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De Tunis à Saint-Roch

novembre 6, 2011 2 commentaires

Il est toujours difficile de se commettre sur son blogue après une longue absence. Après tout, si l’on observe les règles de l’art des blogueurs, on se doit de publier souvent, voire tout le temps, et partout.

Je n’ai jamais pu respecter ces règles. J’ai la plupart du temps besoin d’un temps de réflexion, de recul, pour voir où le vent nous mène. Il me faut normalement quelques jours avant de réagir. Mais depuis mon retour de Tunis fin juillet, je suis restée coïte. Je n’arrivais pas à me faire une idée.

Depuis le départ de Ben Ali en janvier en 2011, le vent souffle. Il nous a amené le printemps arabe, qui réclame haut et fort la réforme des systèmes politiques pourris des États arabes.

Le vent a ensuite atteint l’autre côté de la Méditerranée. Les indignés d’Europe, Espagnols et Grecs en tête, refusent les plans « de réforme » ou « de sauvetage » nationaux imposés à leur pays par une Union européenne à genoux devant les agences de notation, elles-mêmes à la botte des financiers de notre cher monde mondialisé.

En septembre, la rafale est enfin arrivée là où elle devait se rendre absolument : Zuccotti Park, NY, USA. Depuis, Occupy Wall Street a fait plus de 500 petits dans autant de villes, dont Calgary et Québec ! Le mouvement a la mérite d’avoir clairement mis le doigt sur le bobo avec des formules-clés efficaces : Nous sommes le 99 % et nous en avons plus que marre de nous faire avoir par le 1 %.

Source

« Les peuples d’abord, pas la finance! »

Donc, cette année, j’ai regardé tout cela aller, sans savoir quoi dire.

D’un côté, je suis enchantée et fébrile à chaque fois que je vois un peuple, un groupe ou une majorité lutter contre une minorité qui s’enrichit à ses dépens. Me voilà donc servie cette année. Je me prends souvent à rêver.

Mais de l’autre, je me dis que tous ces soulèvements populaires ne sont qu’un soubresaut de l’opinion publique. Que tout le monde finira par rentrer dans les rangs d’un individualisme résigné avec les premières bourrasques hivernales. D’autant plus que la notion de « changement » est plus que galvaudée. Comme tout le monde, j’ai le cynisme facile.

Jusqu’à cette semaine, j’étais donc pris entre deux chaises, muette. Lorsque qu’un ami, au hasard d’une grande discussion à propos de la politique, m’a rappelé que les vrais changements viennent rarement des politiciens, mais des organismes et des associations de citoyens. Les choses changent si le monde se réapproprie les institutions citoyennes, des plus petites aux plus grandes. De l’assemblée dans le parc à l’Assemblée nationale.

Ça parait évident. Il en a toujours été ainsi, d’ailleurs. C’est même le b.a.-ba de la politique. Dans le marasme ambiant, je l’avais presque oublié. Il est là le dénominateur commun des mouvements nés cette année, du printemps arabe à Occupons Québec : les gens qui nous gouvernent sont aujourd’hui complètement décalés. Périmés et déconnectés. La véritable politique, dans son sens le plus noble, à savoir s’occuper et prendre soin des choses de la cité, de l’ensemble de la société, n’est plus l’affaire du 1 %, mais celle des représentants du 99 %, dans les parcs, les places et les rues.

Même au Québec, où l’on semble souvent dormir au gaz et se réveiller deux heures plus tard dans les Maritimes, les gens s’organisent et réfléchissent, sans fléchir. Il faut voir le dernier documentaire de Hugo Latulipe, République, un abécédaire populaire. Un tant de gens passionnés et inspirants s’activent, même s’ils ne disposent pas de la même couverture médiatique que François Legault et compagnie.

Le mouvement est certes fragile. Au Québec comme ailleurs, la mobilisation bat son plein, mais ne réussit toujours pas à faire sortir des masses dans les rues. La pensée dominante est tenace. Bien que les alternatives foisonnent de partout, les François Legault de ce monde réussissent encore à incarner le « changement »… D’un côté, nous n’avons pas hésité à voter pour le changement avec Layton au fédéral, mais de l’autre, nous n’osons pas encore voter pour le changement avec Khadir. Même si ça crève les yeux.

Mais cynisme ou pas, le gens, les jeunes en particulier, se sont cette année réappropriés la politique un partout dans le monde. En soi, il est là le changement.

Et l’espoir.

Les Grands rangs.

Je sors donc de mon mutisme pour vous annoncer que j’ai plongé moi aussi, à ma façon.

Trêve de réinvention de système à chaque discussion inspirée sur le coin d’une table. Il est tant que joindre l’action à la parole.

Place au concret : Planter les racines d’une entreprise sociale qui va offrir une véritable et tangible alternative à système économique et politique qui se meurt depuis trop longtemps. Commencer par changer, au jour le jour, l’essentiel : comment l’on se nourrit, comment l’on occupe et l’on cultive nos terres et aux profits de qui. Plutôt que d’écrire et de parler de changement, y participer.

Place à la Coopérative de solidarité Les Grands Rangs. Une coopérative agroalimentaire qui ouvrira bientôt ses portes dans Saint-Roch, à Québec. Une épicerie-cuisine-bistrot qui vous offrira des produits 100 % locaux et artisanaux. Histoire de faire la révolution dans votre assiette.

Au plaisir de vous y voir.

Toutte est dans toutte

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Ni Allah, Ni Maître: le grand brouillard tunisien.

juin 29, 2011 3 commentaires

C’est tout à faire par hasard que j’ai assisté dimanche à ma première manifestation post révolutionnaire à Tunis. Une manifestation d’extrémistes religieux, dixit les médias locaux.

J’étais tranquillement installée chez des amies à écouter un film fleur bleu égyptien douteux et en arabe. Nous avons alors entendu des cris venant de la rue.

« Ce sont les islamistes », que m’ont dit mes hôtesses.Tant pis pour la fin du film, nous sommes tout de suite sorties.

Devant le cinéma Africart étaient rassemblés plus ou moins 30 jeunes, islamistes,reconnaissables à leur barbe et à leurs slogans qui disaient à peu près « Allah est le seul dieu et Mohamet est son prophète », « Le peuple est musulman et le restera ».

Ils s’étaient déplacés afin de tenter d’empêcher la projection d’un film prévu ce jour-là : « Ni Allah ni Maître », de la réalisatrice franco-tunisienne Nadia El Fani. J’avais déjà entendu parler de cette femme, qui a récemment provoqué un scandale à la télé tunisienne en affirmant haut et fort son athéisme.

Bref, avec les minutes qui passaient, l’attroupement grossissait et les slogans étaient toujours plus forts scandés. Les flics, qui étaient partout présents autour (ce cinéma est situé à côté d’un poste de police et à quelques mètres de l’avenue Habib Bourguiba, où sont postés en permanence des dizaines de policiers. Et le ministère de l’Intérieur est à peine à deux minutes de marche!) ne faisaient absolument rien. Je me suis alors déplacée vers l’avenue Habib Bourguiba, afin de voir si les flics s’apprêtaient à bouger. (Afin aussi de rester prudente, comme je vous l’ai promis).

Pendant une bonne demi-heure, les forces de l’ordre n’ont rien fait. Pourtant, ces gens n’avaient pas reçu l’autorisation de manifester. Bref, disons seulement que l’on a vu d’autres manifs et/ou sit-in à Tunis être plus rapidement cassés depuis janvier.

J’ai parlé à des gens sur l’avenue qui m’ont savamment expliqué que les policiers ne pouvaient rien faire : maintenant que la Tunisie a retrouvé sa liberté d’expression, on doit laisser ces manifs se dérouler.

Ensuite, alors que la foule, composée soit de curieux, soit de barbus, grossissait toujours, quelques individus, sortis de nulle part avec un drapeau noir sur lequel était imprimé en blanc des slogans islamistes, ont courus vers le cinéma, y ont fracassé la porte et les fenêtres vitrées. Certains sont entrés à l’intérieur. Et, selon les articles ici et sur Internet, ils ont agressé certaines personnes, dont le directeur du cinéma.

Seulement alors, les forces de l’ordre sont intervenues. À ce moment-là, ces « islamistes » ne devaient pas être plus que 50. J’ai vu au moins trois hommes amenés par un policier… cagoulé. J’ai demandé autour de moi : « Pourquoi le policier qui arrête les gens est cagoulé et pas les autres ? « Pour qu’il ne soit pas reconnu », que l’on m’a répondu. « Sinon, il pourrait avoir des problèmes, être agressé dans son quartier.»

Les choses se sont ensuite un peu calmées. Tant à qu’à être là, j’en ai donc profité pour aller le voir, ce film…

Je tiens à souligner que les gens présents pour la projection du film étaient au moins quatre fois plus nombreux que les gens dehors pour l’empêcher.

J’écris pour l’empêcher, et je pèse bien mes mots : le problème n’est pas tant que des gens aient manifesté contre le film. Manifester contre un film, ça peut très bien être un droit démocratique. Le problème est que les gens présents dehors cherchaient à annuler carrément la projection du film. Nuance. Nuance très importante que les forces de l’ordre n’ont pas su capter ce jour-là.

Les islamistes veulent manifester, très bien. Normalement, ils doivent demander l’autorisation. S’ils l’obtiennent, les forces de l’ordre les laisse manifester, mais s’assurent que les clients du cinéma peuvent accéder librement à la projection. Même si le sujet du film est provocateur et/ou tabou.

Car le problème avec ce film est bien là : il aborde deux sujets, liés et hautement tabous en Tunisie : la laïcité et l’athéisme. Des sujets qui soulèvent les passions et qui valent à celui qui les aborde de front d’être traité de mécréant, voire de traitre au pays.

Pour moi, ce film s’est avéré intéressant, très instructif, mais surtout, surtout, absolument inoffensif envers la religion. Ce film ne s’attaque pas de front aux religieux, dans mon esprit du moins. Tourné en partie avant et en partie après la révolution, le documentaire de El Fani est essentiellement un plaidoyer pour que les Tunisiens laïcs ou non pratiquant puissent vivre leur vie librement, sans se cacher, sans avoir par exemple à jouer le jeu hypocrite de faire semblant de jeûner pendant le Ramadan. Elle prône ainsi la laïcité afin que tous les Tunisiens – musulmans, juifs, chrétiens ET athés – soient intégrés et respectés dans le pays.

Bref, pour moi, ce film n’a rien de scandaleux. Mais je suis ici l’étrangère. La laïcité, même au Québec, où la religion ne joue plus qu’un rôle mineur, demeure un sujet sensible. Rappelez-vous la saga des cours d’éthique et de culture religieuse. Et la croix toujours accrochée à l’Assemblée nationale. Et les accommodements raisonnables. Alors, imaginez-vous dans un pays où la majorité est profondément croyante.

Le sujet est ici sensible, mais différemment. Pour une majorité de gens, le terme de laïcité est tout d’abord perçu comme un concept étranger, occidental. Pas que les Tunisiens soient opposés à l’étranger, mais ils tiennent à conserver une identité qui depuis une dizaine d’années, comme dans tout le monde arabe, est fragilisée. Rien de plus légitime.

Surtout, pour plusieurs, le terme de laïcité n’est pas perçu simplement comme la séparation de l’État et de la religion, mais il est plutôt confondu avec l’athéisme. Et l’athéisme est ensuite compris comme un rejet de la religion, de l’islam, de la culture musulmane dans son ensemble. Ainsi, si j’ai bien compris (c’est pas simple !), invoquer la laïcité, c’est brandir le spectre de la perte, ou de la fragilisation d’une culture, d’une identité, musulmane et arabe, commune à l’écrasante majorité de ce pays, majorité qui est fière de cette culture, et qui y tient, particulièrement en ces temps de transition plus que nébuleux où plus rien n’est sûr. Sans oublier que cette culture fait normalement consensus.

C’est ainsi que plusieurs personnes rencontrées à Tunis, des jeunes, des progressistes, des politiciens, souvent athés ou non pratiquants, désapprouvent non pas le sujet de Nadia El Fani, mais la manière dont elle s’y prend.

Parce que selon eux, cette manière, provocatrice, ne fait qu’attiser les tensions à un moment où le peuple a besoin de cohésion. Deuxièmement et surtout, parce que ces faux débats (ce sont leur terme) que sont la laïcité, le droit des femmes, la montée de l’islamisme, la normalisation des relations avec Israël, ne font que détourner l’attention du peuple des véritables problèmes que vit actuellement le pays dans sa transition démocratique : le réel démantèlement du régime de Ben Ali. Le grand ménage politique qui n’a pas été fait. Les points d’interrogation sur les crimes contre l’humanité commis avant et pendant la révolution.

Selon eux, le gouvernement de transition, tant dans ses hautes sphères que dans ses instances régionales, est toujours dirigé, sous influence, sous le pouvoir, de l’ancien parti de Ben Ali, le RCD, même si ce dernier a été dissous en mars.

Cette croyance n’est pas partagée par une minorité de personnes, mais par une majorité étonnante. Les phrases que j’entends le plus fréquemment, au sujet de l’État : « Rien n’a changé. » « Le ménage n’a pas été fait, les mêmes personnes tirent toujours les ficelles. » « Trop de grands criminels de la famille Ben-Ali-Trabelsi sont toujours en liberté » « Certains ont été volontairement épargné par le gouvernement de transition. »

Je ne cite ici aucun nom, non pas parce que ces personnes ne souhaitent être nommées, mais parce que tout le monde ici me dit à peu près la même chose, mas sans jamais me donner de preuves. Personne n’est en mesure de prouver leurs dires. Mais tout le monde sait que la contre révolution est à l’œuvre.

Un soir, j’ai rêvé que Radio-Canada me téléphonait pour me demander de résumer en onde et en une minute 20 secondes le progrès de la démocratie en Tunisie.

Par chance, ce n’était qu’un rêve. Qu’aurais-je pu leur répondre ? Pas un Tunisien ne sait comment se déroule exactement la transition démocratique de son pays. La Tunisie est aujourd’hui plongée dans un brouillard politique opaque.

Déjà en 2005, tout le monde se méfiait de tout le monde, parce que tout monde était en puissance un indicateur de la terrible police. Aujourd’hui, tout le monde est possiblement un ex rcdésite ou un agent de la contre révolution. Le Tunisien n’a aucunement confiance au gouvernement de transition, pas plus qu’il n’a confiance à la police, à l’armée ou à la justice. Pire, il commence à douter de la capacité de son peuple de mener à terme cette révolution.

Comme la communication entre le gouvernement de transition et le peuple tunisien est nulle, comme le gouvernement manque terriblement de transparence (personne ne sait trop ce qu’il fait exactement), la machine à rumeurs, à complots se met en branle. Difficile ensuite de dire qui dit vrai, si seulement quelqu’un dit vrai.

La manif de dimanche en est un autre bon exemple. Personne ne savait exactement qui étaient ces jeunes hommes (et ces deux ou trois femmes) venus manifester devant le cinéma Africart. Le principal parti islamiste, Ennadha, a dénoncé la manif. Aucune organisation n’en a réclamé l’organisation.

Alors, bien sûr, sur l’avenue Habib Bourguiba, les hypothèses abondaient : d’abord, on était sûr que ces gens étaient manipulés : par le pouvoir, par la police politique, par les ex rcédistes, par les Talibans, par Al-Qaida ! On m’a assuré que ces 50 jeunes n’étaient pas de vrais islamistes, mais des gens payés 10 ou 20 dinars par la police politique !

Tout le monde avait sa propre idée, mais aucune instance, en l’occurrence l’État (qui d’autre ?), n’est venue donner de réponse. Je vous laisser imaginer comment la machine à rumeurs s’est enflammée ensuite sur les réseaux sociaux…

Tunis, six ans et une révolution plus tard.

juin 6, 2011 1 commentaire

Premières impressions biaisées par l’émotion de retrouvailles intenses.

Ceux qui suivent ce blogue le savent : j’ai séjourné pendant des mois à Tunis en 2005.

Je n’y étais pas retournée depuis.

Tunis

La place du 7 novembre 1987, devenue la place du 14 janvier 2011, ou la place de Bouazizi ou la place de l'indépendance...

Me voilà de retour depuis une semaine. Oui, je suis revenue pour voir la révolution et la transition démocratique de ce petit, mais grand, pays qui peut se targuer d’avoir été l’instigateur du printemps arabe.

La première chose que j’ai faite en arrivant mardi, sur le décalage horaire et en manque profond de sommeil, c’est d’aller me promener dans la ville. Bon, j’étais peut-être un peu naïve, je ne sais pas trop à quoi je m’attendais exactement, mais je pensais que je verrais les fruits de la révolution à chaque coin de rue de Tunis. Les bons fruits, comme les pas mûrs. Après tout, à lire les médias, Tunis semblait plonger dans le chaos.

Je n’ai pas été déçue, mais surprise. La ville tourne, les commerces roulent, comme avant. Des centaines de personnes – hommes, femmes, jeunes et enfants – de voitures et de mobylettes déambulent dans un bordel sympathique, comme il y a six ans. Les gens travaillent, les gens consomment, les terrasses sont pleines.

Ça m’a rassurée : S’il avait fallu que la ville soit paralysée presque cinq mois après le départ de Ben Ali, pas sûr que cela serait de bon augure pour l’avènement de la démocratie.

M’enfin…

Si l’on y regarde de près, certaines choses ont pourtant indéniablement changé. De petites choses, mais qui auraient été tout à fait impensable avant le 14 janvier.

Quand les militaires remplacent les flics.

Le plus flagrant : Les militaires postés devant tout édifice « sensible », des bureaux gouvernementaux à l’ambassade de France, en passant par la synagogue de Lafayette. Voir des hommes armés un peu partout en Tunisie n’a rien de surprenant ou de nouveau: Avant, c’était les flics de Ben Ali, maintenant, les soldats de l’armée…

Ceci dit, les Tunisiens se promènent en famille ou entre amis sur l’avenue Habib Bourguiba, longeant les barbelés qui les séparent des militaires, des camions et de leurs armes, tout cela dans une ambiance presque bon enfant. C’est à peine si les militaires ne posent pas quand l’on prend une photo.

Tunis 1

Le ministère de l'intérieur, celui que l'on ne pouvait et que l'on n'osait pas photographier avant.

Il est bon de rappeler ici que l’armée a refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolution, précipitant ainsi le départ de l’ancien dictateur.

Parlant de Ben Ali, c’est probablement l’autre chose qui a le plus changé dans le paysage tunisois : exit son portrait partout, dans les rues et dans tous les commerces, et exit SA couleur préférée, symbole de son régime : le violet. Exception des fleurs de certains arbres, le violet a disparu.

Il y a aussi les stands à journaux qui ont complètement changé. Là aussi, la face de Ben Ali a disparu des médias locaux (certains journaux présentaient un article et une photo de l’homme en Une, à chaque jour. Les autres devait lui consacrer une page, au moins). Mais aussi, une foule de journaux et magazines ont refait leur apparition. Acheter le Courrier International à Tunis, c’était pour moi symbolique. Et jouissif.

Je ne saurais également passer sous silence le nombre de femmes voilées qui a sensiblement augmenté depuis 2005. Au départ, je me suis demandé s’il avait augmenté avec les années, ou si la révolution l’avait propulsé. Après vérification auprès de sources fiables, je confirme que c’est bien la révolution. Sous le régime de Ben Ali, le voile était interdit dans l’administration publique. Cette loi est partie avec lui. On a par ailleurs annoncé que les femmes pourraient maintenant se faire poser voilées sur leur carte d’identité.

Tunis 3

Les militaires et leur arsenal devant l'ambassade de France.

Alors que le port du voile était avant le 14 janvier fortement déconseillé, certaines femmes ne le portaient pas à l’époque par peur d’être harcelées. Aujourd’hui, les Tunisiennes revendiquent le libre choix, à ce que l’on m’a dit. Mais j’ai aussi lu sur Internet que certaines femmes auraient été harcelées par des islamistes dans les transport en commun, afin qu’elle le porte. Allez savoir qui croire.

Voilà pour ce qui peut être vu.

La prochaine fois, nous verrons ce qui peut être entendu.

Révolution tunisienne: espoirs et doutes

La révolution tunisienne évolue tellement vite, qu’il est impossible de vous rapporter tous ses revirements. Elle est tellement imprévisible, qu’il est des plus hasardeux d’affirmer que la « démocratie » est en train de s’implanter. Il est tout aussi douteux de prétendre le contraire.

Pont crucial, le pays ne possède pas de pétrole : il n’a donc pas à modifier ses politiques selon l’appétit énergétique de l’UE ou des USA.

source

Contrairement à la Libye, les institutions typiques de la démocratie à l’occidentale sont implantées depuis longtemps en Tunisie. Ce pays est une république à la française depuis 1956. De nombreux travailleurs y sont syndiqués et les médias y sont nombreux. Les régions disposent de leurs propres organes gouvernementaux. Les ONG y sont nombreuses et actives depuis longtemps.

Ce n’est donc pas tant l’instauration d’instances ou d’organismes démocratiques que la population demandait avec son « Dégage Ben Ali » en janvier, mais le bon fonctionnement d’institutions qui ont été totalement détournées et muselées au profit d’un seul parti politique, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali. Avant le 14 janvier, il comptait 2 millions de membres sur une population de 10 millions.

C’est pourquoi nombre de Tunisiens, à coup de manifs et de Sit-in, ont par la suite fait tomber, et en moins de deux mois, deux gouvernements provisoires composés de caciques du RCD.

« Pas question que l’on nous vole notre révolution ! » « Aucun détournement de la révolution ! » « Pas question de retour en arrière ! »

Voilà les slogans que les gens de la Kasbah scandaient. Leurs porte-parole officiels exigeaient que des réformes politiques soient lancées afin de redonner force et pouvoir à des institutions politiques et civiles déjà existantes.

Mais au même moment, la majorité silencieuse entrait en scène à la Kobba : cette floue majorité silencieuse voulait l’arrêt des grèves, des Sit-in et des manifs, le retour à la sécurité et au travail. Elle affirmait que les anarchistes militants qui manifestaient à la Kasbah pour les réformes politiques voulaient en vérité leur voler leur révolution, que ces gens ne parlaient pas au nom du peuple, mais pour eux-mêmes…

C’est dans cette ambiance de « division » qui a fait 6 mort à Tunis en deux jours que le troisième gouvernement est entré en fonction.

Ce troisième gouvernement en deux mois est clairement plus pur de membres du RCD que les deux premiers. Il a clairement apaisé les tensions, acceptant les revendications de la Kasbah : tenir des élections d’une assemblée constituante (prévues le 24 juillet, la future assemblée rédigera une nouvelle constitution et prépara les élections présidentielles). Le tout en apaisant les craintes de « la majorité silencieuse », en convainquant tout le monde de cesser les grèves et de retourner au travail, pour faire tourner l’économie.

Une semaine après son arrivée, le gouvernement de Essebsi a aussi aboli la terrible et tortionnaire police politique. Un juge a depuis officiellement dissout le fameux et pitoyable RCD.

On sent depuis la Tunisie sur la bonne voie. Des initiatives sont prises, comme celle-ci, qui nous rappelle à chaque fois le caractère exceptionnel des jours que vivent les Tunisiens : imaginez qu’au Québec, les conseils municipaux des 1 000 villes soient dissous et que l’on invite les citoyens à s’inscrire afin de devenir conseillers temporaires jusqu’aux élections.

Le hic, c’est que cette initiative n’a pas été portée à l’attention ni des médias, ni du public. Le bémol est que le Ministère de l’intérieur (encore lui !), n’a donné qu’une semaine aux gens pour se présenter et qu’il n’a pas précisé comment serait jugées les candidatures.

Du coup, sur FB, où j’ai appris la nouvelle, on se demande si les caciques ne seront pas avantagés par ces manières douteuses de procéder. Et l’on repart le questionnement: le ménage a-t-il bel et BIEN été fait ?

Et voilà le doute qui renaît, dans l’ombre de l’espoir.

source

Ainsi vont les lendemains de révolution. Tel un funambule perché à 100 000 mètres au-dessus d’un vide absolu, poussé d’un côté par le vent silencieux de la continuité et de la sécurité pécuniaire, et de l’autre par le vent grisant et inopiné de la liberté, l’Homme tente de faire la part des choses, toujours tiraillé entre l’espoir d’un pays qui avance désormais la tête haute et le doute que les racines de la malversation n’aient pas été assez profondément arrachées de la terre.

Démocratie saisonnière

Comme la nature passe de l’automne à l’hiver, puis du printemps à l’été, on a parfois l’impression que l’espèce humaine joue au même jeu, suit la même logique.

Alors que les peuples arabes vivent leur printemps, l’occident vit quant à lui son hiver démocratique : tout le monde crie à la mort de la démocratie, à sa carence d’efficacité, à son détournement au profit des oligarques, à sa corruption.

(Oligarchie : « Système politique dans lequel le pouvoir appartient à un petit nombre d'individus ou de familles, à une classe sociale restreinte et privilégiée ».)

Source


Les occidentaux – leurs gouvernements en première ligne – n’ont pas su voir venir le printemps « démocratique » ou « révolutionnaire » des pays du monde arabe. Non pas seulement à cause de leurs intérêts pétroliers et économiques dans ces régions, mais aussi parce que leurs systèmes politiques ne sont plus, depuis longtemps, que l’ombre de l’ombre du système démocratique auquel aspirent les hommes et femmes arabes qui manifestent actuellement au péril de leur vie.

Depuis le début de la révolution tunisienne, j’ai beaucoup discuté Révolution avec des gens de la Tunisie. La majorité – mais pas tous ! – d’entre eux ignorent le débat sur le prétendu déficit actuel de la démocratie occidentale, qu’il soit québécois, français, grec ou américain. J’ai beau leur dire que le gouvernement ici, ne nous torture pas, mais nous endort d’autant mieux, c’est comme parler à un homme atteint de la fièvre du printemps.

Lorsque je serai en Tunisie, en entrevue avec des gens qui y ont pratiquement laissé leur peau, comment pourrais-je leur expliquer qu’en moyenne moins de 60 % de gens votent depuis les 10 dernières années au Canada ? Et que ce sont surtout les jeunes qui font baisser la moyenne ?

Comment leur expliquer qu’au Québec, où les manifestations ne sont en aucun cas réprimées par des balles réelles et des bombardements, la dernière manifestation la plus nombreuse dénombrait environ 60 000 personnes sur une population de 7 millions et visait le retour d’une équipe de hockey ?

Il est peut-être un peu là le malaise de l’occident, non ?

Les Arabes sont dans la rue à exiger de leurs gouvernements ce que nous pourrions légalement, sans danger, légitimement, sans crainte, exiger de nos gouvernants, si nous n’étions pas si occupés à se regarder le nombril numérisé sur notre grand écran plasma.

J’espère que les Tunisiens ne me poseront pas trop de questons sur la démocratie à l’occidentale. Ou bien je leur mens, ou bien je les invite à ne pas trop nous imiter.

Qu’ils amènent leur printemps jusqu’à l’été, peut-être qu’un jour, ça nous fera sortir de notre hiver.

Le pétrole de Kadhafi

février 24, 2011 Laisser un commentaire

Lorsque les manifestions ont commencé en Egypte, on a dit que l’Égypte n’était pas la Tunisie. Depuis que la révolution lybienne est commencée, on se garde un peu plus de le dire, mais on pourrait pourtant le faire : la Lybie n’est pas la Tunisie, ni l’Égypte : elle produit du pétrole.

Sur les 212 pays producteurs de la planète, le pays du cinglé Kaghafi se hisse au 18e rang, contre 28 pour l’Egypte et 58 pour la Tunisie.

source

De quoi ralentir les condamnations de l’occident, l’Europe en particulier. Pendant ce temps, plus de 1 000 personnes auraient péri en une semaine.

De quoi également alarmer les investisseurs et spéculateurs du merveilleux monde de la finance : voilà que la rue arabe fait s’enflammer le prix du baril de pétrole.

Ou la-la ! Le baril pourrait encore dépasser les 100 $ !

Et voilà l’occident qui jure à la pompe, en faisant le plein de sa voiture de l’année. Elle est toutefois plutôt mal placée cette fois-ci pour se plaindre : après tout, des êtres humains manifestent et meurent, pour une liberté qui ressemblerait en tout point à la liberté de l’occident. En plus, elle est plutôt jalouse, l’occident. Depuis longtemps, elle n’a plus le courage au ventre de faire dégager les pourris qui la gouvernent.

Et, ironie de l’histoire, alors que le prix du pétrole augmente depuis trois jours, celui des denrées alimentaires (celui-là même qui, par son augmentation flagrante, a lancé le printemps arabe), diminue.

Vous payez plus cher votre essence, l’Arabe paye moins cher ses céréales.

Voilà l’expression « On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre » mondialisée.

P.S. : On n’en parle pas trop dans nos médias, mais l’effet domino se fait aussi sentir hors du monde arabo-musulman, au Sud du Sahara, notamment.

La révolution tunisienne est en marche…

janvier 19, 2011 1 commentaire

Ceux qui me connaissent savent certainement ce à quoi je passe une bonne partie de mon temps ces derniers jours : lire, lire, lire, sur ce qui se passe en Tunisie. Regarder des vidéos, consulter des pages FB, envoyer des messages à mes amies et amis là-bas, clavarder avec eux.

J’y ai vécu pendant huit mois en 2005 et une partie de mon cœur y est resté. Pour tout plein de raisons, dont cette révolution contre le régime de Ben Ali qui restait à faire.

Depuis vendredi, j’essaie de pondre un billet d’enfer sur les récents événements qui s’y produisent depuis le 17 décembre 2010. Mais ils déboulent tellement vites – et ils impliquent tant de données politico-économico-sociaux-militario-historico-religieuses, que je réécris mon texte à chaque jour, plutôt que de le mettre en ligne ici.


Photos Maurizio Giuliani

En voici donc une version, un peu toute croche, un peu nébuleuse, pas très claire, mais sentie, plus que sentie. Comme la révolution tunisienne, en quelque sorte.

Quand la rue fait tomber le dictateur.

Vendredi, Ben Ali est parti, en catastrophe, comme un voleur. Depuis, il s’est passé et se passe toujours bien des choses en Tunisie. J’y reviendrai plus loin. Mais avant, je veux insister sur ce vendredi 14 janvier 2011 qui fera date là-bas et, qui sait, ailleurs.

Je veux y revenir pour souligner, surligner, immortaliser, encore, le courage de ce peuple. Même le mot courage me paraît trop faible. Jamais la rue arabe n’avait encore fait tomber un dictateur arabe, à ce que l’on dit. Ben Ali n’était pas le moindre. Je salue donc les Tunisiens. Particulièrement la jeunesse, qui a mené, et mène toujours, la lutte dans la rue et via Internet. Voilà une raison pertinente à l’existence des réseaux sociaux.

Le régime de Ben Ali, que la plupart des médias hésitent encore à qualifier de dictatorial, l’était pourtant jusqu’au bout des ongles (surtout de ceux de Leila Trabelsi, sa femme).

Mais le monde occidental a toujours fermé les yeux pour une multitude de raisons, dont aucune ne justifiait le sort quotidien réservé aux Tunisiens : « paix social » ; rempart aux islamistes et aux immigrants de l’Afrique; relative égalité des sexes, éducation et santé gratuite; économie prospère; destination touristique bon marché.

En contrepartie, les chefs d’État de nos pays ont fermé les yeux sur ce qui devait leur sembler un détail : opposants politiques arrêtés, torturés, tués. Une presse non seulement muselée, mais manipulée. Une mafia, celle de la belle-famille présidentielle, qui profitait à elle seule de la fameuse prospérité économique du pays.

Et pendant ce temps, les adultes s’endettaient et les jeunes chômaient dans les cafés avec leurs diplômes universitaires gratuitement offert par l’État « démocratique ». Et tout le monde avait peur.

La Tunisie en 2005

Quand j’habitais à Tunis en 2005, le simple fait de prononcer le nom de Ben Ali dans un endroit public faisait trembler les gens qui m’accompagnaient. J’ai vu des cafés être fermés parce que l’on y avait parlé de politique. J’ai vu le propriétaire de mon appartement me demander de fermer mon téléphone portable avant de critiquer devant moi le moindre geste du parti au pouvoir. J’ai connu des gens qui avaient été torturés pendant la révolte du pain en 1984. Tous les gens rencontrés pendant mes huit mois là-bas avaient un ami, un frère, qui avait été menacé, harcelé, torturé par les policiers du dictateur. J’ai rencontré d’anciens intellectuels qui crevaient de faim, et leur famille avec, empêchés de travailler, empêchés de quitter le pays, parce qu’ils avaient osé à peine critiquer le régime policier de Ben Ali. J’ai vu mon rédacteur en chef publier en page 3, à chaque semaine et sans faute, un hommage à Ben Ali, sans quoi son hebdomadaire « indépendant » ne se retrouverait pas sur les rayons. J’ai entendu 3 000 histoires des sous-sols du Ministère de l’Intérieur.

Il y a presque six ans, personne n’osait défier le gouvernement. Pis, tout le monde, même les « artistes de gauche engagés » le craignaient, étaient terrorisés. Par une paisible soirée d’été à Tunis, les plus valeureux et plus téméraires me sommaient de ne pas marcher sur le trottoir du Ministère de l’Intérieur, où était posté en permanence et à tous les deux mètres, un policier armé d’une mitraillette. Ils avaient tous peur, Peur avec un immense et solide P.

Pire que la peur, les Tunisiens vivaient tout aussi intensément et quotidiennement la méfiance avec un immense et solide M. Tous se méfiaient des uns et des autres: dans ce pays surpeuplé de policiers (environ 160 000, soit un Tunisien sur 10), un système de mouchards s’était en plus installé : les policiers achetaient des citoyens à coups de nananes, de dinars, de montres et de privilèges, afin qu’ils dénoncent leurs compatriotes, s’ils osaient ne serait-ce que dire un méchant mot contre Ben Ali et son gouvernement.

Au départ, je les croyais tous paranoïaques, mais l’accumulation de témoignages et certains incidents qui me sont arrivés m’ont fait me rendre à l’évidence : une dictature policière pétrifiait ce peuple. Heureusement que l’on avait l’humour et l’intimité de nos chez-soi pour faire sortir un peu le méchant.

Dans l’intimité de nos appartements, mes amis et moi discutions souvent de la révolution. Nous nous amusions à former notre propre gouvernement. Un tel aurait le ministère de l’éducation, un autre celui de la justice. C’est toujours moi qui voulais jouer à ce petit jeu. Mes amis s’y prêtaient, mais sans vraiment y croire.

Quelques jours avant de partir, à tous les gens que j’avais connus là-bas, je souhaitais une bonne révolution… Il fallait voir les réactions. Tout le monde en rêvait, à voir leurs yeux briller à l’évocation du renversement de Ben Ali, mais personne n’y croyait.

On m’a dit que la seule manière d’y arriver serait de diriger un commando invisible qui pourrait enlever Ben Ali et toute sa belle-famille d’un seul coup….

Revirements majeurs

Puis, les choses ont changé. Il y a eu la crise économique et l’augmentation du prix des denrées de base, et le chômage qui a augmenté. Mais la révolution en Tunisie ne peut pas être réduit à cela : du chômage, de la pauvreté, de l’inflation, des crises économiques. Tout cela est souvent le quotidien des peuples du tiers-monde.

Quelque chose a éclaté en Tunisie, quelque chose que l’on pouvait sentir en 2005 et sûrement avant : un trop-plein, un nœud dans l’histoire, une page blanche face à l’avenir. Avec 70 % des Tunisiens âgés de moins de 35 ans, la « révolution du Jasmin » est arrivée.

La fin de semaine

Dans un premier temps (j’imagine qu’ils sévissent encore, mais cela semble s’être calmé), les anciens policiers restés fidèles au déchu dictateur ont foutu le bordel, pillé, brûlé, frappé et très probablement tué des leurs. L’armée les a ralenti et est venue en aide au peuple. Déjà, l’armée avait refusé de tirer sur les manifestants avant le départ de Ben Ali; des rumeurs courent aussi à l’effet qu’elle aurait eu un rôle à jouer dans le départ précipité du despote. Qu’importe. Elle n’éveille pas moins la méfiance de certains Tunisiens : on ne veut pas d’une armée qui prenne le pouvoir, d’autant plus que Ben Ali est un ancien militaire.
Voilà pour samedi et dimanche.

Lundi et mardi, les manifestations ont repris.

Après Ben Ali dégage, on entend maintenant dans les grandes villes de Tunis : RCD dégage.

Avant même l’annonce du nouveau gouvernement d’union nationale, on critiquait la présence de membres du Parti Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali, le parti unique qui n’osait se nommer depuis 23 ans, encore à la tête de l’État.

C’est qu’ils ne sont pas naïfs, les Tunisiens. Ils semblent avoir compris qu’il ne s’agit pas de chasser le chef pour vaincre le régime pourri.

Pour faire un parallèle local, chasser Charest et y substituer Normandeau ne changerait strict rien…

Bref, ces jours-ci, la rue tunisienne a peur qu’on lui vole sa révolution.

Aujourd’hui, en réaction au nouveau gouvernement d’unité nationale, où les postes et ministères clés ont été conservés par des membres du parti du RCD, les Tunisiens ont poursuivi par milliers, encore !, leurs manifestations. Encore des gaz lacrymogènes et des coups de matraque.

En fin de journée, certains membres de ce gouvernement ont démissionné (tous de l’opposition). Le président Mebazaa et le Permier Ministre Ghannouchi, tous deux intérim, ont quitté le RCD.

Qui sait ce que demain nous réservera ?

Une chose est certaine : Les Tunisiens ne semblent pas manipulés par des islamistes, ni par l’armée, ni par l’Occident, mais plutôt animés par une réelle soif de démocratie. Oui, la situation actuelle du pays, qui n’a jamais connu la démocratie, est plus que délicate et imprévisible.

Ils sont maintenant plus que jamais sous les feux de la rampe médiatique internationale. Et ils en sont parfaitement conscients.

Ils savent très bien que les citoyens des autres dictatures arabes les regardent. Si jamais la révolution du Jasmin devait vraiment aboutir à la démocratie, cela pourrait bien être la meilleure chose que le monde arabe ait connue depuis longtemps. Et pas juste le monde arabe, le monde tout court.

Bon, je rêve peut-être un peu, mais je le fais en mémoire des Tunisiens qui sont morts, soit par suicides, soit sous les balles, depuis un mois. Je crois qu’ils le méritent.