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L’abc de la crise politique au Québec…

novembre 25, 2010 Laisser un commentaire

Politique 101; québécoise 2009-2010.

Lecture destinée aux exilés, et/ou perdus et/ou curieux du Québec politique actuel.

Un ami québécois exilé à Liverpool depuis quelques années m’a récemment écrit afin de savoir ce qui se passe exactement au Québec politique. Il venait de découvrir LA pétition et voulait une petite mise à jour…

Difficile d’être brève… J’invite tous les gens qui liront cette tentative de tableau synthèse à la corriger et/ou à l’améliorer.

Salut mon ami,

Puisque nous avons comme devise « je me souviens », je te dresse ici un portrait de mes simples souvenirs de l’actualité depuis… Près de deux ans maintenant !

Si je me souviens bien, tout cela a commencé au printemps 2009 à Montréal, avec une nouvelle dans les médias au sujet d’un généreux contrat de compteurs d’eau qui aurait été octroyé à Tony Accurso, un grand entrepreneur en construction. Le contrat a finalement été annulé, mais l’on a en cours de route découvert que des élus municipaux, du parti de Gérald Tremblay et de l’opposition, auraient dîné sur le luxueux yacht de Tony, tout comme de hauts placés à la FTQ, dont son président, Michel Arsenault. De même que certains gens de la famille libérale au provincial.

Après cette nouvelle, les médias de la métropole se sont mis à enquêter. Ils ont découvert toutes sortes d’informations qui pointaient toutes vers la même hypothèse : les enveloppes brunes et la collusion avaient envahi la mairie. Le maire n’a alors à peu près rien dit, sauf qu’il allait intenter des poursuites au criminel.

On attend toujours les résultats. Malgré tout ça, le maire a été réélu, il y a un peu plus d’un an, avec un taux de participation de moins de 40 %.

Tout ça, c’était au printemps 2009. Ensuite, les allégations de corruption ont commencé à fuser de toute part et il m’est un peu difficile de te faire la chronologie exacte de tout ce qui est sorti, tant il y en a eu. Depuis, les médias sont (re)devenus les chiens de garde de la démocratie. Pas une semaine passe sans qu’une nouvelle allégation ne se retrouve en Une.

Ces fâcheuses révélations auraient pu rester confinées à Montréal. Mais elles se sont plutôt déplacées dans d’autres municipalités…. Puis à la FTQ… Puis au gouvernement provincial.

Climat de peur sur les chantiers de construction, fracturation des contrats afin d’éviter les appels d’offre. Ententes entre entrepreneurs, ententes entre firmes de génie-conseil, afin de se partager les juteux contrats de construction du gouvernement, contrats qui se chiffrent par millions, puisque les infrastructures étaient la solution préconisée pour contrer la crise financière. Le tout avec la mafia jamais bien loin.

Jocelyn Dupuis, ex-président de la FTQ, accusé de fraude.

L’ex-ministre du travail, David Whissell, qui accorde des contrats à une compagnie dont il est actionnaire. Il a dû démissionner, mais au départ, notre Premier ministre n’y voyait aucun problème.

Après quelques mois de Unes qui n’en finissaient plus de mettre au jour de nouveaux scandales, à peu près tout le monde exigeait, avec un grand E, une commission d’enquête publique sur les allégations de corruption dans la construction. Tout le monde sauf la FTQ et l’Union des municipalités du Québec, bien entendu. C’était il y a un an. Le gouvernement Charest refusait alors cette enquête publique et optait plutôt pour des enquêtes policières qui, disait-il, allaient non pas amener des gens devant la TV, mais derrière les barreaux.

Le parti libéral croyait ainsi calmer la colère de la population et arrêter de fracasser des records d’impopularité dans les intentions de vote.

Voilà pour 2009.

2010 n’a pas été bien différente. Les soupçons, allégations et accusations de corruption occupent toujours le cœur de l’actualité, mais du domaine de la construction, ils ont atteint d’autres sphères :

Les firmes d’ingénieurs, neuf d’entre elles se partageraient les contrats du gouvernement. Les sociétés d’État, municipalités et ministères ont tous coupé leur budget alloué à l’ingénierie. Résultat ? Ils doivent maintenant engager des firmes qui sont chargées d’élaborer les projets publics, d’en déterminer les coûts et les appels d’offre…

La voilà, la fameuse ré-ingénierie !

Les garderies à 7 $ : Au printemps 2010, on apprenait que Tony Tomassi, alors ministre de la famille et très bon collecteur de fond, aurait attribué de lucratifs et convoités permis de garderie aux meilleurs contributeurs du parti. Il a dû démissionner depuis.

À partir de là, on a mis à profit le site du Directeur général des élections et l’on est allé scruter les dons aux partis. On a alors découvert que les secrétaires, concierges et autres simples employés de telle compagnie avaient tous offert le maximum permis de 3 000 $. Des enquêtes ont été ouvertes, on attend toujours les résultats.

Le clou du financement occulte du parti revient toutefois à nul autre que Marc Bellemare, notre coloré ancien Ministre de la Justice qui lançait lui aussi une bombe printanière : quand il était ministre, il aurait été contraint de nommer des juges dont les noms lui auraient été dictés par d’influents collecteurs du parti, tout cela avec la bénédiction de Jean Charest. Bellemare a alors réclamé encore, comme tout le monde le fait, une commission d’enquête sur la construction ET sur le financement des partis politiques. Charest a plutôt décidé de le poursuivre, tout en instituant une commission, mais qui n’a porté que sur le processus de nomination des juges. Cette commission Bastarache (le juge Bastarache est connu pour ses couleurs libérales), surmédiatisée, avait tous les airs d’un cirque et n’a fait que braquer encore plus l’opinion publique envers tout ce qui pouvait s’apparenter à de la politique au Québec. C’était cet automne et l’on attend toujours son rapport.

Il faut savoir que tout ça se passe dans un contexte de mécontentement général où l’on accuse à la fois les politiciens d’être petits et les électeurs d’être cyniques. Où le taux d’insatisfaction des gens à l’égard du gouvernement Charest se maintient en moyenne à 80 %. Où Jean Charest maintient son personnage imbu de lui-même, condescendant et sourd aux demandes du peuple qui l’a élu.

Rajoute à cela un budget Bachand qui charcute les services publics et ramène des impôts non progressifs. Rajoute à cela le dossier des gaz de schiste. Tu te retrouves avec un ras-le-bol généralisé. Tout le monde est, soit en criss, soit totalement dégoûté.

J’ai l’impression (ou l’espoir ??), que tout commence à craquer. Les allégations sont de plus en plus pointues et proviennent désormais de sources anonymes au coeur des enquêtes en cours. La FTQ a viré de bord ses derniers jours et est maintenant en faveur de l’enquête. L’UMQ aussi, après que quelques-uns de ses maires aient été suspendus le temps que la lumière soient faite sur des allégations d’enveloppes brunes qu’ils auraient reçues et/ou données.

Encore maintenant, le gouvernement Charest préfère les enquêtes policières à l’enquête publique. Le hic, c’est que même la police est en faveur de cette enquête. Pourquoi ? parce que les deux vont de pair : l’enquête oblige les intéressés à comparaître et délient les langues. Les enquêtes policières progressent ainsi bien mieux.

Bon rendu ici, tu dois en être arrivé à peu près la même conclusion que la majorité des Québécois : s’il refuse de la déclencher cette foutue enquête publique, c’est que le gouvernement Charest sait très bien qu’il a trop à perdre.

Te voilà avec un pas pire tableau de l’univers politique de ton Québec. J’espère que tu comprends mieux pourquoi le compteur de LA pétition a monté en flèche les premiers jours et pourquoi il continue de monter encore. On n’est pas loin du quart de million après deux semaines. C’est un record historique.

J’imagine que tu te demandes que fait l’opposition ? Bien sûr, elle réclame en cœur une enquête, mais sinon :

Le PQ se chicane sur l’article 1 du parti : un référendum doit-il ou non être tenu lors d’un premier mandat. Il remet aussi en question le « leadership » de Mme Marois, qui l’aurait bien plus facile si elle s’appelait Paul et non pas Pauline…

QS et son unique député se défendent très bien, mais la direction bicéphale leur nuit toujours tout autant. Et personne ne croit sérieusement à leur chance.

L’ADQ est presque morte, mais son chef, l’ancien journaliste de TQS Deltell a fait la Une et TLMEP la semaine dernière en traitant Charest de « parrain » de la famille libérale.

Sinon, il y a aussi des « mouvements » de droite qui s’organisent. Le premier, inclus Legault, Facal et quelques autres lucides (tu étais là à l’époque du Manifeste des lucides ?). Lucien Bouchard n’est pas loin, prêt à nous dire de devenir encore plus esclaves de nos patrons.

Il y a aussi le Réseau-Liberté-Québec. Celui-là, tu l’aimerais. Des gens de Québec, de la radio poubelle, tout imprégnée de l’âme de Fillion, qui affirment que l’État doit être réduit, anéanti, pour plus de « libartés » individuelles. De la pure démagogie digne du Tea Party américain.

Ces « nouveaux » groupes de droite, même s’ils ne sont pas des partis politiques, récoltent dans les sondages jusqu’à 40 % des intentions de vote…

Fait plutôt nouveau, on parle beaucoup de gauche et de droite maintenant au Québec. Mais j’ai parfois l’impression que les gens ne saisissent pas bien la différence.

Ainsi, ces nouveaux mouvements affirment que la gauche a assez gouverné ces dernières années et qu’il faudrait laisser enfin la place à la droite… Pourtant, on n’a pas vu la gauche gouverner depuis longtemps. Depuis Parizeau, soit depuis 15 ans ! S’il y a corruption maintenant au Québec, c’est parce que l’actuel gouvernement a laissé toute la place au privé, ce qui est constitue l’abc même de la droite.

Il faudrait que les gens finissent par le comprendre, avant les prochaines élections. Parce que signer une pétition, c’est bien, mais voter (en connaissance de cause), c’est mieux.

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novembre 18, 2010 1 commentaire

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