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Guéguerre culturelle Québec-Montréal

Tout ça a commencé il y a environ un an. La ville de Québec venait de changer les têtes dirigeantes de son 400e. Soudain, tous les événements de la fête semblaient réussir. Soudain, les journaux de Montréal cessaient de brandir l’épouvantail du fiasco de 1984… Pour presque aussitôt comparer les « succès » de la Capitale à ceux de la Métropole. Tout à coup, les choses allaient bien à Québec. Tout à coup, les choses allaient mal à Montréal.

À l’heure qu’il est, il paraîtrait même que Montréal se meurt à côté de Québec. Paraît que le Moulin à images de Lepage et le Cirque du Soleil pourrait même déloger Montréal de son trône de métropole culturelle. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Robert Pilon, l’homme à la barre de la culture, Montréal, Métropole culturelle, à la Ville de Montréal. Et il n’est pas le seul à le dire. Certains médias, dont La Presse pour ne pas la nommer, s’en donnent à cœur joie.

Bullshit

Québec Haute-Ville de Québec. Photo de Régis Fournier. CCDMD

Ce n’est pas parce que les choses bougent à un endroit qu’elles stagnent à l’autre.

Montréal est la métropole et le sera toujours. Pas seulement la métropole culturelle, mais la métropole point. Tout court. Avec ses 36 000 spectacles, ses 3000 festivals, ses dizaines de langues, ses quartiers de tous les reflets de la planète, ses affluences, ses influences, ses reconnaissances planétaires. Ses deux millions d’habitants, banlieusards inclus. Comme l’écrit Foglia, elle est ingouvernable. Tout le monde, y peut être qui y veut ici. Peut-être parce que tout simplement, les gens aiment vivre sur cette île un peu tout croche, mais combien diversifiée et tolérante.

Certes, certains projets, artistiques ou pas, avortent à Montréal, mais à mon humble avis, les Montréalais ne choisissent pas trop mal parmi les projets « d’envergure » qui leur sont soumis. Entre vous et moi, l’argument du Casino sans cesse brandi par les businessmen culturels de Montréal, il commence à perdre en crédibilité.

En effet, Montréal ne vit pas ce que Québec vit depuis l’an passé. Ce qui est tout à fait normal. Même si Montréal inaugurait cette année un casino avec le Cirque, elle ne vivrait pas ce que Québec vit avec son Moulin et le Cirque. Come on ! On ne compare pas des pommes avec des oranges.

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Les débuts de la construction de l'îlot Voyageur à Montréal. Photo de Julie Nadeau-Lavigne.

L’an dernier, la Capitale a évité, on serait tenté de dire in extremis, que l’échec du 450e anniversaire de la venue de Jacques Cartier en 1984 ne se répète. À l’époque, l’événement qui devait faire affluer des milliers de touristes à Québec fut un cuisant échec pour la ville. Pendant quasiment 25 ans, les gens furent traumatisés : fini les dépenses inutiles, fini l’humiliation vis-à-vis Montréal.

Un 400e, un nouveau maire et un Red Bull Ice Crash plus tard et même les radios poubelles étaient dorénavant de la partie ! Tous derrière le « développement culturel » de la ville. Normal, le nouveau maire, Labeaume, est un homme d’affaires des plus efficaces et il a décidé d’orienter son plan d’affaires sur la culture. Tant mieux et enfin, aurais-je envie de dire ! Les gens à Québec sont contents que leur ville revienne sur la map.

Mais ce n’est pas parce que les événements feux d’artifice y pleuvent depuis un an que la ville de Québec a changé pour autant. Elle est toujours une ville d’un demi-million à majorité blanche, francophone, catholique et fonctionnaire, qui a cédé un peu contre son gré le Vieux-Québec-carte-postale aux touristes. Qui carburent toujours à la radio-poubelle. Plutôt monolithique, elle est. Il existe certes quelques bastions de résistance, mais on ne les entend guère à Montréal. Peut-être ne sont-il tout simplement pas intéressés à participer au débat qu’est cette prétendue rivalité culturelle entre les deux villes.

Faubourg St-Jean-Baptiste
Faubourg St-Jean-Baptiste, Québec. Photo de Denis Chabot. CCDMD

En effet, je n’ai jamais entendu, pas même le loufoque maire nouveau, quelqu’un de Québec prétendre vouloir prendre la place culturelle de Montréal. Au contraire… Les gens de Québec sont bien contents que leur ville ne soit pas Montréal. Et vice-versa, d’ailleurs.

En fait, il n’y a que les médias de Montréal qui semblent s’émoustiller avec cette question. Encore plus ces jours-ci, dans un contexte où des rumeurs de scandales planent sur l’administration municipale. Cette entreprise de dénigrement de la métropole québécoise cache-t-elle plus que la volonté d’augmenter les cotes d’écoutes et la vente de copies?

Culturellement, la Capitale stagnait depuis longtemps; elle semble reprendre du poil de la bête depuis peu et nous ne pouvons que nous en réjouir. Les touristes voulant voir cette renaissance passeront par Montréal à la même occasion.

La Métropole, depuis des décennies, n’a jamais stagné. Elle est encore et toujours une destination mythique pour le touriste, encore et toujours une ville unique pour ceux qui y habitent, qui y ont habité.

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Centre-ville de Montréal. Photo de David Giral.

Si vous n’êtes pas d’accord, peut-être devriez-vous arrêter un peu de lire et d’écouter les articles-chroniques-éditoriaux-reportages de nos médias. Prenez l’avion et allez un peu comparer avec ailleurs. On s’en reparlera après.

Le grain de sel de Julie

Mes villes

Dans mes villes l’aube traîne le pas pour s’aller mourir au creux des silos
En une journée tant de visages s’y perdent et croient se recroiser

Dans mes villes les départs se font à la nage, sans bouée
Et l’on y prend l’’autobus pour aller à la rencontre du silence

Dans mes villes le soir tombe aux ruelles ébahies
Débris de lumière guettant les éboueurs

Dans mes villes les gens rêvent en métro
S’arrêtant pour cueillir des étoiles aux plafonds des boulevards

Dans mes villes parfois j’ai coupé tous les ponts
Pour ne garder que tes doigts entre mes dents
Métal soyeux de l’incertitude
Parfois aussi j’ai habité des pièces closes, rideaux de plomb
Où ni le jour ni la nuit n’osaient cogner à ma porte

D’une ville à l’autre j’ai perdu le fil j’ai avalé trop de kilomètres
J’ai recraché une route anonyme

Ces jours-ci quand je reviens dans mes villes
Les fantômes me saluent franchement
Ils demandent de mes nouvelles, ils rient aux éclats
Ils ont fait disparaître le sang de mes yeux
Ils ont nettoyé pour moi toutes les cages d’escalier je gravis les étages sans trébucher

Dans mes villes maintenant je marche la tête haute
Avec des ailes rafistolées effleurant les pavés
Et je chuchote à qui veut l’entendre que mes nuits, si fragiles soient-elles
N’ont besoin de personne pour se tenir debout

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