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Falardeau, en toute liberté, merci à Radio-cadenas

août 23, 2010 2 commentaires
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Mommy Daddy

En avril, je suis allée au Moulin de la loi 101. Enfin, le véritable nom de l’événement était : Grand rassemblement : Québec vs Cour suprême. La loi 101, notre seule voix. Mais je préfère l’appeler le Moulin de la loi 101. Ça fait un p’tit clin d’oeil au Moulin à paroles. Et c’est de circonstance.

Je crois au pouvoir des mots, des paroles, des textes. Je les aime. Si l’on cherche à les protéger, quoi de mieux qu’un moulin pour les propager ? D’autant plus si c’est pour se souvenir du parcours de notre langue. Sans elle, il ne saurait y avoir de moulins, de loi ou à paroles. Pas même à images.

Lors de ce rassemblement, 850 personnes ont écouté religieusement, et pendant trois heures, comédiens, politiciens, chanteurs et musiciens leur rappeler l’histoire de leur langue, à coup de textes historiques, de chansons, de vidéos et de discours enflammés.

Un moment fort où la gauche souverainiste du Québec était unie. Enfin !

(En écrivant la « gauche souverainiste », je ne suggère pas ici que seuls les gens à gauche supportent la langue française au Québec. Je ne présume de rien. Je ne fais ici que constater : parmi tous les organismes, partis politiques, syndicats, artistes et chercheurs présents, la droite brillait par son absence. J’imagine qu’elle avait plus important à faire en ce beau dimanche après-midi.)

Bref, j’allais écrire « un moment où tout un chacun était fier d’être Québécois », mais ce n’est pas exactement ça. Je crois que c’était plutôt « un moment où tout un chacun avait la certitude qu’un jour, ses petits petits-enfant parleraient encore le français ».

Vous me direz que 850 personnes, ce n’est pas assez.

J’espère que vous avez tort.

Enfin, de tous les textes qui furent présentés en ce dimanche d’avril, une chanson les a, à mon avis, tous éclipsé. Une chanson qui dit tout. Tout y est. Ni plus, ni moins.

Bon Secours Baltimore Health System

La chanson Mommy Daddy fut enregistrée en 1971 par Dominique Michel et Marc Gélinas, pour le film Tiens-toi bien après les oreilles à papa, réalisé par Jean Bissonnette. Le scénariste du film, Gilles Richer, a écrit les paroles; Marc Gélinas la musique.

J’aurais bien aimé vous offrir la vidéo de la splendide jeune fille qui l’a interprétée au Moulin de la loi 101, mais je ne le trouve pas sur la Toile (avis à tous !)

Ici, la version originale du film.

A-t-on le cinéma qu’on mérite ?

avril 17, 2010 7 commentaires

Par Julie Nado

Une fois de temps à temps, comme ça, parce que je m’ennuie, ou plus souvent parce que sa dernière chronique a fait des vagues et qu’on en parle dans mon entourage, je lis Patrick Lagacé sur Cyberpresse. La plupart du temps, je considère que ça ne vaut pas tellement la peine de réagir. Pourquoi ajouter une voix de plus à la « communauté de placoteux » dont parlait Lise Bissonnette récemment ? Deux raisons : la rigueur et le cinéma roumain. Je m’explique.

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J’aime la rigueur. Beaucoup. Et j’ai un problème avec les gens, surtout les journalistes, qui manquent de rigueur dans leur travail. Or, peut-être que je me trompe en qualifiant Patrick Lagacé de journaliste, puisqu’il se présente plutôt en début de chronique comme un « travailleur de l’information ».

Un travailleur de l’information, qu’est-ce que ça mange en hiver ? De l’opinion, apparemment. Pas des faits. Des approximations, plutôt. Vous connaissez l’expression anglaise « social butterfly », qui donne « papillon social » dans une traduction littérale maladroite ? Elle désigne ces gens qui, à l’aise en société, virevoltent d’une conversation à l’autre, butinant plusieurs sujets à la fois. Ces papillons sociaux donnent l’impression de demeurer à la surface des choses. À l’ère d’Internet, le « social butterfly » devient ce que j’appellerais un papillon médiatique. Quand je lis M. Lagacé, et surtout quand je considère les sujets qu’il aborde dans ses chroniques, j’ai souvent cette image d’un papillon qui vole au gré du vent, sans trajectoire cohérente, se laissant porter par l’air du temps. Il n’est pas le seul. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Je pense à des écrivains tels que Rousseau ou Robert Walser, qui ont érigé la promenade en art littéraire. Seulement, voilà, je doute que ce soit la tâche d’un « travailleur de l’information », qu’il soit journaliste ou chroniqueur.

Car que nous apprend réellement M. Lagacé sur l’entrevue que Denys Arcand a accordée à Stéphan Bureau ? Très peu, en fin de compte. L’analyse qu’il en fait tient dans cette équation : je reviens d’Haïti et la vie au Québec me paraît horriblement drabe. Denys Arcand raconte à Stéphan Bureau que « Y a rien, dans nos vies. ». Je saute sur l’occasion pour arrimer ma déprime saisonnière aux réflexions d’un cinéaste reconnu et je conclus en m’attaquant au cinéma québécois des dernières années. Ah, l’art du raccourci, n’est-ce pas ?

D’un ton condescendant, le chroniqueur établit un lien entre le caractère intimiste des films québécois récents et le vide qu’il perçoit dans notre société. Pas de grands bouleversements, alors on se regarde le nombril et on fait des films en conséquence. Autrement dit, on a le cinéma qu’on  mérite.

Depuis quelques années, nous avons eu la chance ici de voir un certain nombre de films roumains de qualité, que ce soit dans les festivals, au cinéma Ex-Centris ou au Cinéma du Parc. Que se passe-t-il dans ces films ? Souvent, il ne se passe rien. On achète un cochon de son beau-frère mais il nous le livre vivant dans notre HLM et il faut trouver une manière de le tuer si on veut le manger. Un village se prépare pour la visite de membres éminents du Parti communiste, mobilisant ainsi tous ses habitants et provoquant une effervescence hors du commun, pour finalement apprendre que l’itinéraire des dignitaires a été modifié et que tous ces efforts ont été en vain. (Contes de l’âge d’or) Un vieil homme malade erre d’hôpital en hôpital pendant une nuit entière. (La Mort de Dante Lazarescu) Le jour du 20e anniversaire de la révolution roumaine, un débat télévisé à la chaîne communautaire d’une petite ville apprend à ses habitants que la révolution n’a pas vraiment eu lieu chez eux, que personne n’a été suffisamment courageux pour sortir dans la rue avant que le couple Ceausescu n’ait quitté Bucarest. (12h08 à l’est de Bucarest). Il ne se passe presque rien dans les films roumains : pas de guerre tragique ni d’épisodes glorieux de résistance au communisme, très peu de personnages promis à un noble destin, des villes grises, des campagnes désertées. Et pourtant, il s’agit à mon sens d’un des cinémas nationaux les plus fascinants du moment. La Roumanie nous offre des films qui, à partir de sujets peu glorieux, créent un univers fait d’absurde et de tragédie du quotidien, d’humour et de lucidité. Comme chacun sait, le sujet ne fait pas l’oeuvre. Et le cinéma québécois ne fait pas exception à la règle.

source

À votre place, j’irais chercher mes analyses socio-cinématographiques ailleurs que dans La Presse. M. Lagacé ne semble pas s’y entendre beaucoup dans le domaine. En fin de chronique, il écrit :

« Le cinéma n’est que le reflet d’une époque.

Or, s’il ne se passe rien, dans l’époque, comment tu veux faire des films comme Les ordres ou Réjeanne Padovani? »

C’est à se demander si le chroniqueur-vedette de La Presse a vu Réjeanne Padovani ou s’il joue les provocateurs peu subtils. Dans ce film, il est question des relations troubles entre la mafia, les hommes politiques et le monde de la construction. Avez-vous, comme moi, une désagréable impression de déjà-vu ?

Ce qui me déprime, contrairement à d’autres, ce n’est pas qu’il ne se passe rien ; non, ce qui me déprime, c’est ce pressentiment tenace que l’histoire du Québec est en train d’effectuer une grande boucle. En d’autres mots, que nous sommes en train de revenir en arrière et que nous avons justement droit, en ce moment, à un triste remake de Réjeanne Padovani.

Loco Lacass : un album en septembre

Sur le plateau le TLMEP dimanche, le membre des Loco Locass Batlam, alias Sébastien Ricard déguisé pour l’occasion en Dédé Fortin, a affirmé que leur nouvel album serait disponible en septembre. La chanson M’accrocher du film Tout est parfait sera sur l’album. Le film recevra le prix Claude-Jutra le 4 avril prochain au gala des prix Génie à Ottawa.

Offrons donc le vidéo à David Fortin, l’ado bouc émissaire de son école d’Alma disparu depuis plus d’un mois.

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Pendant ce temps, au nord de l'Ouganda

février 4, 2008 1 commentaire

Loin de moi l’idée de vouloir minimiser les morts, blessée et déportés qui font actuellement les manchettes au Kenya. Pas plus que le coup d’État que vit ces jours-ci le Tchad.

Seulement rappeler que sur certains conflits, que sur certaines guerres, les caméras ne se posent jamais. Ou trop rarement. Ou bien maladroitement.

Voici donc une rencontre avec Catherine Hébert, qui a elle posé sa caméra de l’autre côté de la frontière kényenne, en Ouganda.

Le nord de l’Ouganda abandonné

afficheff.jpg Photo: Mango Films

Rencontre avec Catherine Hébert

Amélie TENDLAND – 31 janvier 2008

Paru dans Alternatives


Avec De l’autre côté du pays, la cinéaste Catherine Hébert a braqué sa caméra sur l’un des conflits les plus sous-médiatisés du continent africain : la guerre au nord de l’Ouganda, qui perdure maintenant depuis plus de 20 ans. Elle en est revenue avec un film dont la sobre beauté frappe tout autant que son tragique propos politique.

Jusqu’ici, cette guerre aura vu mourir plus de 100 000 personnes et naître environ 60 000 enfants soldats.
angioletta.jpg Photo: Catherine Hébert

Loin des feux de la rampe, les Ougandais du Nord sont victimes depuis 1986 d’un conflit opposant l’armée du pays aux rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA). Composé majoritairement d’enfants enlevés de force et contraints à se battre, ce mouvement persiste, à coup de pillages, d’incendies et de viols, à terroriser les habitants de la région. Et tout porte à croire que le gouvernement ougandais n’a aucune réelle volonté d’y mettre un terme.

De l’autre côté du pays, qui a remporté en novembre le prix du public aux dernières Rencontres internationales du documentaire de Montréal, présente le conflit dans toute sa complexité, en suivant cinq Ougandais du Nord dans leur vie quotidienne. La moitié du pays est littéralement laissée à l’abandon par le gouvernement du président Yoweri Museveni qui, malgré son impressionnante armée, prétend ne pas être en mesure de régler le conflit. Pire, il en nie l’existence même.

Pendant ce temps, les routes du nord du pays sont devenues difficilement carrossables, 90 % des écoles publiques sont fermées, les villages sont abandonnés et plus de 80 % des habitants de ce qu’on appelait le grenier de l’Ouganda vivent désormais dans des camps et dépendent du Programme alimentaire mondial de l’ONU. Environ 1000 personnes y perdraient la vie chaque semaine.

Genèse du film

Catherine Hébert s’est une première fois rendue au nord de l’Ouganda en 2004. Elle y avait à l’époque réalisé un court documentaire, Des mangues pour Charlotte. « Ce premier voyage dans le nord de l’Ouganda m’a profondément choquée et bouleversée. Dès mon retour, je voulais absolument y retourner pour faire un film plus long, plus en profondeur. Ça devenait une obsession », se souvient la documentariste. Insistant sur le peu de médiatisation de cette guerre, la jeune femme raconte y être retournée sans sa caméra en 2006. « Il était très important pour moi de faire les choses ainsi, afin d’établir un lien de confiance. » C’est à cette époque que la réalisatrice a déniché les cinq personnes présentées dans le film. On y découvre notamment une fille qui marche 10 km chaque jour afin de trouver un endroit sûr pour dormir, un enfant orphelin de 7 ou 8 ans tentant de survivre en ville et une mère dont la fille a été enlevée par les rebelles.

« Les gens étaient très ouverts avec nous. Ils étaient surtout étonnés de voir que quelqu’un s’intéresse à leur sort », se souvient Catherine Hébert. Exception faite de certaines ONG, rares sont en effet les étrangers à s’y aventurer, explique-t-elle. Pendant longtemps, le gouvernement ougandais invitait fortement tout étranger à ne pas se rendre au nord du pays, arguant que la situation était trop dangereuse. En 2007, Catherine Hébert et son équipe ont dû s’y rendre clandestinement, équipement caché, munis de visas de touriste.

Un conflit dont tire profit le président

Pour plusieurs, il ne fait aucun doute que le gouvernement ougandais tire profit du conflit. À la suite du coup d’État de 1986, le président Museveni a reçu beaucoup d’argent de bailleurs de fonds occidentaux. Aujourd’hui, 50 % du budget de l’Ouganda provient toujours de l’Occident. « À l’époque, le gouvernement Museveni a entrepris des réformes économiques qui ont eu un succès relatif, notamment dans le domaine de l’éducation et de la lutte au sida, explique Catherine Hébert. Il est en quelque sorte devenu le bon élève américain. Succès relatif seulement, car seul le sud du pays a pu profiter de ces réformes. »

Or, la menace de voir un jour cette guerre s’étendre au Sud sert aujourd’hui d’alibi politique au président Museveni, selon la réalisatrice. « Non seulement il laisse croire à ses électeurs du Sud que la situation ne peut être contrée que par son gouvernement, mais de plus il se sert de cette menace pour justifier ses dépenses militaires. » Environ 50 % du budget national serait consacré à l’armée.

Deux générations sacrifiées

Le film De l’autre côté du pays montre clairement l’urgence de mettre fin à ce conflit dont les ravages ont déjà provoqué de profonds stigmates au sein de la population. Plus de 80 %, des rebelles sont des enfants qui ont été enlevés. «  Ce sont deux générations qui ont carrément été sacrifiées », dénonce la documentariste. Les gens n’appuient pas les rebelles, mais souvent ils cherchent à protéger le fils, la fille ou le neveu qui a été enrôlé de force par la LRA.

caroline-route1.jpg Photo: Catherine Hébert

Catherine Hébert explique également qu’il existe des programmes de démobilisation pour les enfants soldats qui sont parvenus à quitter les rangs du mouvement. Si ces programmes obtiennent certains résultats, le plus difficile demeure leur retour à la maison. « Lorsqu’ils reviennent dans leur village, ils sont souvent considérés comme des criminels. Éviter qu’ils soient rejetés par leur communauté demeure un grand défi. »

De plus, les filles, qui constituent pourtant le tiers des enfants soldats du pays, ne fréquentent pas ces centres de démobilisation. « Elles ont trop honte pour s’y rendre, particulièrement si elles ont un enfant conçu en captivité. » Pourtant, c’est bien la réintégration de ces jeunes femmes qui demeure la plus délicate à réaliser. Ces anciennes « épouses forcées » et leurs enfants représentent un risque constant pour les habitants de leur village, car les pères, commandants de la LRA, risquent de surgir à tout moment.

Espoir

Pour Catherine Hébert, l’espoir de voir un jour la paix au nord de ce pays est toutefois toujours bien vivant. « Il y a des gens à l’intérieur qui résistent, pas nécessairement en militant, mais pour survivre. Caroline, qui marche 10 km par jour afin de trouver un endroit sûr pour dormir, résiste. Pour moi, ce sont les gens comme elle qui sont les vrais héros, les vrais résistants. »

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Film Le ring: Les enfants d'Hochelaga

décembre 3, 2007 Laisser un commentaire

Un autre article paru dans Alternatives

Si ce n’est pas encore fait, allez vite voir ce film !

Entretien avec Anaïs Barbeau-Lavalette

Fiction documentée

Amélie TENDLAND

Avec son premier long métrage, Le ring, la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette signe une chronique sur l’univers chaotique de nombreux enfants du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Film ultra réaliste, Le ring raconte l’histoire du jeune Jessy, dont l’univers va bousculer à la suite du départ de sa mère héroïnomane. Entre un père qui tente maladroitement de garder soudée la famille et un frère et une sœur qui lorgnent du côté de la drogue et de la prostitution, Jessy va lui se tourner vers la lutte. Jusqu’à ce qu’il prenne conscience que la vie n’est pas un match de lutte… Entrevue avec une jeune cinéaste engagée.


Alternatives ─ Vous avez majoritairement réalisé des documentaires. Qu’est-ce qui vous a poussée à vous lancer dans la fiction avec ce premier long métrage ?

Ça m’a un peu tombé dessus par hasard. J’aime beaucoup le documentaire, mais j’avais aussi l’envie de toucher à autre chose. Outre le désir de toucher à un peu tout, je voulais rassembler plusieurs éléments du réel. Les personnages du film, je les connais tous, je les ai tous rencontrés sur le terrain. Le ring m’a permis de les rassembler dans une même fiction. Je voulais aussi rejoindre le plus de monde possible. Le documentaire ne bénéficie malheureusement pas d’une diffusion aussi large que la fiction.

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La cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette
photo: Pasacaline Lauze

A. ─ Vous avez tourné des documentaires sur des enfants de nombreux endroits sur la planète. Pourquoi avoir choisi de mettre en scène ceux du quartier Hochelaga-Maisonneuve ?

Je fais du bénévolat dans Hochelaga-Maisonneuve depuis sept ans. Je connais donc bien le quartier de l’intérieur. Je ne me serais jamais permis de faire un film sur un quartier que je ne connais pas. Je sentais que j’avais le droit d’en parler. Je voulais être l’intermédiaire de ces enfants, mettre le quartier sur la map. À Montréal, si tout le monde sait que ce quartier est défavorisé, on n’en parle jamais vraiment. Des petits « Jessy », il y en a plein à Hochelaga-Maisonneuve, ils existent, ici, juste à côté de nous.

A. ─ Comment votre expérience de documentariste a-t-elle influencé le film ?

Je n’aurais jamais pu faire ce film si je n’avais pas tourné avant des documentaires sur les enfants défavorisés du Sud. Ça m’a pris tous les enfants du monde pour prendre conscience de la réalité des enfants ici, dans ma ville. Cela a été plus facile d’aller à la rencontre des enfants défavorisés du Honduras que d’ici. J’étais d’ailleurs fâchée contre moi-même, fâchée de ne pas les avoir vus avant, de ne pas avoir pris conscience avant de la pauvreté des enfants juste à côté de chez moi.

Mon expérience en documentaire a aussi influencé la manière dont le film a été tourné. Je le voulais ancré dans la réalité, dans tous les aspects, que ce soit pour les costumes, le langage, pour ce qu’il y avait dans le frigo et aussi ce qu’il n’y avait pas. Par exemple, le lait qu’on voit dans le film n’est pas écrémé, parce que je sais pertinemment qu’on n’en retrouve pas dans les frigos du quartier…

Nous avons aussi travaillé l’ambiance sonore. Alors que généralement on fait disparaître les bruits de fond (musique du voisin, porte qui grince, voisin d’en haut qui marche), nous en avons au contraire rajouté. On sent ainsi que les voisins sont séparés par des murs en carton.

A. ─ Les enfants sont au cœur de vos réalisations. D’où vous vient cet intérêt ?

Je répondrais simplement que je suis vraiment bien avec les enfants. Ils sont vrais et je suis à mon meilleur avec eux. Il n’y a pas de masque. De plus, je crois qu’ils sont trop peu écoutés, comme les aînés d’ailleurs. Ils n’ont pas beaucoup de place dans la société, alors qu’ils auraient beaucoup à nous dire, à nous apprendre.

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photo: www.christalfilms.com

A. ─ Comment avez-vous déniché le jeune comédien Maxime Desjardins-Tremblay, l’interprète de Jessy ?

Nous l’avons d’abord filmé un peu par hasard, Arnaud Bouquet et moi, lors de la réalisation du documentaire Si j’avais un chapeau, il y a quelques années. À l’époque, nous avions tourné un match de lutte dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve et il y avait là un garçon de 10 ans qui criait plus fort que tous les autres. C’était Maxime. Pour Le ring, nous lui avons fait passé six auditions. C’est beaucoup, mais nous voulions être sûrs qu’il serait à la hauteur, car la réussite du film reposait entièrement sur son interprétation du rôle de Jessy. Nous avons beaucoup travaillé avec lui. Contrairement à ce qui se fait d’habitude, nous avons fait les répétitions sur les lieux de tournage, avec une caméra.

A. ─ Pourquoi la lutte ?

D’abord parce que la lutte est un véritable phénomène dans le quartier, une sorte de catharsis. Ensuite, parce que le ring symbolise le quartier, la vie du personnage de Jessy. Contrairement à la lutte, Jessy va se rendre compte que tout n’est pas prédéterminé, qu’on a le choix, qu’on peut décider de ne pas être un éternel loser.

A. ─ D’après vous, le film a-t-il une portée universelle ?

Il semble que oui et je ne m’attendais pas à cela. On dit que plus c’est local, plus c’est universel. Je réalise de plus en plus à quel point c’est vrai. Le film a été présenté en Corée du Sud et la salle était bondée, il y avait plein de gens qui posaient des questions. Il y a donc aussi des petits Jessy coréens. Jessy peut être n’importe quel jeune garçon issu d’un milieu pauvre de la planète, et Hochelaga-Maisonneuve est l’exemple de n’importe quel quartier défavorisé.

A. ─ Qu’espérez-vous qu’on retienne du film ?

J’espère que nous allons parler davantage de ces enfants, que nous allons les raconter, qu’ils ne seront plus ignorés. J’aimerais également provoquer une volonté d’engagement, donner une réponse à ceux, nombreux, qui ont une volonté d’agir, qui se demandent : « Mais qu’est ce qu’on peut faire ? » Il existe déjà de nombreux organismes dans le quartier dans lesquels on peut s’impliquer. Par exemple l’AED (Assistance aux enfants en difficulté), dans lequel je suis impliquée, permet de parrainer un enfant, on peut également faire de l’aide aux devoirs, etc.

A. ─ Et quels sont vos projets actuellement ?

En ce qui concerne Le Ring, je pars sous peu le présenter en Inde. Il sera également présenté au Festival international du film de Berlin en février prochain. Je travaille sur un documentaire coréalisé avec Émile Proulx-Cloutier, Les petits géants. Le projet consiste à suivre pendant un an des enfants du sud-est de Montréal qui montent un opéra de Verdi. Enfin, j’ai déjà un scénario sur les rails pour un deuxième projet de long métrage, sur la Palestine, celui-là.

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Ces Mexicains qui triment dur dans nos champs

décembre 1, 2007 Laisser un commentaire

Bonjour à tous,

Voici un nouvel article paru dans Alternatives

Un documentaire réalisé par Charles Latour et présenté au Rencontres internationales du documentaire de Montréal en novembre.

30 novembre 2007
Documentaire Los Mexicanos -Le combat de Patricia Pérez

Le combat des migrants du Sud

Amélie TENDLAND

Pendant deux ans, le cinéaste Charles Latour a suivi le combat de la syndicaliste Patricia Pérez qui s’est battue pour aider, informer et syndiquer les travailleurs saisonniers latino-américains travaillant dans les fermes du Québec. Il en est revenu avec un documentaire bouleversant, Los Mexicanos – Le combat de Patricia Pérez. Un hommage posthume, en quelque sorte, puisque Mme Perez est décédée en septembre dernier.

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Photo: Macumba international

Bon an mal an, des milliers de travailleurs saisonniers latino-américains viennent travailler dans les fermes du Québec. En 2006, ils étaient plus de 4000 en provenance du Mexique, du Guatemala et des Antilles à travailler dans les champs de la province, au salaire minimum, sept jours sur sept, en moyenne 70 heures par semaine. Faut-il ajouter que la plupart du temps, personne ne se soucie de payer les heures supplémentaires ?

À cela, s’ajoute les conditions de vie de ces travailleurs. Présenté lors des dernières Rencontres internationales du documentaire de Montréal, Los Mexicanos -Le combat de Patricia Pérez nous offre une petite visite dans leurs logements, souvent insalubres, dont les planchers sont pourris, les toits coulent, où des pesticides traînent dans la cuisine.

Suivant la lutte de Patricia Pérez, représentante du syndicat des travailleurs unis de l’alimentation et du commerce (TUAC), le documentaire nous présente également les rencontres en pleine nuit, en catimini, entre la syndicaliste et les travailleurs mexicains des fermes du Québec, à Saint-Rémi notamment.

De rencontre en rencontre, Patricia Pérez va finir par convaincre certains travailleurs de se syndiquer. Le documentaire suit le combat, jusqu’à la demande d’accréditation syndicale.

« Le documentaire s’est tourné pendant deux ans. C’est tout le processus qui s’est cristallisé aux cours de ces deux années. Au début, Mme Pérez ne savait pas trop où elle allait, elle a développé le processus quasiment toute seule, puis l’aide a fini par venir », explique le cinéaste.

Totale vulnérabilité

Méconnaissance des lois, des droits des travailleurs au Canada, barrière linguistique, Charles Latour insiste sur un point : la vulnérabilité de ces travailleurs étrangers. « Selon moi, il s’agit du problème majeur. Le fermier pour lequel ils travaillent possède en quelque sorte un droit de vie ou de mort sur eux », explique-t-il. Le travailleur mexicain peut en tout temps être renvoyé chez lui ou encore ne pas être réembauché l’année suivante. Souvent, ces papiers et son passeport lui sont confisqués à son arrivée au pays.

Le programme qui s’occupe de ces travailleurs, le Programme des travailleurs agricoles saisonniers du Canada (PTAS), prévoit la renégociation des contrats chaque année et ceux-ci ne sont valides que pour une ferme en particulier, explique le cinéaste. Or, déplore-t-il, ces contrats sont négociés entre le gouvernement du Canada, celui du Mexique et la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère (FERME). « Ne manque-t-il pas quelqu’un à la table de négociation ? », se demande Charles Latour.

Aux États-Unis, un grand nombre de travailleurs saisonniers sont illégaux. Toutefois, pour le cinéaste, les contrats canadiens, « qui passent aux yeux de la majorité comme un programme modèle, constituent en vérité une façade… Pour mieux s’asseoir sur ses lauriers ensuite. »

Charles Latour admet toutefois que certains travailleurs saisonniers étrangers sont bien traités au Québec. « Il existe une grande différence entre les immenses fermes où l’on emploie 150 travailleurs et les petites où il n’y en a que quelques-uns. Certains fermiers les traitent très bien, certains leur donnent plus que le salaire minimum, mais c’est une minorité. »

Voilà pourquoi, selon lui, la syndicalisation de ces travailleurs mexicains, qui constituent près de 50 % des employés dans le secteur de l’horticulture, constitue la meilleure et la seule solution possible.

Un combat loin d’être gagné

Pourtant, le combat est loin d’être gagné. En effet, quelques jours avant la mort de Patricia Pérez, emportée par le cancer en septembre dernier, la Commission des relations de travail du Québec refusait à 150 travailleurs agricoles mexicains le droit de se syndiquer, en se basant sur l’article 21 du Code du travail.

L’article 21 du Code du travail stipule que « les personnes employées à l’exploitation d’une ferme ne sont pas réputées être des salariés aux fins de la présente section, à moins qu’elles n’y soient ordinairement et continuellement employées au nombre minimal de trois ».

« La commission a littéralement interprété la loi sans tenir compte du contexte. Cet article a été débattu en chambre dans les années 60, explique Charles Latour. Dans les années 60, on définissait les employés saisonniers comme des salariés qui travaillaient entre deux et sept semaines par année. Or, les travailleurs mexicains des années 2000 travaillent dans nos champs entre quatre et huit mois par an. »

En octobre, le syndicat des travailleurs unis de l’alimentation et du commerce a porté la cause en appel devant la Cour supérieure du Québec. De l’avis du syndicat, si la commission a bien interprété le Code du travail, alors il faudrait carrément le changer. Il n’existe aucune raison pour que les travailleurs saisonniers des serres, des stations de ski ou des parcs d’attractions comme la Ronde puissent se syndiquer et pas ceux des fermes, dit en somme le syndicat.

Charles Latour n’en reste pas moins optimiste et croit que le combat de Patricia Pérez débouchera un jour sur la victoire. Et s’il admet que le problème de la compétitivité du secteur agricole québécois avec les États-Unis est bien réel, il croit toutefois que la question constitue d’abord un problème de société.

Outre le fait que les conditions de travail des employés saisonniers étrangers pourraient finir par tirer vers le bas celles des travailleurs en général au Canada, le cinéaste se pose surtout cette question incontournable : « A-t-on envie que des travailleurs saisonniers du Mexique soient exploités dans la cour arrière du Québec ? »

L’auteure est journaliste indépendante

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