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Début d'année à Rafah

Reuters

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Pendant ce temps, au nord de l'Ouganda

février 4, 2008 1 commentaire

Loin de moi l’idée de vouloir minimiser les morts, blessée et déportés qui font actuellement les manchettes au Kenya. Pas plus que le coup d’État que vit ces jours-ci le Tchad.

Seulement rappeler que sur certains conflits, que sur certaines guerres, les caméras ne se posent jamais. Ou trop rarement. Ou bien maladroitement.

Voici donc une rencontre avec Catherine Hébert, qui a elle posé sa caméra de l’autre côté de la frontière kényenne, en Ouganda.

Le nord de l’Ouganda abandonné

afficheff.jpg Photo: Mango Films

Rencontre avec Catherine Hébert

Amélie TENDLAND – 31 janvier 2008

Paru dans Alternatives


Avec De l’autre côté du pays, la cinéaste Catherine Hébert a braqué sa caméra sur l’un des conflits les plus sous-médiatisés du continent africain : la guerre au nord de l’Ouganda, qui perdure maintenant depuis plus de 20 ans. Elle en est revenue avec un film dont la sobre beauté frappe tout autant que son tragique propos politique.

Jusqu’ici, cette guerre aura vu mourir plus de 100 000 personnes et naître environ 60 000 enfants soldats.
angioletta.jpg Photo: Catherine Hébert

Loin des feux de la rampe, les Ougandais du Nord sont victimes depuis 1986 d’un conflit opposant l’armée du pays aux rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA). Composé majoritairement d’enfants enlevés de force et contraints à se battre, ce mouvement persiste, à coup de pillages, d’incendies et de viols, à terroriser les habitants de la région. Et tout porte à croire que le gouvernement ougandais n’a aucune réelle volonté d’y mettre un terme.

De l’autre côté du pays, qui a remporté en novembre le prix du public aux dernières Rencontres internationales du documentaire de Montréal, présente le conflit dans toute sa complexité, en suivant cinq Ougandais du Nord dans leur vie quotidienne. La moitié du pays est littéralement laissée à l’abandon par le gouvernement du président Yoweri Museveni qui, malgré son impressionnante armée, prétend ne pas être en mesure de régler le conflit. Pire, il en nie l’existence même.

Pendant ce temps, les routes du nord du pays sont devenues difficilement carrossables, 90 % des écoles publiques sont fermées, les villages sont abandonnés et plus de 80 % des habitants de ce qu’on appelait le grenier de l’Ouganda vivent désormais dans des camps et dépendent du Programme alimentaire mondial de l’ONU. Environ 1000 personnes y perdraient la vie chaque semaine.

Genèse du film

Catherine Hébert s’est une première fois rendue au nord de l’Ouganda en 2004. Elle y avait à l’époque réalisé un court documentaire, Des mangues pour Charlotte. « Ce premier voyage dans le nord de l’Ouganda m’a profondément choquée et bouleversée. Dès mon retour, je voulais absolument y retourner pour faire un film plus long, plus en profondeur. Ça devenait une obsession », se souvient la documentariste. Insistant sur le peu de médiatisation de cette guerre, la jeune femme raconte y être retournée sans sa caméra en 2006. « Il était très important pour moi de faire les choses ainsi, afin d’établir un lien de confiance. » C’est à cette époque que la réalisatrice a déniché les cinq personnes présentées dans le film. On y découvre notamment une fille qui marche 10 km chaque jour afin de trouver un endroit sûr pour dormir, un enfant orphelin de 7 ou 8 ans tentant de survivre en ville et une mère dont la fille a été enlevée par les rebelles.

« Les gens étaient très ouverts avec nous. Ils étaient surtout étonnés de voir que quelqu’un s’intéresse à leur sort », se souvient Catherine Hébert. Exception faite de certaines ONG, rares sont en effet les étrangers à s’y aventurer, explique-t-elle. Pendant longtemps, le gouvernement ougandais invitait fortement tout étranger à ne pas se rendre au nord du pays, arguant que la situation était trop dangereuse. En 2007, Catherine Hébert et son équipe ont dû s’y rendre clandestinement, équipement caché, munis de visas de touriste.

Un conflit dont tire profit le président

Pour plusieurs, il ne fait aucun doute que le gouvernement ougandais tire profit du conflit. À la suite du coup d’État de 1986, le président Museveni a reçu beaucoup d’argent de bailleurs de fonds occidentaux. Aujourd’hui, 50 % du budget de l’Ouganda provient toujours de l’Occident. « À l’époque, le gouvernement Museveni a entrepris des réformes économiques qui ont eu un succès relatif, notamment dans le domaine de l’éducation et de la lutte au sida, explique Catherine Hébert. Il est en quelque sorte devenu le bon élève américain. Succès relatif seulement, car seul le sud du pays a pu profiter de ces réformes. »

Or, la menace de voir un jour cette guerre s’étendre au Sud sert aujourd’hui d’alibi politique au président Museveni, selon la réalisatrice. « Non seulement il laisse croire à ses électeurs du Sud que la situation ne peut être contrée que par son gouvernement, mais de plus il se sert de cette menace pour justifier ses dépenses militaires. » Environ 50 % du budget national serait consacré à l’armée.

Deux générations sacrifiées

Le film De l’autre côté du pays montre clairement l’urgence de mettre fin à ce conflit dont les ravages ont déjà provoqué de profonds stigmates au sein de la population. Plus de 80 %, des rebelles sont des enfants qui ont été enlevés. «  Ce sont deux générations qui ont carrément été sacrifiées », dénonce la documentariste. Les gens n’appuient pas les rebelles, mais souvent ils cherchent à protéger le fils, la fille ou le neveu qui a été enrôlé de force par la LRA.

caroline-route1.jpg Photo: Catherine Hébert

Catherine Hébert explique également qu’il existe des programmes de démobilisation pour les enfants soldats qui sont parvenus à quitter les rangs du mouvement. Si ces programmes obtiennent certains résultats, le plus difficile demeure leur retour à la maison. « Lorsqu’ils reviennent dans leur village, ils sont souvent considérés comme des criminels. Éviter qu’ils soient rejetés par leur communauté demeure un grand défi. »

De plus, les filles, qui constituent pourtant le tiers des enfants soldats du pays, ne fréquentent pas ces centres de démobilisation. « Elles ont trop honte pour s’y rendre, particulièrement si elles ont un enfant conçu en captivité. » Pourtant, c’est bien la réintégration de ces jeunes femmes qui demeure la plus délicate à réaliser. Ces anciennes « épouses forcées » et leurs enfants représentent un risque constant pour les habitants de leur village, car les pères, commandants de la LRA, risquent de surgir à tout moment.

Espoir

Pour Catherine Hébert, l’espoir de voir un jour la paix au nord de ce pays est toutefois toujours bien vivant. « Il y a des gens à l’intérieur qui résistent, pas nécessairement en militant, mais pour survivre. Caroline, qui marche 10 km par jour afin de trouver un endroit sûr pour dormir, résiste. Pour moi, ce sont les gens comme elle qui sont les vrais héros, les vrais résistants. »

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L’économiste israélien Shir Hever aux Journées Alternatives: Une occupation de neuf milliards de dollars

Ces jours-ci a lieu à Montréal le premier Forum social québécois. C’est dans le cadre cet événement que se déroule cette année la 13ième édition des Journées Alternatives. Plusieurs conférenciers provenant d’un peu partout dans le monde y sont présents, dont cet économiste Israéliens employé du Alternative Information Center à Jérusalem-est.

Article paru dans Alternatives
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rebellyon.info

Amélie TENDLAND – 23 août 2007

Les 24 et 25 août, à Montréal, dans le cadre du premier Forum social québécois, les journées d’étude Alternatives recevront une vingtaine d’invités internationaux en provenance de 16 pays. Alternatives a interrogé l’un d’eux, l’économiste israélien Shir Hever, dont les travaux tentent d’évaluer le coût de l’occupation des territoires palestiniens par Israël.

Neuf milliards de dollars américains. Voilà ce que coûterait annuellement l’occupation israélienne en Palestine, selon l’économiste Shir Hiver. En fait, l’entreprise apparaît si ruineuse, qu’il estime qu’elle finira par contribuer à faire bouger les Israéliens. « Le prix de l’occupation est très élevé, au point de provoquer l’effondrement de plusieurs institutions et de plusieurs structures sociales en Israël, affirme-t-il. Mais je ne crois pas que l’occupation cessera pour des raisons purement économiques. Seule la résistance des Palestiniens permettra de mettre fin au conflit. Mais les raisons économiques feront probablement survenir la fin de l’occupation plus rapidement et plus facilement. »

Du haut de ses 29 ans, Shir Hever explique qu’il en est venu très tôt à l’activisme. « Déjà au secondaire, j’étais un activiste, puis j’ai continué à militer à mon arrivée à l’université. J’ai toutefois rapidement été déçu des cours d’économie. L’économie à elle seule n’explique rien. Je n’étais pas du tout convaincu », raconte-t-il. Confronté à ce qu’il considère comme une importante fermeture d’esprit, l’économiste s’est alors mis à la recherche d’idées et d’informations alternatives. C’est ainsi qu’il a atterri au Alternative Information Center (AIC), à Jérusalem-Est, qui se donne pour objectif de rapprocher Israéliens et Palestiniens.

« L’AIC est en mesure d’aider ces groupes qui contestent les politiques gouvernementales de plusieurs manières : en leur offrant des outils, de l’information, des formations politiques. De plus, le fait de travailler [à l’AIC] me permet d’avoir accès plus aisément à des bases de données, des statistiques, des personnes ressources, notamment en Cisjordanie », explique l’économiste. Il faut dire que les travaux de M. Hever ne se limitent pas à évaluer le coût de l’occupation pour l’économie israélienne. Ils tentent aussi d’évaluer l’impact de l’occupation sur les territoires occupés et sur Jérusalem-Est, où plusieurs commerces ont fermé leurs portes.

Ainsi, le dernier texte du chercheur constitue le premier rapport à présenter une analyse économique des conséquences de la construction du Mur de séparation à Jérusalem-Est. Shir Hever y explique notamment que le Mur de séparation a coûte chaque année environ 194 millions de dollars aux Palestiniens de Jérusalem-Est, soit 1,2 milliard de dollars depuis le début de sa construction, en 2002. Jérusalem-Est constitue le seul endroit où le Mur passe au travers d’une zone urbaine densément peuplée. Selon l’économiste, plus de 200 000 personnes seraient quotidiennement affectées. Le revenu des ménages palestiniens de Jérusalem-Est aurait ainsi chuté de 17,5 % depuis le début des travaux.

« L’occupation coûte cher »

mur_afp2.jpg www.protection-palestine.org

Quant à la l’éventualité de la fin de l’occupation et d’un règlement définitif du conflit, l’économiste refuse d’être pessimiste. « Même si, d’après moi, Israël n’admettra jamais que l’occupation constitue une erreur, la solution n’est certainement pas de ne rien faire », insiste-t-il. Il se félicite de voir de plus en plus d’Israéliens refuser d’aller dans l’armée, évitant ainsi de contribuer au conflit. Selon lui, les choses finiront par changer, probablement sous la pression internationale. Toutefois, il doute que la sensibilisation à la cause palestinienne puisse à elle seule faire réellement changer les mentalités chez les Israéliens. « Quand l’occupation sera finie, les mentalités pourront changer en Israël, mais avant, j’en doute. »

À Montréal, durant les journées Alternatives, Shir Hever ne cache pas qu’il préconisera le boycott d’Israël. Misant sur le pouvoir d’agir des gens qui seront présents, l’économiste assure que « les gens en Israël ont réellement peur du boycott, car il peut vraiment les affecter, eux tout comme l’occupation ». Mais cela ne l’empêche pas de croire aussi énormément aux différents projets de rapprochement que l’AIC mène auprès de groupes de base palestiniens et israéliens. Le centre amène en effet plusieurs groupes d’activistes issus des deux peuples à se rencontrer. « Nous ne voulons pas seulement qu’ils se rencontrent, nous cherchons aussi à les réunir, pour qu’ils aient le même programme, le même but, le même agenda », explique-t-il.

On le devine, la tenue des réunions relève parfois de l’exploit. D’un côté, les Palestiniens ne sont pas autorisés à se rendre à Israël. De l’autre, les Israéliens ne peuvent pas eux non plus se rendre en territoire palestinien sans ruser. À Jérusalem, par exemple, M. Hever raconte que les Israéliens prétendent qu’ils se rendent dans les colonies, pour ensuite prendre le chemin de Bethléem. L’escapade demeure illégale, passible de prison, mais l’économiste affirme qu’elle ne s’avère pas trop dangereuse. Contre toute attente, pour ne pas que le monde croit qu’elle empêche les Israéliens de rentrer en contact avec les Palestiniens, l’armée israélienne ferme parfois les yeux.

Dans le cadre des Journées Alternatives, Shir Hever participera à un atelier intitulé Bases militaires : une arme meurtrière au service des plus forts, le vendredi 24 août 2007, à 11h00, au local R-M130 de l’Université du Québec à Montréal. Le lendemain, le 25 août, on le retrouvera dans l’atelier Le Moyen-Orient au bord du gouffre, à 9h00, au local R-M130 de lUniversité du Québec à Montréal (UQAM).

L’auteure est journaliste indépendante

* à propos du Alternative Information Center:

Amélie TENDLAND – 23 août 2007
Article paru dans Alternatives

L’Alternative Information Center (AIC) est une organisation pacifique et progressiste israélo-palestinienne située à Jérusalem-Est. Le premier mandat d’AIC est la diffusion d’informations sur les sociétés israéliennes et palestiniennes, de même que sur le conflit qui les oppose.

Fondé lors des derniers jours de la guerre du Liban en 1983 par le journaliste israélien Michaël Warschawski, le Centre est né de la nécessité d’offrir une information alternative aux deux peuples. Aujourd’hui, l’AIC gère trois publications majeures, en hébreu, en arabe et en anglais, de même qu’un site Web des plus actifs. Il est également devenu un incontournable pour l’obtention d’informations et de contacts auprès des médias israéliens et étrangers.

Pionnier dans la coopération égalitaire entre Israéliens et Palestiniens, le Centre s’est donné comme mandat d’encourager l’échange, de désenclaver les deux camps. Désormais, plus que diffuseurs d’informations, l’AIC est également à la tête de plusieurs projets, notamment le Summer Camp. Ce dernier est le seul camp d’été de la région à réunir des jeunes palestiniens de Cisjordanie et d’Israël à la fois, filles et garçons âgés entre 14 et 20 ans. . Enfin, l’AIC vient également en aide aux groupes de base d’activistes tant en Israël qu’en Palestine, leur fournissant divers outils visant à consolider leurs revendications sociales et politiques.

L’adresse du site Web de l’AIC : www.alternativenews.org