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Le Canadien, rassembleuse catharsis

mai 15, 2010 2 commentaires

Je n’aurais jamais pensé parler de hockey ici, mais m’y voilà.

Récemment à la fromagerie, où l’on parle sans cesse du Canadien, qu’il soit en séries ou non, bon ou mauvais, un jeune collègue m’a lancé d’un air certain que le hockey était la seule, la dernière, chose qui rassemblait tous les Québécois.

Un autre collègue et moi n’avons guère pris la sortie de notre jeune collègue un peu baveux au sérieux : t’es trop jeune pour savoir. Oui, il y a des choses qui rassemblent les Québécois davantage que le hockey. Un jour tu comprendras, que nous lui avons répondu en substance, avant de lui parler de loi 101, de culture et de référendum…

C’était avant que le Canadien ne gagne la première ronde des séries.

Source

En temps normal, en saison régulière, je suis une fille qui s’en fout quasiment du hockey. J’écris quasiment et non carrément, parce qu’évidemment, je préfère toujours voir l’équipe de la ville dans laquelle je vis gagner. Mon enthousiasme s’arrête normalement là. Mais comme à peu près tout le monde à Montréal actuellement, je me laisse prendre au jeu depuis quelque temps.

Mercredi soir, je suis allée donc chez une amie regarder le 7e match de la deuxième ronde. Tout comme 25 autres personnes amassées dans son petit salon. Comme vous le devinez, l’ambiance était survoltée, à son paroxysme. Tout un chacun était rivé à l’écran. Il y avait là toutes sortes de gens se connaissant plus ou moins ou pas du tout. Des Québécois et des Canadiens anglos et/ou francos, des Français, Iraniens, Autrichiens, tous unis comme jamais devant la victoire des Glorieux qui, plus le temps passait, devenait imminente.

C’était magique, même pour une fille qui n’aime que quasiment le hockey…

Après le match, tout ce beau monde est sorti sur le balcon de la rue Saint-Denis afin de saluer les voitures. Pourquoi ? mais parce que ce trop plein de joie se devait d’être partagé, enfin !

Pendant plus d’une heure, les nombreuses voitures qui passaient et passaient sur la rue ont klaxonné et klaxonné en réponse aux quelques amis de la soirée qui agitaient leur drapeau du Tricolore sur le trottoir.

Je ne me souviens pas avoir assisté à une telle effervescence de joie collective. Je n’étais pas à Montréal en 1993…

Moi qui penche davantage du côté des sciences humaines que de celles du sport, je me demandais alors quel autre événement pourrait provoquer une telle euphorie, une telle cohésion à Montréal, au Québec.

À un moment, j’ai bien entendu pensé à un éventuel référendum gagnant.

Mais un ami bien avisé m’a pertinemment fait remarquer qu’un référendum gagnant ne serait pas autant rassembleur que la victoire de la Sainte-Flanelle : les anglophones de Montréal, les immigrants et les autochtones ne seraient pas unanimement à nos côtés ce soir-là.

Comment ne pas lui donner raison ?

Alors que les plus motivés en étaient à taper de la main avec les passagers des voitures de la rue Saint-Denis, j’en étais donc à cette réflexion tragique : mon jeunot de collègue avait peut-être raison : le hockey est dorénavant la chose la plus rassembleuse au Québec. Pis, elle l’a probablement toujours été.

Au Québec, comme ailleurs.

Puis une amie française est arrivée à point dans cette terrible réflexion, en me racontant la victoire de la France en Coupe du Monde de soccer, il y a de cela quelques années.

Cette année-là, tous les Français et Françaises ont connu l’euphorie de la victoire. Tout clivage entre classes, quartiers, origines, régions et partis politiques a été balayé au profit d’un bonheur complet, d’une fierté sans limite. La France avait gagné.

Après son récit, ma chère sociologue française a néanmoins tenu à souligner que ce bonheur fut éphémère. C’est le mot qu’elle a employé : éphémère. La joie de cette victoire a été incroyable, mais n’a duré qu’un temps. Surtout, elle n’a rien changé au pays, en mieux ou en pire.

Mais bon, je ne voudrais surtout pas jouer les rabat-joie.

Le sport, ce n’est pas la politique, ce n’est que le sport : il a des règles claires, des arbitres, un temps précis à jouer. À la fin de la partie, une équipe a gagné, l’autre a perdu, point final. C’est la beauté de la chose : c’est clair.

Le sport nous apprend aussi une chose que nous ne devrions jamais oublier, que nous pourrions mettre en pratique en politique ou ailleurs : Si les Canadiens sont si bons cette année, c’est que le petit ego de chaque joueur a été mis de côté au profit du groupe. Je n’y connais rien, mais tout le monde s’entend pour dire que le secret est dans l’esprit d’équipe. C’est ainsi qu’on gagne : avec la primauté de la collectivité sur l’individu.

Bref, je ne sais pas trop si le hockey est la seule chose qui peut encore rassembler tous les Québécois. Rendu ici et maintenant, je ne crois plus que la question soit si pertinente. Pendant que la victoire est là, autant ne pas bouder son plaisir. Ça nous change du reste, ça nous donne confiance et ça nous fait sentir fiers d’être Québécois. Et puis, on ne sait pas quand ce sentiment largement partagé se fera à nouveau sentir aussi éloquemment.

S’il n’y a que le Canadien pour nous procurer ça, encore heureux qu’il soit là.

Le sport est peut-être l’opium du peuple, mais il est aussi une formidable catharisis.

Halak prochaine fois.

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Je ne comprends pas et/ou plus…

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Coupe Grey: deux POIDS deux mesures

novembre 30, 2009 1 commentaire

Les amateurs de football canadien de Calgary qui sont passés par le Green Mile de Calgary afin de se rendre au match de la Coupe Grey aujourd’hui n’ont pas pu manquer cette affiche de Mcdo :

 

Libre traduction : «  Alouettes, pas de poutine pour les gros tas que vous êtes !»

Première réflexion : si le match de la Coupe Grey avait été disputé ici, à Montréal, aurait-on jamais osé écrire quelque chose de similaire ? Si oui, j’aurais bien aimé voir les réactions dans les éditoriaux d’un bout à l’autre du Canada. 

Deuxième réflexion : concernant le taux de gras que chaque Canadien ingère et retient dans son organisme, il ne faudrait pas oublier de mentionner que les Québécois sont encore les moins gros tas en Amérique du Nord, et ce malgré leur poutine…

Pour avoir habité à Calgary pendant des mois, je tiens à rappeler le nombre incroyable d’Albertains à qui j’ai servi des centaines des cafés bourrés d’essence artificielle de vanille à 500 calories la tasse Extra Large, le tout avec un extra de crème fouettée… Mais bien sûr  fait de lait écrémé et accompagné d’un maudit Low fat Muffin.

 Une petite poutine faible en gras en ça, Mister ?

 By the way, les Alouettes ont gagné. AH –AH !

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« Pour les raisons que l’on connaît »

novembre 13, 2009 2 commentaires

Toujours aimé les citations des commentateurs/analystes/journalistes sportifs.

Rappelons ici pour notre plaisir celles, réelles ou fictives, de Jean Perron :

La fameuse « Ça se vend comme des p’tits ponchos! »
Ou encore la savoureuse « Il se débat comme un chat dans l’eau bénite. »
La prodigieuse « Il ne faudrait pas mettre la peau de l’ours devant la charrue. »

Etc, etc, etc.

Y’a aussi celles de Jean Dion, le chroniqueur sportif du Devoir, qui réussit, dans une chronique de Baseball, à parler de Commission d’enquête, tout y en insérant tout naturellement un « Chassez le naturel et il revient au bungalow».

Sans oublier toutes les citations de Foglia, journaliste sportif recyclé en Maître chroniqueur à la Presse.

Que voulez-vous, ils semblent avoir un certain talent à décrire le « jeu », qu’il soit sportif ou non.

Y’a une amie qui me racontait récemment sa stupeur et son incompréhension à chaque fois que Pierre Houde, le commentateur sportif de RDS, se risquait d’un « pour les raisons que l’on connaît, …».

« Pour les raisons que l’on connaît », tel joueur a reçu une punition. »

« Pour les raisons que l’on connaît, le but a été refusé. »

houdePierre Houde et Yvon Pedneault

Le problème, toujours selon notre adepte des Canadiens, c’est que plus souvent qu’autrement, le téléspectateur n’a aucune idée « des raisons que l’ON connaît ». Et il n’ose pas les demander, puisque « On » implique que TOUT LE MONDE les connaît, lui aussi.

« Pour les raisons que l’on connaît, tout le monde doit se faire vacciner contre la grippe H1NI. »

« Pour les raisons que l’on connaît, le Maire Tremblay a été réélu. »

« Pour les raisons que l’on connaît, l’été des Indiens se poursuivra encore quelques jours. »

« Pour les raisons que l’on connaît, les Québécois ne veulent plus draguer »

« Pour les raisons que l’on connaît, le Cendrillon est le meilleur fromage du monde.»

« Pour les raisons que l’on connaît, il est préférable de ne pas péter dans les toilettes publiques. »

On pourrait continuer longtemps.

Mais encore une p’tite dernière :

« Pour les raisons que l’on connaît, les Canadiens de Montréal ont gagné ce soir.»

Pour conclure, une petite précision de notre adepte de Hockey : M. Houde emploie cette expression lorsqu’il ne veut pas se mouiller, ne pas prendre position, bien qu’il en ait une.

En ce sens, voilà donc une expression qui pourrait être adoptée par plusieurs de nos personnalités publiques.

Merci, bonsoir !

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