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Tunis, six ans et une révolution plus tard.

juin 6, 2011 1 commentaire

Premières impressions biaisées par l’émotion de retrouvailles intenses.

Ceux qui suivent ce blogue le savent : j’ai séjourné pendant des mois à Tunis en 2005.

Je n’y étais pas retournée depuis.

Tunis

La place du 7 novembre 1987, devenue la place du 14 janvier 2011, ou la place de Bouazizi ou la place de l'indépendance...

Me voilà de retour depuis une semaine. Oui, je suis revenue pour voir la révolution et la transition démocratique de ce petit, mais grand, pays qui peut se targuer d’avoir été l’instigateur du printemps arabe.

La première chose que j’ai faite en arrivant mardi, sur le décalage horaire et en manque profond de sommeil, c’est d’aller me promener dans la ville. Bon, j’étais peut-être un peu naïve, je ne sais pas trop à quoi je m’attendais exactement, mais je pensais que je verrais les fruits de la révolution à chaque coin de rue de Tunis. Les bons fruits, comme les pas mûrs. Après tout, à lire les médias, Tunis semblait plonger dans le chaos.

Je n’ai pas été déçue, mais surprise. La ville tourne, les commerces roulent, comme avant. Des centaines de personnes – hommes, femmes, jeunes et enfants – de voitures et de mobylettes déambulent dans un bordel sympathique, comme il y a six ans. Les gens travaillent, les gens consomment, les terrasses sont pleines.

Ça m’a rassurée : S’il avait fallu que la ville soit paralysée presque cinq mois après le départ de Ben Ali, pas sûr que cela serait de bon augure pour l’avènement de la démocratie.

M’enfin…

Si l’on y regarde de près, certaines choses ont pourtant indéniablement changé. De petites choses, mais qui auraient été tout à fait impensable avant le 14 janvier.

Quand les militaires remplacent les flics.

Le plus flagrant : Les militaires postés devant tout édifice « sensible », des bureaux gouvernementaux à l’ambassade de France, en passant par la synagogue de Lafayette. Voir des hommes armés un peu partout en Tunisie n’a rien de surprenant ou de nouveau: Avant, c’était les flics de Ben Ali, maintenant, les soldats de l’armée…

Ceci dit, les Tunisiens se promènent en famille ou entre amis sur l’avenue Habib Bourguiba, longeant les barbelés qui les séparent des militaires, des camions et de leurs armes, tout cela dans une ambiance presque bon enfant. C’est à peine si les militaires ne posent pas quand l’on prend une photo.

Tunis 1

Le ministère de l'intérieur, celui que l'on ne pouvait et que l'on n'osait pas photographier avant.

Il est bon de rappeler ici que l’armée a refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolution, précipitant ainsi le départ de l’ancien dictateur.

Parlant de Ben Ali, c’est probablement l’autre chose qui a le plus changé dans le paysage tunisois : exit son portrait partout, dans les rues et dans tous les commerces, et exit SA couleur préférée, symbole de son régime : le violet. Exception des fleurs de certains arbres, le violet a disparu.

Il y a aussi les stands à journaux qui ont complètement changé. Là aussi, la face de Ben Ali a disparu des médias locaux (certains journaux présentaient un article et une photo de l’homme en Une, à chaque jour. Les autres devait lui consacrer une page, au moins). Mais aussi, une foule de journaux et magazines ont refait leur apparition. Acheter le Courrier International à Tunis, c’était pour moi symbolique. Et jouissif.

Je ne saurais également passer sous silence le nombre de femmes voilées qui a sensiblement augmenté depuis 2005. Au départ, je me suis demandé s’il avait augmenté avec les années, ou si la révolution l’avait propulsé. Après vérification auprès de sources fiables, je confirme que c’est bien la révolution. Sous le régime de Ben Ali, le voile était interdit dans l’administration publique. Cette loi est partie avec lui. On a par ailleurs annoncé que les femmes pourraient maintenant se faire poser voilées sur leur carte d’identité.

Tunis 3

Les militaires et leur arsenal devant l'ambassade de France.

Alors que le port du voile était avant le 14 janvier fortement déconseillé, certaines femmes ne le portaient pas à l’époque par peur d’être harcelées. Aujourd’hui, les Tunisiennes revendiquent le libre choix, à ce que l’on m’a dit. Mais j’ai aussi lu sur Internet que certaines femmes auraient été harcelées par des islamistes dans les transport en commun, afin qu’elle le porte. Allez savoir qui croire.

Voilà pour ce qui peut être vu.

La prochaine fois, nous verrons ce qui peut être entendu.

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Joyeux et gai Noël…

décembre 24, 2010 Laisser un commentaire

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