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L'École de la vie

novembre 17, 2009 4 commentaires

Reçue par courriel : une anecdote de maman au terrain de jeux avec sa fille.

Par Mélanie

Cet après-midi, je suis allée me promener avec Maude, au parc près de notre maison.

Nous étions à peine arrivées, depuis 10 minutes, que la cloche de l’école primaire voisine s’est mise à sonner.

Ce n’était pourtant pas l’heure de la récré ?!

Mais v’la qu’une trâlée d’enfants (environ une vingtaine) débarque dans le parc comme un ouragan et s’approprie le terrain de jeu où nous étions.

C’était la MATERNELLE.

Ma première intuition a été: « Maude et si on rentrait à la maison?! ». Mais Maude ne semblait pas être trop perturbée par l’arrivée des « nouveaux amis », un peu plus grands qu’elle.

Elle voulait rester!

J’en ai profité pour me renseigner à l’éducatrice, qui est de 5 ans au moins ma cadette, sur le fonctionnement de la Maternelle.

Finalement, la jeune INSTITUTRICE a rapatrié son régiment d’ex-fœtus et est retournée à l’intérieur.

Soudain, ma fille s’est mise à pleurnicher. « J’ai perdu ma fusée! »

Et oui, ma fille a la mauvaise habitude de traîner toujours une partie de ses jouets avec elle. Dora, et d’autres personnages se bousculaient alors dans ses poches de manteau.

Ainsi qu’un aiguisoir en forme d’avion (alias sa Fusée…).

« Maman, ma fusée n’est plus là!!! J’ai perdu ma fusée !!!!! »

« Calme-toi Maude, on va la retrouver. L’avais-tu avec toi au parc ? »

parcSource

Elle me répond que oui!

Je me suis alors mise à chercher une « fusée » métallique de 2 pouces de couleur brun-pas-beau, dans un rayon de 20 mètres et ce, dans des copeaux de cèdres qui me rappelaient la cage de mes regrettées gerboises.

Et tout ça sous les yeux « dévastés » de ma progéniture qui m’offrait comme encouragement une sérénade de pleurs en mi-majeur !!!

« Maude, c’est pour ça que maman ne veut pas que tu amènes plein de choses… Tu as vu, c’est facile à perdre. »

Dans ma tête de maman, je me dis qu’elle l’a sûrement fait tomber par terre et qu’un « petit ami » a dû la ramasser.

Finalement, nous rentrons à la maison bredouilles…

…………………..

Nous voilà rendu le soir. Alors que je mets le pyjama à ma fille, elle me lance:

« Maman, le petit garçon a pris ma fusée dans ma poche, c’est ça qui est arrivé! »

QUOI?????

« Maude, pourquoi tu as fait chercher maman pendant 15 minutes alors? Pourquoi tu ne l’as pas dit à maman? Si tu m’avais dit que c’est un petit garçon qui te l’a prise, maman aurait fait en sorte qu’il te la redonne. »

(Il n’aurait pas eu le choix le p’tit crisse !!!)

Alors voilà!

Ma fille a été victime de son premier TAXAGE à 4 ans !!! Et sous les yeux de sa maman en plusse !

Et comme tout enfant timide, elle n’a rien dit de peur de se faire chicaner…

Heille ! J’ai tu hâte à l’année prochaine moué !!!

Quand la fusée va devenir de l’argent de poche, une montre ou un Ipod…

VIVE LA MATERNELLE !!!

Une maman qui n’a pas fini de se révolter contre des « p’tits crisses ».

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Fi des scrupules

octobre 15, 2009 7 commentaires

Je tiens un blogue depuis plus de deux ans maintenant. J’essaie de le rendre le plus intéressant possible, mais je ne m’épuise pas, par tous les moyens virtuels qui soient, à le rendre connu, fréquenté, consulté par tous les internautes de la blogosphère québécoise francophone et mondiale. Pour cela, il me faudrait passer mon temps à commenter les autres blogues.

Si je le faisais, je me devrais de sacrifier les amis, la famille, les collègues et les connaissances, ceux dont on peut regarder le réel blanc-brun-bleu-vert-noir-pairs des yeux.

Il faudrait que je passe mes « temps libres » à réagir, à commenter, à interpréter les articles-chroniques-commentraires-analyses des blogueurs de la Toile.

C’est un sacrifice que je n’ai jamais voulu faire. Entre un blogue qui voit ses entrées augmenter de plus d’une dizaine de personnes chaque jour, chaque heure, et une vie bien remplie de soupers, de sorties et d’échanges verbaux bien réelles, le choix n’a jamais été bien difficile : je préfère une semaine de pêche avec ma mère et son chum, une soirée Carcassonne avec Éric, une refonte du monde avec Julie, un barbecue avec Bruce, un bon souper avec papa, le frère et Cathy, qu’une pseudo reconnaissance virtuelle.

blog

En fait, je serais pourtant de mauvaise foi en croyant que les blogueurs québécois se sacrifient ainsi. Loin de moi donc l’idée d’insinuer que la blogosphère québécoise n’a pas de vie hors du Web. En vérité, je n’en ai pas la moindre idée.

Le devoir de réserve

L’an passé, après quatre longue années, je me suis retrouvée dans le bureau de mon directeur de maîtrise – maîtrise jamais terminée.

Concernant toutes les occasions que nous offre l’Actualité de nous indigner, nous offusquer, nous lever, ce prof d’histoire m’a dit quelque chose comme ceci :

Nous, intellectuels, réagissons toujours trop tard. Peu importe le cas, nous pensons à écrire à tel journal pour dénoncer telle affirmation tout à fait erronée et malhonnête. Mais nous tenons tellement à être juste dans notre réponse, dans notre démonstration, que nous mettons tout simplement trop de temps à répliquer. Après quelques jours, nous nous abstenons, parce que tout a été déjà plus ou moins dit (bien que tout croche), parce que l’Actualité est déjà passée à autre chose.

Voilà pour la leçon d’histoire. Après cela, lors de mes études en journalisme, j’ai été initiée à la sacro-sainte objectivité dudit métier.

Ainsi, je n’ai jamais écrit que les gros industriels de produits laitiers ont peut-être insidieusement influencé le comportement du Mapaq dans le dossier de la listéria et des fromages artisanaux québécois. Pas plus que je n’ai dénoncé la démagogie éhontée des détracteurs du Moulin à paroles, ni que ce Moulin était davantage paroles qu’action. Enfin, je n’ai jamais écrit que l’ostie de problème avec les Anglos de Montréal ne concerne qu’une partie d’entre eux : ceux qui ne parlent pas un mot de français, ou pis, ceux qui le connaissent mais refusent de le parler.

C’est ainsi que j’ai tenu ce blogue depuis plus de deux ans. C’est très probablement ainsi, déformation professionnelle oblige, que je le poursuivrai.

Pourquoi s’imposer un tel devoir de réserve ?

Parce qu’à voir ce qui s’écrit à chaud sur la Toile, dans les blogues et leurs commentaires, on voit toute la pertinence de prendre le temps de lire, de réfléchir et de prendre du recul.

Je vais vous donner un exemple bien concret.

Cette semaine, ma coloc Julie et moi n’avons pas pu nous empêcher de réagir à un billet d’un blogue que nous lisons fréquemment. Il y était question du sexisme dans la publicité. Notre commentaire nous a valu d’être taxées de « féministes revanchardes, frustrées, lesbiennes, déconnectées et amateures de masturbation devant les pompiers des calendriers ».

On ne m’y reprendra plus.

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Les récits d’Anonyme, écrivain complusif II

Ex Alter Ego

Il s’éparpille. Il voudrait tout avoir, mais sans bouger plus d’un doigt. Plus le temps passe, plus il rêve sa vie. Il se voit exactement où il voudrait être, mais il ne sait plus, il a oublié, tous les chemins qu’il aurait pu emprunter pour s’y rendre.

Il s’éparpille. Il a tant d’idées de ce qu’il veut faire qu’il ne fait qu’en inventer de nouvelles chaque jour, mais cela sans jamais n’en mener aucune à terme.

Il pourrait à peu près tout faire, mais à force de réfléchir à tout cela, il ne fait qu’en réfléchir. Et puis, il réfléchit tellement à l’action à entreprendre qu’il en reste figé.

Il se devrait de choisir, mais le choix implique une élimination. Il se devrait de bouger, de s’appliquer à une chose, mais cela… Mais cela l’impliquerait.

Et il n’aime pas trop être impliqué. Il préfère survoler le tout d’en haut. Il aime regarder sans toucher. À la rigueur, il picote et il goûte. Et puis, il se retire.

Ce n’est pas qu’il a peur. C’est seulement qu’il préfère la vue d’ensemble à celle particulière. Il la préfère parce qu’elle lui permet d’avoir un regard neutre, détaché, de l’ensemble qui l’entoure.

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Autour de lui, tout le monde écoute quand il expose une de ses réflexions fameuses et réfléchies.

Normal, il est philosophe.

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Les récits d'Anonyme, écrivain complusif

février 7, 2009 1 commentaire

Presque 30

Avoir 30 ans, ça ne veut pas tant dire quelque chose. Ce n’est que le temps et personne ne sait exactement en quoi consiste le temps, concept à la fois abstrait et mathématique inventé par l’Homme.

Mais puisque nous sommes largement le produit d’une société qui accorde tant d’importance au temps, à l’âge, aux groupes d’âge, qui suis-je moi pour parvenir à m’abstraire à son influence ?

Tourner à 30 ans, ça veut dire quelque chose dans notre imaginaire collectif.

30 ans, c’est beaucoup et souvent devenir adulte, se mettre en couple, faire des enfants et devenir propriétaire. Sortir moins, devenir sédentaire.

C’est également quitter la décennie gonflée d’orgueil, d’insouciance et d’espoir qu’est la vingtaine.
C’est alors aussi, regarder avec recul, se taire, et parler, quand il le faut.

Reconnaître les gens qui vous suivent, que vous avez suivis. Ceux qui vous comprennent, celles qui vous font grandir.

Comme à vingt, c’est en quelque sorte un temps d’arrêt, le temps d’observer prudemment tout autour de soi et d’en faire un bilan provisoire.

Comme à quarante et à cinquante, je suppose.

Mais c’est aussi et surtout n’importe quoi. Les années qui s’accumulent ne déterminent pas à tous les coups l’âge que nous avons.

J’ai vu souvent des adolescents de quarante ans. J’ai rencontré de jeunes adultes âgés de 8 ans. J’ai connu des aïeuls retombés en enfance.

J’ai surtout connu des gens qui passaient constamment d’un âge à l’autre, selon la situation.

L’enfance reine, l’adolescence qui n’en finit pas de finir, la jeune vie adulte qui se cherche, l’âge adulte qui profite, l’âge d’or qui regarde. Et les autres qui s’en foutent.

osc

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Réflexion de Veille de Jour de l’An.

décembre 30, 2008 Laisser un commentaire

Québec-Montréal : 1-1


http://flickr.com

Quand j’ai décidé de créer ce blogue en 2006, c’était principalement pour y recenser des récits de séjours à l’étranger. J’étais alors à Calgary. Je devais partir travailler en France pendant un an, puis je pensais aller travailler en Irlande.

Des circonstances imprévues m’ont ensuite radicalement fait changer d’avis. Après un examen de conscience solide, après de mûres réflexions à savoir si je n’étais pas en train de prendre le champ de mon chemin, j’ai décidé de rentrer chez moi, au Québec. De mettre un terme à ma vie d’exils entrecoupées de brefs séjours à la maison. Je prévoyais de me poser, comme je l’ai déjà écrit ici.

Mon chemin a toutefois quelque peu bifurqué, puisque ce n’est pas tout à fait à la maison que je suis revenue. Je revenais bien dans la province, mais pas dans sa Capitale. La Métropole plutôt, me suis-je dit.

Je prévoyais à l’époque poursuivre mes chroniques de récits à l’étranger… Je n’avais naïvement pas pensé que Montréal n’était pas vraiment à l’étranger… Je n’avais pas non plus réalisé qu’il est bien plus aisé de se faire une idée, d’écrire à son monde, au sujet d’une ville très loin et inconnue de tous, que d’une autre tout près, dont tout un chacun au Québec a son idée dessus !

D’autant plus que je ne suis pas en séjour à Montréal, mais que j’y habite. Et j’aime aime y habiter.

Mais bon, comme j’ai trop négligé ce blogue, pour des raisons tout à fait légitimes par ailleurs, je me fais un devoir ici de vous faire un petit récit …

La première chose à clarifier, étant que Québec et Montréal ne sont certes pas identiques.

Elles ont bien sûr des traits communs, jusqu’aux souvenirs d’enfance, un peu comme deux sœurs, mais elles demeurent différentes.

Comme n’importe quelle ville du monde est différente de n’importe quelle autre, même de la plus près.

La rivalité entre deux villes n’est toutefois pas toujours de la même intensité. Sur ce point, ais-je vraiment besoin d’en rajouter ? Festivals, Hockey, 400e, alouette !

Depuis que j’habite Montréal, deux questions me chicotent :

Est-ce seulement les gens de Québec qui se font un malin plaisir de médire sur la Métropole, ou bien est-ce toutes les Régions réunies ?

Et …

Est-ce parce que Québec est la seule ville de la province à être en mesure de rivaliser un tant soit peu avec Montréal, qu’elle est la cible préférée des Montréalais ?

Une chose est certaine, on théorise beaucoup au Québec sur cette grande rivalité qui sous-tend en réalité une question qu’on se pose probablement partout où il y a une grande ville entourée de plein de plus petites : où fait-il mieux vivre ?

À cette grande question, il n’y a pas de grande réponse, mais plein de petites.

Chacune a les qualités de ses défauts. Et ils sont nombreux.

On aime Montréal parce que toutes les influences y sont. Celles de tous les gens des régions qui les désertent, celles de tous les nouveaux arrivés au Québec. Celles de tous les artistes qui viennent s’y produire, celles des Canadiens, celles de la Business. En perpétuel mouvement, la Métropole est.

On aime Québec parce qu’elle ne court pas toujours, parce qu’elle est calme et stable. Parce qu’elle ne change pas, ou lentement. Tout le monde connaît quelqu’un que l’autre connaît; les gens y sont chaleureux et la ville est belle. L’histoire est là et le Parlement aussi.

À Québec, quand je descends voir amis et famille, on affirme souvent que les gens à Montréal se prennent pour d’autres et qu’ils sont snobs. « Maintenant que t’es rendue Montréalaise, on sait ben que bla-bla-bla », qu’on me dit.

Puis, je m’en reviens à Montréal. On m’assure alors que les gens de la Capitale se prennent pour d’autres et qu’ils sont snobs (je pensais qu’il n’y avait qu’à l’île Bizard où l’on était snob). « On sait ben, toi tu viens de Québec, on sait ben que bla-bla-bla ».

Comment départager ? Je préfère prendre cela avec un grain de sel et déclarer la partie nulle.

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Réponse à Madame Bombardier

décembre 12, 2007 Laisser un commentaire

Il y a quelques temps, Denise Bombardier publiait la chronique qui suit, à propos de la grève des étudiants de novembre dernier.

Étudiante au baccalauréat en études littéraires à l’UQAM, Julie Nadeau Lavigne, lui répondait quelques jours plus tard… dans une lettre qui ne fut pas publiée par le Devoir.

La lettre de Julie suit le texte de Mme Bombardier.

Le Devoir
IDÉES, samedi, 17 novembre 2007

Désolante routine

Bombardier, Denise


Le mot ne s’applique pas qu’aux aléas de la vie amoureuse. Il n’est pas réservé uniquement aux aspects négatifs du travail. Il est au coeur de la vie politique et sociale. Dans cette optique, les manifestations étudiantes de cette semaine, avec leur lot d’agitation et de bêtises délinquantes, appartiennent à une routine estudiantine.

On s’ennuie, on cherche l’émoustillement, on revêt l’uniforme de l’exploité social et du redresseur de torts, on n’a pas réglé ses problèmes avec l’autorité, on croit à l’abolition des droits de scolarité comme les générations précédentes ont cru tour à tour au peace and love, au karma, à la révolution sexuelle et à l’exploitation de l’homme par l’homme, et on descend dans la rue fiévreux, vaguement inquiets, et on se prend pour des moines birmans qu’on a vus sur YouTube. Cela déplaira suprêmement aux adorateurs jeunistes et à ceux parmi les jeunes qui estiment qu’on doit les idolâtrer en vertu de leur âge, faute de quoi on appartient au camp des vieux méprisants, mais cette descente dans les rues relève de l’enfantillage réactionnaire de privilégiés qui pratiquent le nombrilisme social.

S’il n’est pas facile d’être jeune de nos jours, comment qualifier l’époque où, à 25 ans, les garçons et les filles étaient déjà parents de deux ou trois enfants qu’ils avaient la responsabilité de faire vivre? Le père travaillait, avait peu de temps pour épanouir son «moi» dans des loisirs divers, et les mères n’avaient pas de psychologues pour les éclairer sur la façon de développer leur «estime de soi». À 20 ans, on était adulte, au sens de «responsable», et on rêvait qu’un jour nos enfants auraient une vie plus facile. À vrai dire, ces générations ont tellement rêvé l’avenir qu’une partie d’entre elles s’est refusée à contrarier et à contraindre ses propres enfants, avec le résultat qu’elle n’a pas su les élever pour faire face aux réalités de ce monde contemporain rempli de contradictions.

Quand on a appris que tout nous est dû, que le «système» est pourri, que toute autorité est symbole d’exploitation, qu’une institution comme l’université est un instrument de domination capitaliste, qu’entre un recteur et George W. Bush il n’y a qu’une différence de degré dans l’horreur, quand on estime que la société doit payer nos études sans contrôle excessif de la qualité du rendement, on descend dans la rue pour que la répression policière se mette en branle et que, tachés de sang, on crie à la dictature. C’est peu dire qu’on se fiche des autres étudiants, ces confrères aliénés et futurs exploiteurs du système pourri, qui éprouvent peu d’enthousiasme devant notre saine révolte.

Eh bien, y en a marre de ces plaintes appuyées sur des statistiques tronquées ou complaisantes à propos des conséquences catastrophiques d’un dégel des droits de scolarité sur les inscriptions. Avec le plus bas taux de droits au Canada, le nombre d’étudiants universitaires au Québec n’est pas supérieur à celui des autres provinces, ce qui démontrerait qu’il n’y a pas de cause à effet direct entre le prix de la scolarité et la fréquentation universitaire. Des étudiants crient leur indignation au dégel des droits, à hauteur de 50 $ par semestre; d’autres, au nom de leur droit à l’éducation, exigent l’abolition pure et simple de ces mêmes droits, et tous ces jeunes donnent à penser qu’ils sont des victimes alors qu’ils constituent les privilégiés de leur génération, dont les trois quarts n’accèdent pas au niveau universitaire.

Dans la rue, nous sommes face à un lobby de jeunes qui enrobent un discours d’arrière-garde construit sur leurs intérêts particuliers en un prêchi-prêcha où il est question, pêle-mêle, de démocratie, de répression politique et policière, de combat contre l’injustice et d’inégalités sociales. Oui, il y a un sous-financement universitaire; oui, il y a eu incurie et une gestion irresponsable à l’UQAM; mais qui peut croire que c’est dans ces manifestations où s’expriment des indignations gonflées à l’hélium idéologique par des professeurs complaisants dont la lecture sociale s’inspire de la gauche périmée que se trouve la solution aux vrais problèmes de l’enseignement supérieur?

Ces obsédés du gel des droits de scolarité ou de leur abolition sont de mauvais citoyens dans la mesure où ils refusent de faire un léger effort personnel supplémentaire afin de financer l’université comme les autres contribuables. Ces jeunes à qui tout est dû croient aussi à l’assistanat et se fichent bien de ceux qui les suivent. «Après moi le déluge!» pourrait être leur slogan. Faut-il rappeler cependant qu’ils ont eu des maîtres à penser avec ces professeurs baby-boomers, le coeur à gauche dégoulinant de bien-pensance, fonds de retraite et sécurité d’emploi bien encastrés à droite? Ceux-ci ont prémuni leurs étudiants contre tous les salauds de la Terre boursicoteurs, spéculateurs et créateurs d’emplois, aliénants, il va sans dire.

Enfin, n’oublions pas que la majorité des étudiants universitaires proviennent toujours des strates sociales supérieures et qu’en les mettant si peu à contribution pour le financement de l’université, l’État favorise ces mêmes classes supérieures au détriment des jeunes des classes défavorisées. Pour employer le langage des forces vives descendues dans la rue ces derniers jours, on pourrait dire que l’État perpétue l’exploitation des pauvres par les plus riches. C’est ce qu’on appelle l’effet pervers.

http://www.ledevoir.com/2007/11/17/164736.html


En réponse à la chronique de Denise Bombardier, « Désolante routine », publiée dans le Devoir des samedi 17 et dimanche 18 novembre 2007.

Mme Bombardier,

Suite à la lecture de votre chronique de samedi dernier, permettez-moi de vous annoncer que vous gagnez la palme du mépris envers les étudiants, et ce haut-la-main. Lors des deux dernières grèves auxquelles j’ai participé en tant qu’étudiante à l’UQAM (la précédente étant celle de 2005 pour protester contre les coupures effectuées dans le système d’aide financière), rarement ai-je eu l’occasion de lire un texte aussi blessant, drapé de surcroît dans une mauvaise foi inouïe. J’aimerais vous expliquer, en deux points brefs, pourquoi votre chronique m’apparaît d’abord comme un dénigrement pur et simple des étudiants grévistes et ensuite comme une simplification à outrance des facteurs qui ont entraîné la grève.

En quoi votre chronique était-elle méprisante ? Je commence en vous citant : « on se prend pour des moines birmans qu’on a vus sur YouTube ». Réalisez-vous que, nombreux parmi les grévistes et les manifestants, il y avait des étudiants en histoire, en science politique, en philosophie, c’est-à-dire des gens plongés dans l’étude et l’analyse de la société et de la conscience que cette société a d’elle-même ? Comment pouvez-vous associer ces personnes à des incultes abonnés à Internet qui ne doivent leur connaissance des récents événements en Birmanie qu’à un site de partage de vidéos ? Ce faisant, vous catégorisez un peu trop facilement, mais surtout vous rabaissez de manière tout à fait gratuite des citoyens qui ont fait un choix réfléchi en choisissant de manifester leur désaccord face au dégel des frais de scolarité. Votre rhétorique amène vos lecteurs à penser qu’en effet, les étudiants qui manifestent ne sont qu’une pâle copie de ces moines qui manifestent au risque de leur vie pour la démocratie ; qu’ils ne font que singer d’autres mouvements de protestation et que leur propre cause ne vaut pas la peine d’être défendue. Je le répète, ce type de discours m’apparaît tout à fait malhonnête.

D’autre part, cette grève qui vient de se terminer peut essuyer de nombreux reproches, mais pas pour les raisons que vous croyez. Permettez-moi de vous exposer ma vision des choses, en tant qu’étudiante. Des deux grèves que j’ai connues, même si elle fut la plus courte, celle-ci fut la plus sale des deux, la plus décevante. J’ai vu des étudiants franchir des « piquets de grève », c’est-à-dire essayer d’obtenir que le cours ait lieu même si la moitié de la classe, respectueuse du choix démocratique fait en assemblée générale, était absente. J’ai vu une administration, celle de l’UQAM, nier elle aussi l’autorité des choix faits en assemblée générale en qualifiant dédaigneusement de « boycott des cours » une grève votée dans les règles. J’ai vu un gouvernement apathique et sûr de lui parce que sachant bien, au fond, que les médias se chargeraient de faire perdre toute crédibilité au mouvement étudiant.

Heureusement, j’ai aussi vu des assemblées générales bien organisées et des participants respectueux des opinions divergentes quelles qu’elles soient. J’ai vu des membres du RATS (Rassemblement des artistes très sensibilisés) redoubler d’imagination pour faire passer notre message. J’ai vu une grande lucidité, mais pas de cette lucidité qui écrase l’espoir. Et par-dessus tout, j’ai vu des gens qui, eux, osent dire au gouvernement de Jean Charest que ce Québec qu’il en train de nous mijoter, nous n’en voulons pas. Que ce n’est pas ainsi que nous voyons notre avenir. La question des frais de scolarité n’est qu’un élément parmi tant d’autres. Oui, parmi nous, il y a quelques anarchistes, quelques aspirants Che Guevara nourris de rhétorique marxisante, quelques vandales. Mais le mouvement étudiant n’a jamais été parfaitement harmonieux : des sons discordants peuvent et doivent se faire entendre. Cependant, le fait que vous preniez appui sur ce fait évident pour discréditer notre démarche démontre un certain manque de discernement de votre part. Je vous cite une seconde fois : « mais qui peut croire que c’est dans ces manifestations où s’expriment des indignations gonflées à l’hélium idéologique par des professeurs complaisants dont la lecture sociale s’inspire de la gauche périmée que se trouve la solution aux problèmes de l’enseignement supérieur ? » Je passerai outre le fait que vous infantilisez les étudiants en les présentant comme des êtres incapables d’ébaucher une pensée qui leur est propre, comme des perroquets répétant les discours de leurs professeurs (j’exagère mon interprétation de vos mots, mais à peine…). Eh bien, si nous ne sommes pas la solution, nous sommes au moins la sonnette d’alarme. Si les étudiants ne descendent pas dans la rue pour défendre l’accessibilité aux études et pour dénoncer un plan de redressement qui met en péril la mission de l’UQAM, qui le fera à notre place ? Pas vous, si j’ai bien compris.

Julie Nadeau Lavigne
Étudiante au baccalauréat en études littéraires à l’UQAM

Bahram Aloui: sur la route des étoiles

août 1, 2007 2 commentaires

Vous le savez ou vous l’apprenez à l’instant, j’ai séjourné en Tunisie à titre de journaliste stagiaire en 2005.

Aux cours de ces huit mois, j’y ai fait des rencontres hors du commun, précieuses, inégalables.

Et parmi celles-ci, il y eut celle qui surpassa toutes les autres. Un jeune homme mit sur ma route, un comédien : Bahram Aloui.

Être comédien, de théâtre de surcroît, dans une capitale du tiers-monde où la liberté de parole n’existe tout simplement pas, exige un courage de fer et un espoir quasi naïf.
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Enfin, je viens tout juste de trouver le premier article à son propos sur le Web.

Je me devais le publier ici.
www.tunisia-today.com

TUNISIA-TODAY
Il a eu jusque-là de petites apparitions dans des films tunisiens. Cela a été suffisant pour attirer l’attention de certains metteurs en scènes de théâtre et de cinéma qui commencent à le solliciter pour des rôles plus importants. Bahram Aloui est l’un des comédiens les plus prometteurs de sa génération. Il joue actuellement dans la pièce La Queue de Artis Production, aux côtés de Sabah Bouzouita, qui lui a appris l’abc du jeu théâtral dans son club à la Maison de culture Ibn Khaldoun, Sonia Zargâyouna, Jamel Madani, Noômen Hamda, sous la direction de Slim Sanhaji. Il y incarne le rôle de Abdeljabbar, un mari B.C.B.G. mais qui est dominé par sa femme. Né le 7 juin à Makthar, d’un père professeur d’arabe, Bahram a eu son bac au lycée de cette ville du Nord-Ouest. Au lycée, il fit partie de tous les clubs culturels : théâtre, musique, cinéma… Il débarque à Tunis en 1999 et poursuit des études au Conservatoire national de musique de Tunis tout en préparant un diplôme de russe à l’Institut supérieur de langues vivantes, Bourguiba School. A la faculté aussi, il fonde et anime des clubs de musique et de théâtre. Doté d’une belle voix, il excelle dans l’interprétation de chants populaires de sa région natale comme le «Aârdhaoui» (chant bédouin) avant de découvrir le répertoire de la chanson engagée arabe notamment celui de Cheikh Imam. C’est ainsi qu’il a intégré le groupe Ajrass de Adel Bouâllègue, spécialisé dans ce genre de chants. C’est au sein du club de théâtre de la Maison de culture Ibn Khaldoun qu’il se familiarise avec les techniques de l’interprétation théâtrale sous la direction de la comédienne Sabah Bouzouita, qui lui offre son premier vrai rôle dans la pièce déjà citée. Jeune comédien, il interprète quelques petits rôles, notamment dans le spectacle d’ouverture de la CAN 2004, en janvier dernier, avec ses aînés Hamadi Arafa, Raouf Ben Amor et Sonia Ben Ahmed, le film Jûnûn de Fadhel Jaïbi et dans le court-métrage de Elyès Zrelli, «Sésame, ouvre-toi». Bahram (qui désigne la planète Mars en perse) croit à sa bonne étoile. Son talent multiforme lui vaut aujourd’hui l’attention des metteurs en scène et des réalisateurs. Il est au seuil d’une carrière qui pourrait être riche de succès, mais il est convaincu que seul le travail paie. Aussi, tout en louant ses services à des groupes professionnels, il faut bien vivre, il continue de parfaire sa double formation de chanteur et comédien. Zohra ABID

Bahram, j’admire combien tu crois et tu fonces vers tes rêves.

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