la première fois que j’y rencontrais seule la jeune tunisienne.

– Une bière ma chère ?
– Non, je ne peux pas boire maintenant, car il n’y a pas d’hommes avec nous en ce moment.
– Pardon ?

À la façon dont Inès m’avait dit cela, tout vite et tout bas, je sus que je ne devais rien ajouter pour le moment.

Quelques temps plus tard, je la rencontrai à nouveau au même café.

Elle m’apparaissait nerveuse et ne cessait de regarder sa montre. Elle me demanda alors d’aller boire notre café dehors, à la terrasse. Comme il faisait environ 8 000 degrés Celsius, je lui avouai que je préférais rester à l’intérieur (air climatisé). Elle me dit alors que, pour sa part, elle se devait de sortir : son petit frère allait arriver sous peu de la maison familiale à Kairouan (ville au centre du pays). Le petit frère ne devait pas la voir à l’intérieur et ne devait pas la voir fumer. Car voilà des choses tout à fait inacceptables pour des femmes en Tunisie.

Inès me reparla de cette situation quelques jours plus tard : quand elle retournait à la maison pour l’été, elle cessait de fumer, de boire, de voir des garçons. Elle restait à la maison et aidait sa mère à la cuisine. Elle ne mettait pas un voile, mais c’était tout comme. Pour elle, cela allait de soi. Son mode de vie dans la Capitale aurait de toute manière beaucoup trop chagriné et ébranlé ses parents, m’expliquait-elle.

Quelques semaines avant de revenir au Québec, en août, je suis retombée tout à fait par hasard sur Salima, la jeune maquilleuse voilée du court métrage auquel j’avais participé des mois plus tôt. Nous étions alors au Festival international de cinéma amateur de Kélibia.

Je ne le reconnus pas toute suite : elle ne portait plus son voile.

On me dit alors qu’elle avait dû tout simplement changer son style, afin de tenter de trouver une nouvelle façon plaire aux garçons…

C’est tout ? un moyen de séduction ?

Si j’ai bien compris, la jeunesse de bien des Tunisiennes ressemble plus ou mois à ceci :

L’éducation étant gratuite, une fille décide de quitter la maison familiale pour aller étudier à Tunis. Pendant ses années d’études, elle a l’occasion de rencontrer des gars à l’université, dans les cafés et dans les bars de La Marsa. Elle peut boire quelques bières, se faire un petit copain. Elle peut même aller jusqu’à coucher avant le mariage ! Mais tout cela, c’est à Tunis. De retour dans la famille, elle suit les traditions et évite la foudre des « qu’en dira-t-on ? », Ceux de la famille, des voisins, du village.

Quand elle a terminé ses études, soit elle retourne vivre avec sa famille sur ordre du père, au risque de devenir chômeuse dans sa ville natale, soit elle tente, avec un taux de chômage incroyable, de se trouver un job à Tunis ou dans une autre ville du pays.

Puis, lui vient l’envie de vivre sous le même toit qu’un homme. Pour cela, elle doit se marier. Sans contrat de mariage, on ne peut même pas louer une chambre d’hôtel en couple !

Alors, pour signifier aux hommes de son entourage qu’elle est prête à la vie sérieuse du mariage, elle se met un voile sur la tête quand elle sort. Si jamais elle a eu l’audace de coucher avec un homme avant, elle peut toujours subir une chirurgie qui est paraît-il malheureusement très populaire en Tunisie : la reconstitution de l’hymen.

Source

Cette situation est notamment rendue possible parce que de nombreux jeunes Tunisiens jouent le jeu : pendant les folles années de leur vingtaine, ils étudient à l’université, ils sortent dans les boîtes de nuit, se cultivent, boivent un coup et fréquentent de jeunes étudiantes brillantes. Mais quand l’heure de la récréation a sonné, vers leurs 30 ans, ils décident de se ranger, de se marier. Ils délaissent donc leurs amantes de jeunesse, se mettent à la recherche de la jeune femme sérieuse et, avec bonus, vierge. Il ne suffit que de repérer les voiles.

Et les femmes qui dans leur vingtaine ont trop « profité » de la vie finissent souvent vieilles filles…

Bien entendu, ces complexes convenances ne sont pas suivies par tous les hommes et les femmes de ce pays. Certains Tunisiens s’en indignent, certaines Tunisiennes s’en affranchissent, mais tout un chacun en connaît néanmoins parfaitement les rouages.

Il n’empêche que plus on comprend les complexes rouages de ces codes culturels, moins on parvient à voir ce que la religion a à y voir, plus on y découvre les convenances sociales, les règles morales, que ce pays porte depuis des siècles.

Que la religion ait un jour récupéré ces normes sociales, il n’y a vraiment rien de nouveau sous le soleil de toutes les religions et cela depuis des siècles et des siècles.

En Tunisie, le voile a donc beaucoup plus à voir avec la place de la femme dans la société qu’avec la place du religieux.

D’autant plus que de nombreux Tunisiens sont religieux à peu près comme nous le sommes : croyants, mais non pratiquants.

Si les Tunisiennes portent donc le voile aujourd’hui, il semble bien que ce soit davantage pour des raisons de pression sociale que par conviction religieuse.

Alors, qu’on ne vienne pas me parler de la préséance des droits religieux sur ceux de l’égalité des hommes et femmes, Monsieur Chose de la Cour Suprême.

Les acquis de la révolution

Les pays arabes ont avant tout besoin d’une révolution sexuelle. Rien de plus, rien de moins. Une révolution sexuelle, féministe ou tranquille, appelez-la comme vous voulez. Mais ne me dites pas que vous renonceriez aux acquis que cette révolution vous a apportés chez vous.

C’est donc pour Inès et Salima que je refuse que le voile soit porté dans nos établissements civiques. Juste pour être sûre que mon pays leur envoie le message souhaité : Nous avons eu notre révolution tranquille et jamais il nous viendrait l’idée d’y renoncer. On vous souhaite donc la pareille, que vous viviez ici ou là-bas.

Fragile laïcité en Tunisie

mars 21, 2010 1 commentaire

Quand je vivais en Tunisie en 2005, j’avais l’habitude d’envoyer à mes amis de longs courriels relatant mes aventures et impressions sur ce pays. J’en ai publié certains ici et , mais je n’avais jamais encore mis en ligne celui qui abordait les femmes tunisiennes… Je l’avais rédigé alors que je vivais à Tunis depuis à peine un mois.

Cinq ans plus tard, alors que le niqab de la « Madame » du cours de francisation du Collège Saint-Laurent à Montréal fait renaître un débat qui n’en finit plus de finir au Québec et ailleurs, en voici quelques extraits.

Toujours plus. Extraits. 15 février 2005

« D’abord, il faut dire que la femme tunisienne est de loin la mieux lotie du monde arabe question libertés, officiellement en les tous cas.

Par exemple, ici, « les hommes et les femmes sont égaux » depuis 1956. Ils ne connaissent pas l’iniquité salariale, elles . Contrairement aux autres pays arabes, la polygamie y est interdite. La femme a le droit de choisir son mari, le droit de divorcer. Beaucoup d’entre elles travaillent, sont profs, juges ou policières. Officiellement, selon les lois, les femmes de ce pays ont pratiquement le même statut que les Occidentales, sinon mieux, dans certains cas. »


N.B. : Le port du voile en Tunisie est interdit dans les établissements civiques depuis le depuis des années 80.

« Rien à voir avec les Saoudiennes, qui n’ont même pas pu voter aux premières élections municipales de leur pays la semaine passée. D’ailleurs, cette situation choque les Tunisiens, hommes et femmes.


Imen Chérif, chanteuse tunisienne

En théorie, donc, la femme de Tunisie ne subit pas de discrimination fondée sur son sexe. Pourtant en un mois, j’ai déjà entendu maintes histoires de mariages arrangés par le père, de projets de mariages, entre une Tunisienne et un étranger, contrecarrés par la famille. Ceci est une chose. Une autre est de voir les journalistes femmes à Réalités, pourtant réputées « libérales », se dérober subtilement à la couverture d’un événement, parce qu’il se déroule le soir. Parce que, en pratique, une femme seule, le soir, ça ne sort pas de la maison… »

N.B. : Réalités : hebdomadaire indépendant de Tunisie.

« Un samedi soir quelconque, par exemple. Vers 20 h. : Cafés, terrasses et restos du centre-ville sont pleins; il y a plein de vie. Si on s’arrête toutefois à regarder les gens, on n’y voit pratiquement que des hommes. Quelques femmes les accompagnent, c’est tout. « Où sont les femmes ? » disait la chanson poche. Aucune femme seule. Aucun groupe composé de femmes uniquement.

Ce qui choque surtout : la différence entre l’officiel et l’officieux. D’un côté, les gens me disent que les femmes ici ont tous les droits, qu’elles sont libres. De l’autre, ces mêmes personnes me disent qu’une femme qui marche seule la nuit, c’est une fille de mauvaises mœurs !

Source

Boîte de nuit

Néanmoins, une soirée en boîte de nuit en banlieue huppée de la ville vient nuancer et même entrer en contradiction avec ce que je viens d’écrire. Ainsi, si on prend le train ou le taxi un vendredi ou un samedi pour se rendre à La Marsa, on arrive dans une banlieue huppée, avec ses belles plages méditerranéennes où les boîtes de nuit sont légions. On paye 10 dinars pour entrer dans l’une d’entre elles et nous voilà au cœur d’un party bien arrosé d’alcool, où les filles sont aussi nombreuses que les garçons. Tout le monde danse sur des chansons « remixées » en arabe, en anglais, en sénégalais, etc. Outre la musique, on se croirait au Charlotte ou au Dagobert. Les boîtes de nuits sont universelles : des gens venus pour danser, d’autres pour draguer, des filles sexys venues se montrer, deux bonnes amies qui ont traîné leurs petits copains, mais qui les laissent assis à une table pendant qu’elles se font leur soirée à elles sur la piste de danse. C’est peut-être l’endroit le plus « occidental » que j’ai vu jusqu’à maintenant.

Après cette soirée, on m’a expliqué que la plupart des filles qui dansaient là-bas habitaient certainement en foyer universitaire à Tunis. Ou encore qu’elles y vivaient pour y travailler, mais que leur famille vivait en région. Bref, qu’elles ne rentraient donc pas chez maman et papa en fin de soirée.

Traduction : les parents de la majorité ne se doutaient pas du tout des activités nocturnes de leur fille en ce samedi soir…

Bon, bon, bon. Maintenant, il convient de nuancer le tableau. Ce n’est pas l’enfer au quotidien que vivent les femmes tunisiennes. En fait, tout cela me fait un peu penser au mode de vie que la religion catholique imposait à nos grands-mères : la famille, la maison, les repas, la virginité jusqu’à la nuit de noce, etc.

C’est comme si les lois de ce pays avaient « évolué » plus vite que les mentalités.

Mon ami Habib (un Tunisien) me répète inlassablement qu’il ne peut pas supporter cette mentalité qu’il nomme « tunisienne ». Je lui réponds qu’au Québec, on a eu une révolution tranquille et que tout ça a foutu le camp en une génération…

Ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi de nombreuses jeunes femmes de mon âge portent de plus en plus le voile. Plus que les femmes de 40-50 ou 60 ans. Habib m’a donné des explications, mais je n’en suis pas satisfaite. Il m’a dit qu’il me trouverait deux ou trois filles qui accepteraient de m’en parler pour que j’en fasse un article. J’espère vraiment que ça marchera. »

….

Pour plagier allègrement Jean Dion : La prochaine fois nous verrons comment le voile vient stigmatiser les efforts de la femme tunisienne pour trancher son dilemme entre officiel et officieux.

Reçue par courriel

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Le mauvais pari des masculinistes

décembre 9, 2009 12 commentaires

Je voulais pondre un billet d’enfer sur le féminisme et le masculinisme dans notre chère société québécoise qui souligne ces jours-ci le 20e anniversaire de la tuerie de l’École Polytechnique. Je voulais y mettre tout plein de statistiques, comme tout le monde s’évertue à le faire afin de prouver, chacun de son bord, qu’un des deux sexes a plus besoin d’aide que l’autre.

Je voulais clouer le bec, à coup de statistiques, à tous ces masculinistes qui, je suis désolée, ne m’émeuvent pas le moindrement du monde.  Mais aux chiffres, on peut faire dire n’importe quoi et son contraire.

Voici donc un texte sans chiffres.

S’affirmer féministe au Québec est une tare. Ça, on le sait tous. On voit systématiquement la féministe comme une frustrée qui cherche à obtenir la supériorité sur l’homme. Le terme est galvaudé, négatif, péjoratif à l’extrême. J’aurais bien beau crier haut et fort que moi et toutes les féministes affichées que je connais voient dans le féminisme, non pas un combat, mais une voie pour atteindre un honnête équilibre entre les deux sexes, il y aura toujours un homme (ou une femme !) pour déceler quelque chose de suspect dans nos propos.

Ils se sentent attaqués.

Les masculinistes sont fâchés parce qu’ils estiment que les ressources pour aider les femmes sont plus nombreuses que celles pour aider les hommes; parce que les ressources pour aider les gens en général – qu’ils soient victimes de violence, de discrimination, d’injustice ou de quoi que ce soit – sont mieux adaptés aux femmes qu’aux hommes.
Source

Jusque là, je suis d’accord. Oui, il existe davantage de ressources pour les femmes. Ceci est un fait. Encore faudrait-il fouiller un peu pour savoir pourquoi. Pourquoi, par exemple, si la violence conjugale est fort bien répartie, les femmes disposent-elles de plus de moyens lorsque vient le temps de demander de l’aide ?

La vulnérabilité, voilà pourquoi. J’ai dit plus haut que je ne mettrais aucune statistique dans ce texte; mais je vous invite à aller en consulter, ici et . Dans les histoires de violence conjugale, la femme est toujours plus vulnérable. D’abord, elle est moins forte : si une querelle éclate, si les coups surgissent, l’homme a presque toujours l’avantage de sa force physique. Plus souvent qu’autrement, elle est vulnérable au plan financier (elle gagne moins cher que l’homme), elle est moins éduquée. Quand on en vient aux coups, c’est elle qui est le plus souvent blessée et c’est elle et non pas l’homme qui se retrouve le plus souvent à l’hôpital. C’est plus souvent la femme que l’homme qui souffre de troubles psychologiques, qui cesse de travailler. Encore et surtout, dans ce cercle de violence, c’est elle qui a le plus peur, pour elle et pour ses enfants. C’est encore elle qui, plus souvent qu’autrement, assure la garde des enfants.

On pourrait continuer longtemps, mais pour faire bref, disons que, même si les hommes et les femmes sont également victimes de violence dans leur couple, la femme est plus atteinte, physiquement et psychologiquement. Plus atteinte, parce que plus vulnérable.

À cela, il faudrait encore ajouter que la Femme, la femme en général, ici comme partout dans le monde, est en moyenne plus pauvre, plus analphabète. Que dans les hautes sphères du pouvoir, politique ou financier, elle est minoritaire.

Ceci expliquant cela, voilà peut-être pourquoi les organismes d’aide et de défense sont mieux adaptés aux femmes qu’aux hommes…

J’entends déjà répliquer les pôvres petits masculinistes que cette réalité est telle parce que les hommes ne peuvent être entendus, pris au sérieux, aidés, nulle part. Et que c’est pour cette raison précise que leur détresse est méconnue dans notre société.

Je suis prête à le croire. Peut-être faudrait-il être davantage à leur écoute. Leur faire davantage de place, leur offrir une aide efficace. Reconnaître leur vulnérabilité, différente de celle des femmes mais tout aussi ressentie.

Là où je ne comprends plus rien, là où je pète ma coche, c’est lorsque je les vois s’en prendre aux organismes déjà existants qui s’affairent à aider les femmes. Comme si, parce qu’on aidait les femmes dans le besoin, on nuisait aux hommes dans le besoin. Comme si, pour aider les hommes, les masculinistes faisaient le pari qu’il faudrait réduire l’aide offerte aux femmes. Pourquoi une telle confrontation ? Comme si l’un devait aller contre l’autre…

À écouter et lire les masculinistes, les féministes du Québec seraient frustrées, radicales et rêveraient de suprématie sur la gent masculine ! Nous ne sommes plus  dans les années 70. Exception faite de quelques-unes, les féministes québécoises (comme un peu partout dans le monde occidental, d’ailleurs) sont en grande majorité plus que nuancées.

Le féminisme se veut une manière d’atteindre l’égalité entre l’homme et la femme.

Voilà ce que pense la féministe d’aujourd’hui.

En se posant en victimes des méchantes féministes radicales, en diabolisant les organismes qui défendent les femmes, qui veillent à l’égalité, les masculinistes, en plus de perdre toute crédibilité, font plus que nuire à leur propre cause.

Ils reprochent aux féministes de tomber dans l’excès, de tirer toute la couverture de leur bord, d’être radicales et sans nuance, mais ne sont-ils pas en train de faire exactement cela ?

 

The opposite to patriarchy is not matriarchy but fraternity.
And I think it’s women who are going to have to 
break this spiral of power 
and find the trick of cooperation.

                                          – Germaine Greer 

 

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L'École de la vie

novembre 17, 2009 4 commentaires

Reçue par courriel : une anecdote de maman au terrain de jeux avec sa fille.

Par Mélanie

Cet après-midi, je suis allée me promener avec Maude, au parc près de notre maison.

Nous étions à peine arrivées, depuis 10 minutes, que la cloche de l’école primaire voisine s’est mise à sonner.

Ce n’était pourtant pas l’heure de la récré ?!

Mais v’la qu’une trâlée d’enfants (environ une vingtaine) débarque dans le parc comme un ouragan et s’approprie le terrain de jeu où nous étions.

C’était la MATERNELLE.

Ma première intuition a été: « Maude et si on rentrait à la maison?! ». Mais Maude ne semblait pas être trop perturbée par l’arrivée des « nouveaux amis », un peu plus grands qu’elle.

Elle voulait rester!

J’en ai profité pour me renseigner à l’éducatrice, qui est de 5 ans au moins ma cadette, sur le fonctionnement de la Maternelle.

Finalement, la jeune INSTITUTRICE a rapatrié son régiment d’ex-fœtus et est retournée à l’intérieur.

Soudain, ma fille s’est mise à pleurnicher. « J’ai perdu ma fusée! »

Et oui, ma fille a la mauvaise habitude de traîner toujours une partie de ses jouets avec elle. Dora, et d’autres personnages se bousculaient alors dans ses poches de manteau.

Ainsi qu’un aiguisoir en forme d’avion (alias sa Fusée…).

« Maman, ma fusée n’est plus là!!! J’ai perdu ma fusée !!!!! »

« Calme-toi Maude, on va la retrouver. L’avais-tu avec toi au parc ? »

parcSource

Elle me répond que oui!

Je me suis alors mise à chercher une « fusée » métallique de 2 pouces de couleur brun-pas-beau, dans un rayon de 20 mètres et ce, dans des copeaux de cèdres qui me rappelaient la cage de mes regrettées gerboises.

Et tout ça sous les yeux « dévastés » de ma progéniture qui m’offrait comme encouragement une sérénade de pleurs en mi-majeur !!!

« Maude, c’est pour ça que maman ne veut pas que tu amènes plein de choses… Tu as vu, c’est facile à perdre. »

Dans ma tête de maman, je me dis qu’elle l’a sûrement fait tomber par terre et qu’un « petit ami » a dû la ramasser.

Finalement, nous rentrons à la maison bredouilles…

…………………..

Nous voilà rendu le soir. Alors que je mets le pyjama à ma fille, elle me lance:

« Maman, le petit garçon a pris ma fusée dans ma poche, c’est ça qui est arrivé! »

QUOI?????

« Maude, pourquoi tu as fait chercher maman pendant 15 minutes alors? Pourquoi tu ne l’as pas dit à maman? Si tu m’avais dit que c’est un petit garçon qui te l’a prise, maman aurait fait en sorte qu’il te la redonne. »

(Il n’aurait pas eu le choix le p’tit crisse !!!)

Alors voilà!

Ma fille a été victime de son premier TAXAGE à 4 ans !!! Et sous les yeux de sa maman en plusse !

Et comme tout enfant timide, elle n’a rien dit de peur de se faire chicaner…

Heille ! J’ai tu hâte à l’année prochaine moué !!!

Quand la fusée va devenir de l’argent de poche, une montre ou un Ipod…

VIVE LA MATERNELLE !!!

Une maman qui n’a pas fini de se révolter contre des « p’tits crisses ».

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