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Le NPD perdu au Québec

avril 28, 2011 2 commentaires

Le Canada est en élections. Au départ, je ne voulais pas en parler, parce que l’enjeu se résumait à redemander à un électeur, désabusé et frustré de voir 300 millions de dollars s’envoler en fumée démocratique, de retourner voter pour ou contre un gouvernement Harper qui peine à s’imposer à la majorité de ce vaste territoire canadien hétéroclite qu’on appelle un pays.

Au Québec, à la fin mars encore, il était clair que nous allions faire Bloc contre Har-peur. Ça me rendait bien fière d’être québécoise, même si je savais pertinemment que le gouvernement conservateur n’avait plus besoin de la Belle-Province pour représenter la majorité canadienne. Lui suffisait de conserver ses 10 députés de Quebec City.

Bref, en début de campagne, le suspense se résumait (encore ! ) à Har-peur majoritaire ou Harper minoritaire.

Puis est arrivé le Bon Jack avec sa belle moustache à TLMEP. Avec ses publicités cool de p’tits chiens et de hamsters. Avec son air sympathique et son humanisme crédible. Puis, presque par magie, le vent électoral a tourné. Le NPD a maintenant le vent dans les voiles dans la province et il est crédité de 37,4 % des intentions de vote contre 24,3 % pour le Bloc. Les Québécois semblent encore apporter au Canada un vent de changement. Quelle belle histoire !

STOP ! Quelque chose cloche dans cette histoire.

Le scénario n’est pas mal du tout. Les personnages principaux aussi, le momentum politique semblent bon, le metteur en scène aussi. Mais le lieu de l’action n’est pas du tout le bon. Et deux fois plutôt qu’une.

Primo, le NPD a fleuri, certes, mais au mauvais endroit. Plutôt que de percer, monter et gagner en Ontario, le voilà qui prend les devants au Québec. C’est bien beau tout ça, mais ça ne changera rien à l’histoire du Parti Conservateur qui connaît bien, lui, les lieux où concentrer ses actions. Harper n’a plus besoin du Québec pour parvenir à une majorité parlementaire. Que les Québécois votent Bloc ou NPD, ça change quoi pour lui ?

Il n’a qu’à conserver ses acquis près de Québec, à Roberval et Pontiac et le tour est joué.

Ce qui m’amène à mon secundo.

Non seulement le NPD s’est-ils trompé de province, mais en plus il ne séduit pas les bonnes circonscriptions : sur 11 députés conservateurs, le NPD n’en devance actuellement que trois.

Presque partout ailleurs, c’est au Bloc que le NPD soutire des intentions de vote.

Alors, chers Québécois, c’est bien beau de vouloir voter pour du Changement, mais ce n’est pas en votant « yes we canne » que vous y parviendrez nécessairement.

Mais tout dépend de ce qui vous motive. Si vous souhaitez voter stratégique contre les Conservateurs, seulement trois de leurs circonscriptions risquent actuellement d’être prises par le parti du bon Jack.

Alors, citoyens de Beauport-Limoilou, Charlesbourg-Haute-Saint-Charles et Pontiac, allez-y gaiement, voter orange, votre vote risque fort de faire une différence sur le nombre total de députés conservateurs à Ottawa le 3 mai. Citoyens de Lévis-Bellechasse et Lotbinière-Chute-de-la-Chaudière, vous n’êtes pas loin non plus.

Voir ici : projet démocratique.

Quant aux autres qui rêvent tout à coup de socialisme centralisateur des Prairies, demandez-vous si votre député et tous ses nouveaux collègues oranges sauront mieux servir vos intérêts et convictions au Parlement canadien qu’un député du Bloc. Pensez-y comme il faut, là.

Source

Je n’ai rien contre les idées de gauche du NPD. Comment être contre un programme aussi flou, de toute façon ? Si j’étais née à Régina, sûrement qu’il serait mon parti. Je me demande seulement pourquoi c’est encore au Québec, et non dans le ROC, que le vent électoral progressif tourne ? Peuvent pas se déniaiser un peu, en Ontario ?

J’oubliais. Si jamais le NDP infligeait une véritable raclée au Bloc, peut-être son chef et ses excellents députés pourraient penser à retourner à Québec pour les prochaines élections provinciales. Peut-être.

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La démocratie: trop, c’est comme pas assez…

Y’a ceux qui se battent et meurent pour pouvoir voter pour de vrai, et les autres (enfin, moins de 60 % d’entre eux) qui votent, quatre fois en sept ans, sans passion et en chialant que ça coûte ben trop cher !

Encore Côté

Si au moins on pouvait nous aussi crier Dégage à quelqu’un d’ici les élections canadiennes du 2 mai.

Le recensement conservateur

juillet 23, 2010 1 commentaire

On en parle depuis quelques jours : Le Gouvernement Harper a décidé de rendre facultatif le fait de remplir le formulaire long envoyé à 20 % de la population, lors du recensement de Statistique Canada qui a lieu tous les cinq ans.

Ce formulaire « long », permet de dresser un tableau honnête de la population sous tous ses angles, qu’ils soient économique, culturel, politique, social, linguistique, etc.

Bado, Le Droit, le 5 juillet 2010.

Le gouvernement Harper justifie sa décision en disant que la vie privée des « Canadiens et Canadiennes » n’est pas respectée, si l’on oblige 20 % d’entre eux à remplir le formulaire tous les 5 ans (même si ce n’est les mêmes, d’une année à l’autre).

C’est pousser un peu fort (et c’est surtout voler ses idées à la pure droite des États-Unis).

Tout le monde, TOUT LE MONDE, excepté Harper, son gouvernement et les riches wanna be American de l’Alberta, est en désaccord avec cette nouvelle mesure. Depuis des années, il y a eu si peu de plaintes à propos de ce formulaire long, que l’on pourrait même ne pas en parler ici.

Aujourd’hui, Munir Sheikh, le grand patron de Statistique Canada, a démissionné de façon fracassante. Son devoir de réserve de fonctionnaire ne lui permet pas de critiquer, de donner clairement son avis. Mais ça ne prend pas la tête à Papineau pour lire entre ses lignes.

La vaste enquête qu’est le recensement quinquennal de Statistique Canada est utilisée par nos scientifiques, nos penseurs, nos politiciens, nos experts, nos spécialistes. Elle est notamment cruciale afin d’établir des politiques sociales efficaces.

En décidant de rendre le formulaire facultatif, tout en l’envoyant à plus de personnes, il apparaît clairement que le gouvernement conservateur tente de rendre le portrait des Canadiens moins représentatif.

Les riches de ce pays, les bien nantis, les ceux qui ont le temps et qui sont fiers de leur réussite, vont certainement prendre le temps de remplir le maudit questionnaire. Le pauvre, la marginale, l’immigrée, le minoritaire linguistique, peut-être pas.

J’ai bien hâte de voir le prochain portrait du « plus meilleur pays du monde ». Il sera tout à coup plus reluisant. Gageons que le gouvernement Harper dira que le tableau s’est nettement amélioré grâce à son arrivée au pouvoir.

Aux chiffres, je le redis encore, on peut faire dire n’importe quoi. Imaginez ce que l’on peut leur faire dire avec un brin d’idéologie mal placée et sans aucune méthodologie.

The Desire of Idendity

février 18, 2010 Laisser un commentaire

Après avoir publié ce texte en français il y a quelques jours, j’ai réalisé qu’il s’adressait en réalité et à prime à bord aux Canadiens anglais. Comme ils ne sont qu’environ 10 % à être bilingues au pays, il me semblait logique de leur offrir une traduction… Merci Julie la traductrice.

I found this video while surfing… on my blog !


I am not Canadian


I must have watched that video (from Toronto radio station Edge 102.1) a hundred times. I never get tired of it.

I lived in Calgary for over a year. I made friends there. Each and every one of these Canadian friends knew (because I am not one to be silent) that I was a separatist. Each and every one of them accepted it respectfully and refrained from talking about it at inappropriate times. They were real gentlemen, these Canadians.

However, when the timing was good, we discussed the Yvettes, the Night of the Long Knives, the absence of Québec in the Constitution since 1982, the Meech Lake Accord, and so on.

At first they were surprised. They never knew. Then they sympathized. But ultimately they didn’t understand. They perceived Québec’s desire to leave Canada as something of a personal affront: “Why? We like you!” they would say.

I could but understand them. A break up is never pleasant, be it of individual or collective nature. As much as I tried to explain it, using all sorts of political – economic – social –cultural – linguistic – historical arguments, there was nothing to be done: my Canadian friends could very well understand and even adhere to ambitions of independence for the Scots, the Tibetans, the Palestinians, and so on. But they could neither accept nor understand such a desire coming from the Québécois.

Yet there is nothing more legitimate than this desire. Desire isn’t bad or good in itself – it simply exists. That’s all. Desire is an impulse, an aspiration from mankind towards something. It might be more or less logical, as it is a question of feeling.

I’ve lived in Montréal for two years now. I’ve made anglophone friends here. Some of them are bilingual, others more or less so. Because I still can’t (and don’t want to!) shut up, the same debate over Canada’s two solitudes comes back again and again. And, tirelessly, it gives way to the same lack of resolution.

Nonetheless, I believe I’ve understood something recently.

Eureka!

While living in Alberta, I would frequently amuse myself by asking Canadians: “What is the difference between you and the Americans?”
People found it hard to answer clearly. They mentioned hockey, the percentage of alcohol in the beer, politeness, religion, and so on.

(Some among them would say: bilinguism. Then I would ask them to repeat that in French…)

In short, nobody could clearly tell me how Canadians and Americans differed from each other.

However, thanks to all these vox pop, and one thing leading to another, I managed to uncover what I think is the truth. If Canadians differentiate themselves so strongly from Americans, it’s because the last thing they want is to become Americans. They are proud to be Canadians, i.e. not Americans. Their identity, so it seems, is largely constructed upon one thing: “We are not Americans”. Not because they dislike, snub or hate them. No. Simply because they don’t feel American.

Don’t come looking for political – economic – social –cultural – linguistic – historical reasons here. No. Here, it is purely a matter of desire. Irrational.

(This sounds awfully familiar.)

I am not Canadian” parodies the stereotyped Québécois who doesn’t want to be seen as Canadian.

I am Canadian” (the video) parodies the stereotyped Canadian who doesn’t want to be seen as American.

I am Canadian

Each defines himself by the differences between himself and the “other”, the other being the majority.

To each his own desire, his own fear, his own drive. But in the end, we’re all in the same boat.

There is always another, bigger one trying to swallow us or to entail us in his trail. Nothing could be more natural than to resist.

Nature likes diversity.

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Le désir identitaire

février 10, 2010 Laisser un commentaire

Je suis tombée sur cette vidéo en surfant… sur mon blogue !

Cette vidéo de la radio torontoise Edge 102.1, j’ai dû l’écouter des centaines de fois. Je ne m’en lasserai jamais.

J’ai habité à Calgary pendant plus d’un an. Je me suis fait des amis là-bas. Tout un chacun de ces Canadians Friends savait (parce que j’ai bien du mal à me taire) que j’étais souverainiste. Généralement, tout un chacun l’acceptait avec respect et évitait d’en parler à un moment inopportun. C’est qu’ils sont Gentlemen, les Canadians.

Toutefois, lorsque survenait le « good timing », on parlait alors un peu des Yvettes, de la Nuit des Longs Couteaux, de la non présence du Québec dans la Constitution depuis 1982, du Lac Meech et alouette.

Ils étaient alors surpris ! Ils ne savaient pas. Puis, ils étaient ensuite compatissants. Mais, au bout du compte, ils ne comprenaient pas. Ils percevaient ce désir des Québécois de quitter le Canada comme un affront personnel : Why ? We like you ! qu’ils me répondaient.

Je ne pouvais alors que les comprendre. Une rupture, collective ou individuelle, n’est jamais agréable à vivre. J’avais beau leur expliquer, avec tous mes arguments politiques-économiques-sociaux-culturels-linguistiques-historiques, il n’avait rien à y faire : mes Canadians Friends pouvaient très bien comprendre, voire adhérer aux ambitions souveraines des Écossais, des Tibétains, des Palestiniens, alouette. Mais ils ne pouvaient accepter ni ressentir ce désir des Québécois.

Pourtant, ce désir est tout ce qu’il y a de plus légitime. Le désir n’est pas mal ou bon en soi, il est là, c’est tout. Le désir est une impulsion, une aspiration, plus ou moins logique, mais pleinement ressentie, des Hommes vers une chose.

Je vis à Montréal depuis maintenant plus de deux ans. Je me suis fait des amis anglos ici. Des Anglos bilingues, d’autres plus ou moins. Parce que je ne sais (et ne veux !) toujours pas me taire, cette même discussion sur les deux solitudes du Canada revient tout le temps, inlassablement. Les mêmes non conclusions reviennent à tous les coups, inlassablement.

Je pense néanmoins avoir compris quelque chose dernièrement.

Illumination

Quand j’habitais en Alberta, je m’amusais constamment à demander aux Canadians : quelle est la différence entre les Canadiens et les Américains ?

On avait alors toujours du mal à me répondre clairement : on me pointait le hockey, le taux d’alcool dans la bière, la politesse, la religion, alouette.

(Certains me répondaient aussi le bilinguisme : je leur demandais alors de me répéter cela en français…)

Bref, personne ne pouvait m’expliquer clairement ce que les Canadiens anglais avaient de si différent des Américains.

J’ai pourtant fini par le découvrir, de fil en anguille, à travers tous ces vox-pop : les Canadiens se différencient drastiquement des Américains parce qu’ils ne veulent surtout pas devenir des Américains. Ils sont fiers d’être Canadiens, c’est-à-dire ne pas être Américains. Leur identité semble largement s’articuler autour d’une chose : nous ne sommes pas Américains. Pas parce qu’ils les détestent, les snobent ou les haïssent. Non. Mais parce qu’ils ne se sentent tout simplement pas Américains.

Ne cherchez pas là des raisons politiques-économiques-sociales-culturelles-linguistiques-historiques. Non. Nous sommes ici au cœur d’une affaire de désir. Non rationnel.

(Me semble que j’ai déjà lu cette histoire-là quelque part)

I am not Canadian parodie le Québécois stéréotypé qui ne veut pas être Canadian.

I am Canadian parodie le Canadian stéréotypé qui ne veut pas être Américain.

Chacun se définit en soulignant ce qui le différencie de l’autre, en l’occurence majoritaire.

À chacun son désir, sa peur, son moteur. Mais au bout du compte, on semble tous dans la même galère.

Y’a toujours un plus gros qui tente de nous entraîner dans son sillage et rien n’est plus sain et légitime que d’y résister.

La nature aime la diversité.