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L’abc de la crise politique au Québec…

novembre 25, 2010 Laisser un commentaire

Politique 101; québécoise 2009-2010.

Lecture destinée aux exilés, et/ou perdus et/ou curieux du Québec politique actuel.

Un ami québécois exilé à Liverpool depuis quelques années m’a récemment écrit afin de savoir ce qui se passe exactement au Québec politique. Il venait de découvrir LA pétition et voulait une petite mise à jour…

Difficile d’être brève… J’invite tous les gens qui liront cette tentative de tableau synthèse à la corriger et/ou à l’améliorer.

Salut mon ami,

Puisque nous avons comme devise « je me souviens », je te dresse ici un portrait de mes simples souvenirs de l’actualité depuis… Près de deux ans maintenant !

Si je me souviens bien, tout cela a commencé au printemps 2009 à Montréal, avec une nouvelle dans les médias au sujet d’un généreux contrat de compteurs d’eau qui aurait été octroyé à Tony Accurso, un grand entrepreneur en construction. Le contrat a finalement été annulé, mais l’on a en cours de route découvert que des élus municipaux, du parti de Gérald Tremblay et de l’opposition, auraient dîné sur le luxueux yacht de Tony, tout comme de hauts placés à la FTQ, dont son président, Michel Arsenault. De même que certains gens de la famille libérale au provincial.

Après cette nouvelle, les médias de la métropole se sont mis à enquêter. Ils ont découvert toutes sortes d’informations qui pointaient toutes vers la même hypothèse : les enveloppes brunes et la collusion avaient envahi la mairie. Le maire n’a alors à peu près rien dit, sauf qu’il allait intenter des poursuites au criminel.

On attend toujours les résultats. Malgré tout ça, le maire a été réélu, il y a un peu plus d’un an, avec un taux de participation de moins de 40 %.

Tout ça, c’était au printemps 2009. Ensuite, les allégations de corruption ont commencé à fuser de toute part et il m’est un peu difficile de te faire la chronologie exacte de tout ce qui est sorti, tant il y en a eu. Depuis, les médias sont (re)devenus les chiens de garde de la démocratie. Pas une semaine passe sans qu’une nouvelle allégation ne se retrouve en Une.

Ces fâcheuses révélations auraient pu rester confinées à Montréal. Mais elles se sont plutôt déplacées dans d’autres municipalités…. Puis à la FTQ… Puis au gouvernement provincial.

Climat de peur sur les chantiers de construction, fracturation des contrats afin d’éviter les appels d’offre. Ententes entre entrepreneurs, ententes entre firmes de génie-conseil, afin de se partager les juteux contrats de construction du gouvernement, contrats qui se chiffrent par millions, puisque les infrastructures étaient la solution préconisée pour contrer la crise financière. Le tout avec la mafia jamais bien loin.

Jocelyn Dupuis, ex-président de la FTQ, accusé de fraude.

L’ex-ministre du travail, David Whissell, qui accorde des contrats à une compagnie dont il est actionnaire. Il a dû démissionner, mais au départ, notre Premier ministre n’y voyait aucun problème.

Après quelques mois de Unes qui n’en finissaient plus de mettre au jour de nouveaux scandales, à peu près tout le monde exigeait, avec un grand E, une commission d’enquête publique sur les allégations de corruption dans la construction. Tout le monde sauf la FTQ et l’Union des municipalités du Québec, bien entendu. C’était il y a un an. Le gouvernement Charest refusait alors cette enquête publique et optait plutôt pour des enquêtes policières qui, disait-il, allaient non pas amener des gens devant la TV, mais derrière les barreaux.

Le parti libéral croyait ainsi calmer la colère de la population et arrêter de fracasser des records d’impopularité dans les intentions de vote.

Voilà pour 2009.

2010 n’a pas été bien différente. Les soupçons, allégations et accusations de corruption occupent toujours le cœur de l’actualité, mais du domaine de la construction, ils ont atteint d’autres sphères :

Les firmes d’ingénieurs, neuf d’entre elles se partageraient les contrats du gouvernement. Les sociétés d’État, municipalités et ministères ont tous coupé leur budget alloué à l’ingénierie. Résultat ? Ils doivent maintenant engager des firmes qui sont chargées d’élaborer les projets publics, d’en déterminer les coûts et les appels d’offre…

La voilà, la fameuse ré-ingénierie !

Les garderies à 7 $ : Au printemps 2010, on apprenait que Tony Tomassi, alors ministre de la famille et très bon collecteur de fond, aurait attribué de lucratifs et convoités permis de garderie aux meilleurs contributeurs du parti. Il a dû démissionner depuis.

À partir de là, on a mis à profit le site du Directeur général des élections et l’on est allé scruter les dons aux partis. On a alors découvert que les secrétaires, concierges et autres simples employés de telle compagnie avaient tous offert le maximum permis de 3 000 $. Des enquêtes ont été ouvertes, on attend toujours les résultats.

Le clou du financement occulte du parti revient toutefois à nul autre que Marc Bellemare, notre coloré ancien Ministre de la Justice qui lançait lui aussi une bombe printanière : quand il était ministre, il aurait été contraint de nommer des juges dont les noms lui auraient été dictés par d’influents collecteurs du parti, tout cela avec la bénédiction de Jean Charest. Bellemare a alors réclamé encore, comme tout le monde le fait, une commission d’enquête sur la construction ET sur le financement des partis politiques. Charest a plutôt décidé de le poursuivre, tout en instituant une commission, mais qui n’a porté que sur le processus de nomination des juges. Cette commission Bastarache (le juge Bastarache est connu pour ses couleurs libérales), surmédiatisée, avait tous les airs d’un cirque et n’a fait que braquer encore plus l’opinion publique envers tout ce qui pouvait s’apparenter à de la politique au Québec. C’était cet automne et l’on attend toujours son rapport.

Il faut savoir que tout ça se passe dans un contexte de mécontentement général où l’on accuse à la fois les politiciens d’être petits et les électeurs d’être cyniques. Où le taux d’insatisfaction des gens à l’égard du gouvernement Charest se maintient en moyenne à 80 %. Où Jean Charest maintient son personnage imbu de lui-même, condescendant et sourd aux demandes du peuple qui l’a élu.

Rajoute à cela un budget Bachand qui charcute les services publics et ramène des impôts non progressifs. Rajoute à cela le dossier des gaz de schiste. Tu te retrouves avec un ras-le-bol généralisé. Tout le monde est, soit en criss, soit totalement dégoûté.

J’ai l’impression (ou l’espoir ??), que tout commence à craquer. Les allégations sont de plus en plus pointues et proviennent désormais de sources anonymes au coeur des enquêtes en cours. La FTQ a viré de bord ses derniers jours et est maintenant en faveur de l’enquête. L’UMQ aussi, après que quelques-uns de ses maires aient été suspendus le temps que la lumière soient faite sur des allégations d’enveloppes brunes qu’ils auraient reçues et/ou données.

Encore maintenant, le gouvernement Charest préfère les enquêtes policières à l’enquête publique. Le hic, c’est que même la police est en faveur de cette enquête. Pourquoi ? parce que les deux vont de pair : l’enquête oblige les intéressés à comparaître et délient les langues. Les enquêtes policières progressent ainsi bien mieux.

Bon rendu ici, tu dois en être arrivé à peu près la même conclusion que la majorité des Québécois : s’il refuse de la déclencher cette foutue enquête publique, c’est que le gouvernement Charest sait très bien qu’il a trop à perdre.

Te voilà avec un pas pire tableau de l’univers politique de ton Québec. J’espère que tu comprends mieux pourquoi le compteur de LA pétition a monté en flèche les premiers jours et pourquoi il continue de monter encore. On n’est pas loin du quart de million après deux semaines. C’est un record historique.

J’imagine que tu te demandes que fait l’opposition ? Bien sûr, elle réclame en cœur une enquête, mais sinon :

Le PQ se chicane sur l’article 1 du parti : un référendum doit-il ou non être tenu lors d’un premier mandat. Il remet aussi en question le « leadership » de Mme Marois, qui l’aurait bien plus facile si elle s’appelait Paul et non pas Pauline…

QS et son unique député se défendent très bien, mais la direction bicéphale leur nuit toujours tout autant. Et personne ne croit sérieusement à leur chance.

L’ADQ est presque morte, mais son chef, l’ancien journaliste de TQS Deltell a fait la Une et TLMEP la semaine dernière en traitant Charest de « parrain » de la famille libérale.

Sinon, il y a aussi des « mouvements » de droite qui s’organisent. Le premier, inclus Legault, Facal et quelques autres lucides (tu étais là à l’époque du Manifeste des lucides ?). Lucien Bouchard n’est pas loin, prêt à nous dire de devenir encore plus esclaves de nos patrons.

Il y a aussi le Réseau-Liberté-Québec. Celui-là, tu l’aimerais. Des gens de Québec, de la radio poubelle, tout imprégnée de l’âme de Fillion, qui affirment que l’État doit être réduit, anéanti, pour plus de « libartés » individuelles. De la pure démagogie digne du Tea Party américain.

Ces « nouveaux » groupes de droite, même s’ils ne sont pas des partis politiques, récoltent dans les sondages jusqu’à 40 % des intentions de vote…

Fait plutôt nouveau, on parle beaucoup de gauche et de droite maintenant au Québec. Mais j’ai parfois l’impression que les gens ne saisissent pas bien la différence.

Ainsi, ces nouveaux mouvements affirment que la gauche a assez gouverné ces dernières années et qu’il faudrait laisser enfin la place à la droite… Pourtant, on n’a pas vu la gauche gouverner depuis longtemps. Depuis Parizeau, soit depuis 15 ans ! S’il y a corruption maintenant au Québec, c’est parce que l’actuel gouvernement a laissé toute la place au privé, ce qui est constitue l’abc même de la droite.

Il faudrait que les gens finissent par le comprendre, avant les prochaines élections. Parce que signer une pétition, c’est bien, mais voter (en connaissance de cause), c’est mieux.

A-t-on le cinéma qu’on mérite ?

avril 17, 2010 7 commentaires

Par Julie Nado

Une fois de temps à temps, comme ça, parce que je m’ennuie, ou plus souvent parce que sa dernière chronique a fait des vagues et qu’on en parle dans mon entourage, je lis Patrick Lagacé sur Cyberpresse. La plupart du temps, je considère que ça ne vaut pas tellement la peine de réagir. Pourquoi ajouter une voix de plus à la « communauté de placoteux » dont parlait Lise Bissonnette récemment ? Deux raisons : la rigueur et le cinéma roumain. Je m’explique.

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J’aime la rigueur. Beaucoup. Et j’ai un problème avec les gens, surtout les journalistes, qui manquent de rigueur dans leur travail. Or, peut-être que je me trompe en qualifiant Patrick Lagacé de journaliste, puisqu’il se présente plutôt en début de chronique comme un « travailleur de l’information ».

Un travailleur de l’information, qu’est-ce que ça mange en hiver ? De l’opinion, apparemment. Pas des faits. Des approximations, plutôt. Vous connaissez l’expression anglaise « social butterfly », qui donne « papillon social » dans une traduction littérale maladroite ? Elle désigne ces gens qui, à l’aise en société, virevoltent d’une conversation à l’autre, butinant plusieurs sujets à la fois. Ces papillons sociaux donnent l’impression de demeurer à la surface des choses. À l’ère d’Internet, le « social butterfly » devient ce que j’appellerais un papillon médiatique. Quand je lis M. Lagacé, et surtout quand je considère les sujets qu’il aborde dans ses chroniques, j’ai souvent cette image d’un papillon qui vole au gré du vent, sans trajectoire cohérente, se laissant porter par l’air du temps. Il n’est pas le seul. Et ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Je pense à des écrivains tels que Rousseau ou Robert Walser, qui ont érigé la promenade en art littéraire. Seulement, voilà, je doute que ce soit la tâche d’un « travailleur de l’information », qu’il soit journaliste ou chroniqueur.

Car que nous apprend réellement M. Lagacé sur l’entrevue que Denys Arcand a accordée à Stéphan Bureau ? Très peu, en fin de compte. L’analyse qu’il en fait tient dans cette équation : je reviens d’Haïti et la vie au Québec me paraît horriblement drabe. Denys Arcand raconte à Stéphan Bureau que « Y a rien, dans nos vies. ». Je saute sur l’occasion pour arrimer ma déprime saisonnière aux réflexions d’un cinéaste reconnu et je conclus en m’attaquant au cinéma québécois des dernières années. Ah, l’art du raccourci, n’est-ce pas ?

D’un ton condescendant, le chroniqueur établit un lien entre le caractère intimiste des films québécois récents et le vide qu’il perçoit dans notre société. Pas de grands bouleversements, alors on se regarde le nombril et on fait des films en conséquence. Autrement dit, on a le cinéma qu’on  mérite.

Depuis quelques années, nous avons eu la chance ici de voir un certain nombre de films roumains de qualité, que ce soit dans les festivals, au cinéma Ex-Centris ou au Cinéma du Parc. Que se passe-t-il dans ces films ? Souvent, il ne se passe rien. On achète un cochon de son beau-frère mais il nous le livre vivant dans notre HLM et il faut trouver une manière de le tuer si on veut le manger. Un village se prépare pour la visite de membres éminents du Parti communiste, mobilisant ainsi tous ses habitants et provoquant une effervescence hors du commun, pour finalement apprendre que l’itinéraire des dignitaires a été modifié et que tous ces efforts ont été en vain. (Contes de l’âge d’or) Un vieil homme malade erre d’hôpital en hôpital pendant une nuit entière. (La Mort de Dante Lazarescu) Le jour du 20e anniversaire de la révolution roumaine, un débat télévisé à la chaîne communautaire d’une petite ville apprend à ses habitants que la révolution n’a pas vraiment eu lieu chez eux, que personne n’a été suffisamment courageux pour sortir dans la rue avant que le couple Ceausescu n’ait quitté Bucarest. (12h08 à l’est de Bucarest). Il ne se passe presque rien dans les films roumains : pas de guerre tragique ni d’épisodes glorieux de résistance au communisme, très peu de personnages promis à un noble destin, des villes grises, des campagnes désertées. Et pourtant, il s’agit à mon sens d’un des cinémas nationaux les plus fascinants du moment. La Roumanie nous offre des films qui, à partir de sujets peu glorieux, créent un univers fait d’absurde et de tragédie du quotidien, d’humour et de lucidité. Comme chacun sait, le sujet ne fait pas l’oeuvre. Et le cinéma québécois ne fait pas exception à la règle.

source

À votre place, j’irais chercher mes analyses socio-cinématographiques ailleurs que dans La Presse. M. Lagacé ne semble pas s’y entendre beaucoup dans le domaine. En fin de chronique, il écrit :

« Le cinéma n’est que le reflet d’une époque.

Or, s’il ne se passe rien, dans l’époque, comment tu veux faire des films comme Les ordres ou Réjeanne Padovani? »

C’est à se demander si le chroniqueur-vedette de La Presse a vu Réjeanne Padovani ou s’il joue les provocateurs peu subtils. Dans ce film, il est question des relations troubles entre la mafia, les hommes politiques et le monde de la construction. Avez-vous, comme moi, une désagréable impression de déjà-vu ?

Ce qui me déprime, contrairement à d’autres, ce n’est pas qu’il ne se passe rien ; non, ce qui me déprime, c’est ce pressentiment tenace que l’histoire du Québec est en train d’effectuer une grande boucle. En d’autres mots, que nous sommes en train de revenir en arrière et que nous avons justement droit, en ce moment, à un triste remake de Réjeanne Padovani.

Nuances, nuances, nuances

Remettre tout en question, même ses plus certaines et profondes certitudes. Émettre un doute, une réserve. Reculer d’un ou deux pas. Voir le tableau d’ensemble.

Regarder à gauche, à droite. Derrière, devant. S’attarder aux intérêts de tout un chacun. Tergiverser et hésiter entre deux, trois, quatre ou douze théories.

Aller voir sur le terrain, sonder. S’émouvoir, s’indigner, se laisser atteindre, mais fouiller et assembler. S’oublier un peu et témoigner.

Surtout, rester consciente que le plus dangereux est toujours celui qui est convaincu, peu importe le domaine, l’idée ou la certitude qu’il prêche.

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Show solidaire pour les lock-outés

janvier 27, 2010 2 commentaires

On n’en a guère parlé dans les médias (allez donc savoir pourquoi…), mais le premier anniversaire du lock-out au Journal de Montréal a été souligné dimanche dernier avec un spectacle fort inspiré et inspirant: le Show du cadenas.

Comme le site Web des lock-outés le soulignait, plusieurs artistes ont donné leur appui aux syndiqués de JDM, au risque de se mettre à dos l’empire Quebecor.

J’avais vu les lock-outés du Journal après six mois de conflit. Leur force, leur détermination et leur solidarité m’avaient impressionnée. Après un an, le moral semble toujours aussi bon, sinon mieux. Pour cela, je leur dis bravo !

Le hic, c’est que PKP ne semble pas vouloir plier.

Les ventes du Journal n’ont pas bougé depuis un an…

Je me répète donc : le seul moyen de faire bouger l’Empereur, c’est de s’attaquer à la seule chose qui l’importe : son portefeuille. Et dans le cas qui nous intéresse, cela doit se traduire par une baisse significative, drastique, du tirage du JDM.

Peut-être que cela ne suffira pas, mais on aura au moins le mérite d’avoir essayé et d’avoir signifié à Citizen Karl que l’on ne veut pas d’une information produite par ses valets.

Un peu de solidarité, bordel !

Je vous laisse avec des photos du spectacle.

Les Loco Locass nous ont offert a cappella quelques extraits de leur prochain album (on l’attend avec impatience).
À ceux qui s’inquiétaient face aux rumeurs que cet album serait moins politique que les précédents, rassurez-vous : les quelques extraits entendus dimanche portaient toujours avec autant de poésie et de talent la flamme politique du Québec.

La superbe Louise Forestier et le groupe de son fils, El Motor. Wow ! La Dame a demandé à PKP de faire preuve de compassion…

Le très drôle Urbain Desbois. On se demande s’il est chanteur ou humoriste, celui-là. En tous les cas, il joue très bien avec les mots.

Les très de bonne humeur Tricot machine.

Et enfin, Richard Desjardins est venu nous chanter quelques-unes de ses nouvelles chansons. L’album devrait sortir l’an prochain. Faut-il vraiment préciser qu’elles étaient toutes sublimes ?

Je ne saurais conclure sans souligner la présence de Christian Vanasse des Zapartistes, en tant qu’animateur de la soirée. Il nous a également offert, pour notre plus grand plaisir, son imitation de PKP. C’est le meilleur !

* Mille mercis à Danielle Antaya qui m’a fourni ces photos.

Péladeau: sauveur économique du Québec

janvier 22, 2010 2 commentaires

Vous ne le savez peut-être pas, mais hier et aujourd’hui s’est déroulée une grande rencontre à Lévis sur l’avenir économique du Québec pour les 20 prochaines années. Rien de moins. Le tout présidé par nul autre que notre Premier Ministre Jean Charest qui, fort heureusement pour lui (et pour nous !), ne sera évidemment plus au volant rendu là.

Toujours est-il que rien de pertinent, pour le court, moyen ou long terme, ne semble avoir émergé de cette rencontre. Moins de décrochage scolaire, plus d’investissements, plus de productivité. Ouais.

Mais de la vision ?!

Il semble bien que, de toutes les personnes conviées à cette rencontre, pas une seule n’ait eu la bonne idée de débattre un peu. C’est pourtant bon pour les idées nouvelles, le débat, non ?

Personne, ce n’est pas tout à fait vrai. Il y a bien eu quelqu’un pour provoquer un simili débat, pour jeter un maigre pavé dans la mare. Seulement, il n’était pas invité.

PKP

Qui ? Mais notre cher Pierre Karl Péladeau, c’est ivident. En gros, Citizen Karl, dans une lettre publiée dans ses Journals hier affirme que les maudits syndicats ont trop de pouvoir au Québec et qu’il nous sera impossible de demeurer compétitif et riche dans notre monde économiquement globalisé si nous leur laissons autant de pouvoir.

Je vous présente ici quelques extraits d’un texte du Devoir. Les « améliorations » en rouge sont de mon cru (pour mon unique plaisir et peut-être le vôtre).

« Absent du sommet, M. Péladeau a tout de même réussi à susciter un débat en affirmant dans une lettre ouverte que les syndicats québécois nuisent au développement économique de Quebecor.

Selon M. Péladeau, les dirigeants québécois il consacrent trop «de temps, d’énergie et d’argent» à gérer leurs relations de travail, dans un contexte où leurs ses entreprises doivent se mesurer à la concurrence internationale.

M. Péladeau a écrit que les syndicats profitent de lois qui désavantagent les ses entreprises et compromettent la sa productivité.»

À peu près tout le monde présent à la rencontre a pris ses distances avec ses propos. Même Charest et son ministre des Finances, Raymond Bachand.

Il va se de soi que, dans un contexte où les syndiqués du Journal de Montréal fêteront dimanche prochain le triste premier anniversaire du lock-out, le patron de Quebecor aurait pu profiter de l’occasion pour se taire. Tout simplement.

Source

Revenons à ce Forum

L’été dernier, Jean Charest avait parlé d’une vaste consultation sur l’avenir économique de la province où chaque Québécois serait invité à prendre la parole. Ensuite, il avait même refusé de parler de « Sommet ». Puis, ont finalement été invités des intervenants soigneusement sélectionnés.

Ainsi, intervenants de la santé, retraités et aînés, jeunes (tant libéraux et péquistes) n’ont pu obtenir droit de parole sur les 20 prochaines années économiques du Québec…

On s’est beaucoup questionné sur la pertinence et l’utilité d’un tel événement En tous les cas, avant même qu’il ne débute, Charest affirmait que son gouvernement ne se sentirait en aucun cas obligé de faire siennes les idées qui émergeraient de cette rencontre.

Certains rabat-joie ont affirmé que l’événement ne servirait qu’à légitimer les actions passées du gouvernement libéral. Et surtout qu’il préparerait l’électorat à une hausse de la TVQ et des tarifs d’Hydro-Québec. Comme cela était loin d’être séduisant, le gouvernement Charest aurait alors eu l’ingénieuse idée d’une rencontre portant sur « la vision économique du Québec dans 20 ans ». Bravo. Presque aussi ingénieux que feu le Plan Nord, devenu concertation, puis démarche, pour finir en belle coquille vide.

En tous les cas, pour donner l’impression de faire quelque chose, quoi de mieux que de présider une rencontre sur ce qui surviendra lorsqu’on ne sera plus là ?

Pour ceux qui souhaitent soutenir les lock-outés du Journal de Montréal, rendez-vous au La Tulipe, le dimanche 24 janvier.

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« Pour les raisons que l’on connaît »

novembre 13, 2009 2 commentaires

Toujours aimé les citations des commentateurs/analystes/journalistes sportifs.

Rappelons ici pour notre plaisir celles, réelles ou fictives, de Jean Perron :

La fameuse « Ça se vend comme des p’tits ponchos! »
Ou encore la savoureuse « Il se débat comme un chat dans l’eau bénite. »
La prodigieuse « Il ne faudrait pas mettre la peau de l’ours devant la charrue. »

Etc, etc, etc.

Y’a aussi celles de Jean Dion, le chroniqueur sportif du Devoir, qui réussit, dans une chronique de Baseball, à parler de Commission d’enquête, tout y en insérant tout naturellement un « Chassez le naturel et il revient au bungalow».

Sans oublier toutes les citations de Foglia, journaliste sportif recyclé en Maître chroniqueur à la Presse.

Que voulez-vous, ils semblent avoir un certain talent à décrire le « jeu », qu’il soit sportif ou non.

Y’a une amie qui me racontait récemment sa stupeur et son incompréhension à chaque fois que Pierre Houde, le commentateur sportif de RDS, se risquait d’un « pour les raisons que l’on connaît, …».

« Pour les raisons que l’on connaît », tel joueur a reçu une punition. »

« Pour les raisons que l’on connaît, le but a été refusé. »

houdePierre Houde et Yvon Pedneault

Le problème, toujours selon notre adepte des Canadiens, c’est que plus souvent qu’autrement, le téléspectateur n’a aucune idée « des raisons que l’ON connaît ». Et il n’ose pas les demander, puisque « On » implique que TOUT LE MONDE les connaît, lui aussi.

« Pour les raisons que l’on connaît, tout le monde doit se faire vacciner contre la grippe H1NI. »

« Pour les raisons que l’on connaît, le Maire Tremblay a été réélu. »

« Pour les raisons que l’on connaît, l’été des Indiens se poursuivra encore quelques jours. »

« Pour les raisons que l’on connaît, les Québécois ne veulent plus draguer »

« Pour les raisons que l’on connaît, le Cendrillon est le meilleur fromage du monde.»

« Pour les raisons que l’on connaît, il est préférable de ne pas péter dans les toilettes publiques. »

On pourrait continuer longtemps.

Mais encore une p’tite dernière :

« Pour les raisons que l’on connaît, les Canadiens de Montréal ont gagné ce soir.»

Pour conclure, une petite précision de notre adepte de Hockey : M. Houde emploie cette expression lorsqu’il ne veut pas se mouiller, ne pas prendre position, bien qu’il en ait une.

En ce sens, voilà donc une expression qui pourrait être adoptée par plusieurs de nos personnalités publiques.

Merci, bonsoir !

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Fi des scrupules

octobre 15, 2009 7 commentaires

Je tiens un blogue depuis plus de deux ans maintenant. J’essaie de le rendre le plus intéressant possible, mais je ne m’épuise pas, par tous les moyens virtuels qui soient, à le rendre connu, fréquenté, consulté par tous les internautes de la blogosphère québécoise francophone et mondiale. Pour cela, il me faudrait passer mon temps à commenter les autres blogues.

Si je le faisais, je me devrais de sacrifier les amis, la famille, les collègues et les connaissances, ceux dont on peut regarder le réel blanc-brun-bleu-vert-noir-pairs des yeux.

Il faudrait que je passe mes « temps libres » à réagir, à commenter, à interpréter les articles-chroniques-commentraires-analyses des blogueurs de la Toile.

C’est un sacrifice que je n’ai jamais voulu faire. Entre un blogue qui voit ses entrées augmenter de plus d’une dizaine de personnes chaque jour, chaque heure, et une vie bien remplie de soupers, de sorties et d’échanges verbaux bien réelles, le choix n’a jamais été bien difficile : je préfère une semaine de pêche avec ma mère et son chum, une soirée Carcassonne avec Éric, une refonte du monde avec Julie, un barbecue avec Bruce, un bon souper avec papa, le frère et Cathy, qu’une pseudo reconnaissance virtuelle.

blog

En fait, je serais pourtant de mauvaise foi en croyant que les blogueurs québécois se sacrifient ainsi. Loin de moi donc l’idée d’insinuer que la blogosphère québécoise n’a pas de vie hors du Web. En vérité, je n’en ai pas la moindre idée.

Le devoir de réserve

L’an passé, après quatre longue années, je me suis retrouvée dans le bureau de mon directeur de maîtrise – maîtrise jamais terminée.

Concernant toutes les occasions que nous offre l’Actualité de nous indigner, nous offusquer, nous lever, ce prof d’histoire m’a dit quelque chose comme ceci :

Nous, intellectuels, réagissons toujours trop tard. Peu importe le cas, nous pensons à écrire à tel journal pour dénoncer telle affirmation tout à fait erronée et malhonnête. Mais nous tenons tellement à être juste dans notre réponse, dans notre démonstration, que nous mettons tout simplement trop de temps à répliquer. Après quelques jours, nous nous abstenons, parce que tout a été déjà plus ou moins dit (bien que tout croche), parce que l’Actualité est déjà passée à autre chose.

Voilà pour la leçon d’histoire. Après cela, lors de mes études en journalisme, j’ai été initiée à la sacro-sainte objectivité dudit métier.

Ainsi, je n’ai jamais écrit que les gros industriels de produits laitiers ont peut-être insidieusement influencé le comportement du Mapaq dans le dossier de la listéria et des fromages artisanaux québécois. Pas plus que je n’ai dénoncé la démagogie éhontée des détracteurs du Moulin à paroles, ni que ce Moulin était davantage paroles qu’action. Enfin, je n’ai jamais écrit que l’ostie de problème avec les Anglos de Montréal ne concerne qu’une partie d’entre eux : ceux qui ne parlent pas un mot de français, ou pis, ceux qui le connaissent mais refusent de le parler.

C’est ainsi que j’ai tenu ce blogue depuis plus de deux ans. C’est très probablement ainsi, déformation professionnelle oblige, que je le poursuivrai.

Pourquoi s’imposer un tel devoir de réserve ?

Parce qu’à voir ce qui s’écrit à chaud sur la Toile, dans les blogues et leurs commentaires, on voit toute la pertinence de prendre le temps de lire, de réfléchir et de prendre du recul.

Je vais vous donner un exemple bien concret.

Cette semaine, ma coloc Julie et moi n’avons pas pu nous empêcher de réagir à un billet d’un blogue que nous lisons fréquemment. Il y était question du sexisme dans la publicité. Notre commentaire nous a valu d’être taxées de « féministes revanchardes, frustrées, lesbiennes, déconnectées et amateures de masturbation devant les pompiers des calendriers ».

On ne m’y reprendra plus.

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Peut-on faire confiance à La Presse ?

octobre 7, 2009 7 commentaires

Étude de cas: Le portrait de Richard Bergeron, chef de Projet Montréal.

Par Julie Nadeau Lavigne

Vous intéressez-vous aux élections municipales ? Moi, oui.

J’habite Montréal depuis cinq ans et, cette année, pour la première fois, me voilà dûment inscrite sur la liste électorale. Je lis les journaux, accumule des informations sur les programmes respectifs des principaux partis et fais connaissance avec les candidats de mon arrondissement.

Je lis en outre avec grand intérêt le blogue de Louis Préfontaine qui, cette semaine, mettait en relief le traitement (ou plutôt l’absence de traitement) réservé à Richard Bergeron dans les médias. Dans son billet, M. Préfontaine dénonce le fait que le chef de Projet Montréal, lorsqu’il n’est pas carrément boudé par les journaux et bulletins de nouvelles (sauf Infoman !), devient l’objet d’attaques grossières de la part de certaines journalistes de La Presse, notamment Lysiane Gagnon et Michèle Ouimet.

Celle-ci, dans l’édition du 5 octobre, faisait un portrait de Richard Bergeron. J’ai lu avec attention ce portrait et vous présente ici, pour la première fois, un essai d’analyse de discours ou, comme aiment le dire les Zapartistes, de « décodage de bullshit ». *

Richard Bergeron y est présenté comme un extrémiste aux « convictions fortes qui frisent l’obsession » : « urbain pur et dur », musulman (même s’il n’est pas pratiquant), adepte de la théorie du complot, et en plus il fume ! Enfer et damnation ! Tremblay et Harel fument-ils ? Vite, je veux le savoir, sinon comment pourrai-je faire un choix éclairé le 1er novembre ?

Mais je m’emporte. Soyons rationnels. Allons-y paragraphe par paragraphe.

L’introduction est somme toute classique et note la montée dans les sondages de Projet Montréal :

« Cet homme, dont la notoriété s’est longtemps limitée au Plateau Mont-Royal, donne du fil à retordre à ses rivaux, Gérald Tremblay et Louise Harel. Qui est Richard Bergeron ? Portrait d’un franc-tireur. »

Mme Ouimet nous apprend, tout en précisant qu’elle enfile ses bottes (???), qu’elle a « confessé » M. Bergeron pendant une heure et demie. Avec ce mot tout simple, le ton est donné : qui dit confession dit fautes. Elle aurait pu choisir de recueillir ses confidences ou de l’interroger.

Notez bien ici le champ sémantique religieux, qui sera récurrent tout au long du texte. Quelles sont les fautes de Richard Bergeron ? Le premier tiers de l’article y est consacré. D’abord, il fume. Ensuite, il a déjà écrit des choses discutables sur le 11 septembre 2001. Et la cerise sur le sundae ? Il est musulman :

«Il s’est converti à l’islam au début des années 90 pour épouser la femme de sa vie, Amina.

« J’avais 35 ans et j’ai eu le coup de foudre », a-t-il dit.

Amina est marocaine. Ils ont eu une fille qui est musulmane. « Je me suis converti par respect pour mes beaux-parents, mais je ne pratique pas, a-t-il précisé. Amina non plus. » »

Jusqu’ici, tout va bien. On comprend le parcours de M.Bergeron et les raisons de sa conversion. Les choses se gâtent lorsque Mme Ouimet se sent obligée d’ajouter :

« Ses belles-soeurs et sa belle-mère vivent au Maroc. Elles portent toutes le voile. »

Et sa belle-arrière-grand-mère, elle ? Portait-elle le voile ? Est-ce que le petit cousin de la deuxième génération prie cinq fois par jour ?

Et c’est ici que j’ai envie de dire : bullshit.

Richard Bergeron et son épouse sont musulmans non-pratiquants. Évidemment, l’islam n’est jamais modéré, tout le monde le sait. Aussitôt que quelqu’un, quelque part, mentionne l’islam, il faut dire que sa tante par alliance porte le voile. Même si tout ceci n’a absolument aucun rapport avec le candidat à la mairie de Montréal. NON PERTINENT.

Je pourrais continuer longtemps, mais je me contenterai de relever encore une ou deux manipulations sémiologiques de Michèle Ouimet. Après avoir parlé de l’enfance difficile de M.Bergeron, notre journaliste revient à la charge :

« Il a aussi des convictions fortes qui frisent l’obsession. Il est contre les autos, pour les transports en commun. C’est presque une religion. »

Religion ? Ah oui, c’est vrai, il est musulman. En plus, il a des convictions obsessives. Je commence à avoir peur.

« Obstination, un mot qui définit bien Richard Bergeron. »
Pas persévérance, pas ténacité, non : obstination.

Et finalement, une petite charge contre les intellos :

« R.B. a des diplômes longs comme le bras : baccalauréat en architecture, maîtrise en urbanisme, doctorat en aménagement. »

Notez ici le sens négatif subtil qui sous-tient toute la phrase. M. Bergeron ne possède pas une liste impressionnante de diplômes, il n’a pas étudié de manière approfondie des sujets qui sont au coeur même de l’aménagement et du développement d’une ville ; non, il a « des diplômes longs comme le bras ».

Ce texte s’avère donc un modèle de manipulation du lectorat et de mauvaise foi patente, deux éléments très peu dignes d’une journaliste.

Toute la première partie, déguisée en portrait de l’homme, est parsemée de subtiles connotations péjoratives. Ce n’est qu’à partir de la seconde partie qu’on apprend des faits véritablement pertinents sur la carrière de Richard Bergeron. Il est alors question du litige avec son ancien employeur pour des raisons de conflits d’intérêts. Enfin ! Voilà un sujet qui m’interpelle en tant qu’électrice qui aura à choisir son futur maire.

Mme Ouimet poursuit avec un résumé des tractations qui ont suivi l’arrivée de Louise Harel dans la course à la mairie et comment on a tenté de convaincre M. Bergeron de retirer sa candidature. De plus en plus intéressant.

Malheureusement, il m’est difficile d’accorder de la crédibilité à Michèle Ouimet après avoir lu la première partie de son article. Comment pourrais-je être sûre qu’elle ne tente pas de me manipuler ?

Presse_ne_pas_avaler
Source

Le mot de la fin : soyez vigilants. Il est si facile de faire dire ce que l’on veut aux mots.

*Si j’étais abonnée à La Presse, ceci pourrait devenir une catégorie à part entière du blogue…

Magazine l'Actualité : une Une qui change selon les régions

septembre 16, 2009 2 commentaires

En arrivant à Québec pour le moulin à paroles la fin de semaine dernière, j’ai tout de suite remarqué la Une de L’Actualité au dépanneur de la gare d’autobus de Sainte-Foy: Un portrait de Régis Labeaume et un titre sans équivoque : Le bagarreur de Québec. Avec en sous-titre la question qui tue : Le maire de Québec peut-il donner des leçons à Montréal ?

l'actualite.01 Le JDQ

En revenant à Montréal lundi, quelle ne fut pas ma surprise de voir le même magazine. le même numéro, celui du 1er octobre 2009, mais avec une Une toute différente…

actu

Hein ? Pourquoi exactement ? Pour vendre plus de copies ? Si le maire Badabeaume a des leçons à donner à Montréal, c’est plutôt en Une de l’édition montréalaise de l’Actualité qu’il aurait dû se retrouver (et non pas en tout petit en haut de la page). Et pourquoi pas Ignatieff en Une à Québec ? Parce que, de toutes façons, la région est vendue d’avance aux conservateurs ? 🙂

Peut-être suis-je ignorante, mais je ne connaissais pas de telles pratiques. Je me demande si elles sont courantes. Je resterai donc aux aguets. Il me semble que de la part de médias d’information sérieux, la pratique n’est pour sa part pas très sérieuse.

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La face cachée des états financiers de Gesca/Power

septembre 3, 2009 Laisser un commentaire

La nouvelle du jour : La Cour d’appel déboute Power Corporation: Gesca devra-t-elle enfin dévoiler ses états financiers à ses propres actionnaires ?

L’affaire a commencé il y a trois ans. À l’époque, le MEDAC (Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires) décidait de traîner Power devant les tribunaux.

L’enjeu ?

Forcer Power à divulguer les états financiers de sa filiale Gesca (propriétaire des quotidiens La Presse, Le Soleil, La Tribune, Le Nouvelliste, Le Quotidien, Le Droit, Le Voix de L’Est) à ses propres actionnaires.

Power Corp chart
http://radicarl.net

Trois ans !

Trois ans avant que les juges de la Cour d’appel ne rendent un jugement qui apparaît comme le plus gros bon sens de tous les temps :

Un actionnaire a le droit de savoir combien la compagnie dans laquelle il investit fait de profit !

Mais les méandres de la justice étant ce qu’ils sont, Power et ses avocats ont réussi à faire traîner les choses. Et peut-être les feront-ils traîner encore jusqu’en Cour suprême.

Si on avait ici affaire à une compagnie de chaussures, l’enjeu n’en voudrait peut-être pas la chandelle.

Mais dans cette affaire, l’enjeu porte sur deux aspects plutôt explosifs.

Primo, la politique.

L’ex-président du MEDAC n’est nul autre qu’Yves Michaud, ardent souverainiste de longue date. Selon M. Michaud, Power, propriété du fédéraliste notoire Desmarais, refuse de dévoiler les états financiers de Gesca afin de voiler ses ambitions fédéralistes dans la province.

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Deusio, les conditions de travail des journalistes de La Presse (et bientôt des autres quotidiens de Gesca).

Le syndicat des journalistes de La Presse, avant de consentir à des coupures de 13 millions de dollars, aimerait bien les voir, lui aussi, les états financiers de son journal.

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Si jamais Power consent à dévoiler ses foutus états financiers, de deux choses, l’une se produira :

Soit Gesca ne fait pas une cenne. M. Michaud aura alors le beau jeu de dire que Power ne conserve cette filiale que pour fins propagandistes.

Soit Gesca est bien rentable (comme le JDM). Le syndicat des journalistes de La Presse aura alors le beau jeu de dire que les compressions imposées par Power à ses membres sont injustifiées.

Je ne sais pas trop si Gesca/Power/Paul craint l’eau chaude, mais les employés de La Presse ont reçu par courriel cette semaine, comme par hasard, l’ordre de s’entendre avec leurs patrons avant le 1er décembre. Sans quoi, La Presse et Cyberpresse pourraient être suspendus.

On ne badine pas avec le Power, c’est bien connu…