Archive

Posts Tagged ‘Krugman’

Les Québécois sont des gens de gauche qui s’ignorent

avril 15, 2010 2 commentaires

Ou qui se taisent…

Certains Québécois se censurent afin de ne pas être taxés de sales gauchistes pelleteux de nuages. Exception faite des blogueurs de la Toile et des vieux de la vieille, amis de Chartrand, rares sont ceux qui s’affichent « de gauche ».

La preuve en est que vous ne lirez qu’exceptionnellement dans nos médias de masse les mots « les gens de gauche », mais toujours « la gogauche » ou « le gauchiste ». Même Foglia se dit « vieux gogauche » dans une superbe chronique !

Ces deux termes sont péjoratifs. Dans notre imaginaire collectif, ils font référence à des gens économiquement dans les patates, la tête dans les nuages et l’appart sur le Plateau. Des rêveurs, pas des bâtisseurs. Et encore moins des créateurs de richesse.

source

Pourtant, lorsqu’un sale gauchiste s’éteint, un Falardeau ou un Chartrand, tout le Québec s’émeut et même le gouvernement Charest reconnaît l’importance cruciale qu’il a eue dans notre progression vers une société plus équitable…

Remarquez que les gens s’affichant « de droite » ne sont pas légion, eux non plus. Mais aucun terme péjoratif ne leur est accolé dans les médias, dans l’espace public. Au contraire, rusés, ils se sont choisi un terme tout désigné pour refléter la réussite et la vérité dans notre inconscient collectif : les lucides.

Ils sont forts. Surtout pour persuader les Québécois que la gauche n’est plus économiquement viable. Qu’elle mène à un mur.

Voilà qui m’amène au Québécois de gauche qui s’ignore.

Il pourrait – il l’a été dans certains cas – être de gauche, mais il se dit ces temps-ci de droite. Il est d’accord en théorie avec les principes de la gauche, mais il n’y croit plus. Il ne croit plus que la société, surtout le Québec (la petite province qui dépense trop sans se soucier de son avenir), a les moyens d’être de gauche. Il avance l’idée que la social-démocratie ne fonctionne pas et que les dernières années l’ont prouvé d’une manière tout à fait éloquente.

Pourtant, s’il prenait quelques heures de son précieux temps à lire plutôt qu’à regarder une télé série américaine et/ou le Banquier, il verrait bien que, dans toutes les sociétés démocratiques où la social-démocratie a commencé à mal fonctionner, la porte avait été trop grande ouverte à des intérêts privés.

Le Québec, le Canada, la France, l’Angleterre, la Suède, les Etats-Unis, nommez-les. Tous. À cet égard, il faut lire et relire L’Amérique que nous voulons, de Paul Krugman

Bref, les Baby-boomers, les souverainistes surtout, sont nombreux dans cette catégorie. Mais ils ne sont pas les seuls. Il y a aussi tous ceux qui ont jeté l’éponge en 1995. Il y a aussi les jeunes et moins jeunes, plus ou moins apolitiques, qui se disent « de centre ».

« de centre » ?

Quelqu’un pourrait-il m’expliquer ce que signifie exactement être « de centre » ? C’est comme si un amateur de hockey disait à la fois prendre pour les Nordiques et les Canadiens. En pratique, ça ne tient pas la route.

J’ai l’impression que le Québécois est non seulement une personne de gauche qui s’ignore, mais qu’en plus, il est mêlé pas rien qu’à peu près. C’est alors qu’il se dit « de centre ».

Dimanche, ils ont été 50 000 à aller manifester, à l’appel d’une radio poubelle privée et de droite… contre un budget de droite. Avec leurs balais, ils demandaient au gouvernement Charest de faire le ménage dans l’État… alors que ce gouvernement s’emploie à faire exactement cela depuis 2003 : réduire la taille de l’état en redistribuant les services publics au privé, généreux donateur du Parti. Après, l’État sera tellement petit – un 3 et demi plutôt qu’un palais de Westmount – qu’il sera en effet beaucoup plus rapide de passer le balai…
Source

Les Québécois sont en colère ces jours-ci, mais on aurait envie de dire qu’ils le méritent bien : depuis 2003 qu’ils votent pour un gouvernement libéral. On ne peut même pas être surpris, tant c’était prévisible. Vous n’avez à relire Libérez-nous des Libéraux, tout y était déjà, en 2004.

Gauche VS droite

Bon, réduisons à sa plus simple expression la gauche versus la droite : le bien commun versus le bien individuel.

Y-a-t-il vraiment un Québécois qui ne soit pas d’accord avec la primauté de la collectivité sur l’individu ? D’autant plus que l’on sait que la somme des biens individuels d’une société de droite ne se traduit jamais par l’augmentation du bien commun. Au contraire. C’est-à-dire que plus nous gouvernons à droite, plus l’ensemble de la richesse économique, culturelle et sociale se concentre entre les mains d’un groupe toujours plus restreint.

Du genre, chez nous, à 2 % de la population. 2 % de la population dont vous ne faites pas partie, vous, cher lecteur de ce blogue inutile.

Voilà, je suis de gauche, j’en suis fière et je vous emmerde, tabarnak ! aurait dit Chartrand.

Publicités

Obama: « Choisira-t-il l’action audacieuse ou le compromis trop facile ? »

shepard-fairey-barack-obama-1

Obama au plus bas dans les sondages après sept mois…

Ces portraits, la planète entière les connaît . Ils ont été dessinés à une autre époque, celle où tout le monde, sans trop oser y croire, espérait qu’un certain Barak Obama mettrait fin au règne de Bush et de tous ses compères faucons, unilatéralement décriés après huit ans aux commandes des States.

Changement !

Envers et avec tous, et avec l’aide d’une crise économique, Obama a réussi à l’emporter l’automne dernier. Ceci est aujourd’hui d’une telle évidence qu’il semble même inutile de le mentionner.

Mais la lune de miel est terminée. Les sondages en témoignent cette semaine et font les Unes des journaux un peu partout ici et ailleurs.

Les grandes qualités qui ont mené Obama à la présidence – la rhétorique, la conciliation, le compromis – semblent aujourd’hui lui nuire plus que jamais.

Shepard Fairey, l’artiste californien qui avait dessiné ces célèbres portraits il y a quelque mois, récidive cette semaine avec un portrait qui en dit long sur la malaise et le point d’interrogation qui plane sur Obama.

29524786-29524791-slarge

« Choisira-t-il l’action audacieuse ou le compromis trop facile ? »

Barak Obama: L’action concrète ou le compromis abstrait ?

On laisse une chance au coureur, ou on se dit qu’à vouloir contenter tout le monde, on les déçoit tous ?

7 mois sur 48. Je ne voudrais pas être à sa place !

Catégories :Politique étrangère Étiquettes : , ,

La "Commission Vérité"

février 10, 2009 2 commentaires

Jamais on a vu aux États-Unis une nouvelle administration punir judiciairement la précédente. La traduction en justice des anciens gouvernants s’est en vérité à peine vu dans nos États démocratiques modernes.

Mais puisque c’est précisément Obama qui succède précisément à Bush, des voix s’élèvent en Amérique pour que les crimes de l’Administration Bush soient punis.

bushobama

La voix de Paul Krugman*, notamment. Économiste américain récipiendaire du Prix Nobel l’an dernier.

Extrait d’une chronique parue le 15 janvier dans le NYT :

« Le 11 janvier dernier, on a demandé au président élu Barack Obama s’il allait exiger qu’une enquête soit ouverte sur les infractions éventuelles du gouvernement Bush. « Je ne pense pas que quiconque soit au-dessus des lois », a-t-il répondu, mais « il nous faut regarder vers l’avant plutôt qu’en arrière. » Je suis désolé, mais si l’on n’enquête pas sur ce qui s’est passé pendant les années Bush – or, à la suite de la déclaration d’Obama, tout le monde ou presque a compris qu’il n’en serait effectivement rien -, cela prouve que ceux qui sont au pouvoir sont bel et bien au-dessus des lois puisqu’ils ne risquent rien s’ils abusent dudit pouvoir.

Expliquons clairement de quoi nous parlons. Il n’est pas seulement question de la torture et des écoutes illicites, dont les auteurs prétendent, aussi peu crédible cela puisse-t-il être, qu’ils étaient des patriotes agissant au nom de la sécurité de la nation. Le fait est que les abus de pouvoir du gouvernement Bush vont de la politique environnementale au droit de vote. Et que l’usage du pouvoir a servi à récompenser des amis et à châtier des ennemis politiques. »**

Que ces crimes soient déjà tous connus et limpidement accessibles, non plus classé top secret, serait déjà un début.

C’est à peu près ce que voudrait faire l’aîné des sénateurs du Congrès américain Patrick Leahy. Le démocrate s’est prononcé en faveur d’une « Commission Vérité » qui se voudrait un compromis entre la traduction en justice des responsables de l’administration Bush et le fait de passer carrément l’éponge… plus de détails ici.

Patrick LeahyLe sénateur démocrate Patrick Leahy.

Cette « Commission Vérité » faire référence à la Commission Vérité et Réconciliation survenu en 1993 en Afrique du Sud, à la suite de la chute du régime de l’apartheid.

Voici en quelques mots (du Monde Diplomatique) en quoi a consisté cette commission sud-africaine.

« Le principe en était simple : bénéficieraient d’une amnistie tous ceux qui viendraient devant la commission « confesser » en quelque sorte leurs exactions – il s’agissait surtout de membres de la police qui avaient torturé, et parfois tué, des militants des mouvements de libération noirs, principalement le Congrès national africain (ANC) de Nelson Mandela. L’amnistie des requérants était soumise à deux conditions : d’abord de ne rien omettre de leurs crimes et délits dans leur déposition, ensuite d’avoir agi sur ordre de leur hiérarchie tout en croyant servir un « objectif politique » (une prétendue défense de la race blanche, par exemple). Contrairement à ce qu’avait publiquement craint l’ancien président Frederik De Klerk, la révélation des sévices souvent atroces infligés par les bourreaux n’a pas entravé la réconciliation entre les communautés noire et blanche. La Commission a ainsi réussi la catharsis qu’elle s’était fixée comme objectif. »***

Le projet du Sénateur Leahy n’a pas encore été examiné, ni par le Congrès, ni par la Présidence.

Une seule chose à rajouter:

Espérons que les rapports de Commissions aux States ne prennent pas la même direction que ceux au Québec.


———————————

*Paul Krugman, économiste américain, prix Nobel l’an dernier, soutient notamment (études et statistiques depuis le 19e siècle à l’appui) que plus l’État américain est interventionniste, plus l’inégalité entre les salaires américains tend à s’estomper, plus les richesses sont également réparties.
Bref, Krugman croit au socialisme… en Amérique du Nord. Depuis quelques années, il est également « faiseur d’opinion » dans une chronique qu’il tient au New York Times.

**Traduction du Courrier International du 22 janvier. Pour l’article en entier (et en anglais), c’est ici.

*** Le Monde Diplomatique, janvier 2005.

Catégories :Politique étrangère Étiquettes : , , , ,