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De Tunis à Saint-Roch

novembre 6, 2011 2 commentaires

Il est toujours difficile de se commettre sur son blogue après une longue absence. Après tout, si l’on observe les règles de l’art des blogueurs, on se doit de publier souvent, voire tout le temps, et partout.

Je n’ai jamais pu respecter ces règles. J’ai la plupart du temps besoin d’un temps de réflexion, de recul, pour voir où le vent nous mène. Il me faut normalement quelques jours avant de réagir. Mais depuis mon retour de Tunis fin juillet, je suis restée coïte. Je n’arrivais pas à me faire une idée.

Depuis le départ de Ben Ali en janvier en 2011, le vent souffle. Il nous a amené le printemps arabe, qui réclame haut et fort la réforme des systèmes politiques pourris des États arabes.

Le vent a ensuite atteint l’autre côté de la Méditerranée. Les indignés d’Europe, Espagnols et Grecs en tête, refusent les plans « de réforme » ou « de sauvetage » nationaux imposés à leur pays par une Union européenne à genoux devant les agences de notation, elles-mêmes à la botte des financiers de notre cher monde mondialisé.

En septembre, la rafale est enfin arrivée là où elle devait se rendre absolument : Zuccotti Park, NY, USA. Depuis, Occupy Wall Street a fait plus de 500 petits dans autant de villes, dont Calgary et Québec ! Le mouvement a la mérite d’avoir clairement mis le doigt sur le bobo avec des formules-clés efficaces : Nous sommes le 99 % et nous en avons plus que marre de nous faire avoir par le 1 %.

Source

« Les peuples d’abord, pas la finance! »

Donc, cette année, j’ai regardé tout cela aller, sans savoir quoi dire.

D’un côté, je suis enchantée et fébrile à chaque fois que je vois un peuple, un groupe ou une majorité lutter contre une minorité qui s’enrichit à ses dépens. Me voilà donc servie cette année. Je me prends souvent à rêver.

Mais de l’autre, je me dis que tous ces soulèvements populaires ne sont qu’un soubresaut de l’opinion publique. Que tout le monde finira par rentrer dans les rangs d’un individualisme résigné avec les premières bourrasques hivernales. D’autant plus que la notion de « changement » est plus que galvaudée. Comme tout le monde, j’ai le cynisme facile.

Jusqu’à cette semaine, j’étais donc pris entre deux chaises, muette. Lorsque qu’un ami, au hasard d’une grande discussion à propos de la politique, m’a rappelé que les vrais changements viennent rarement des politiciens, mais des organismes et des associations de citoyens. Les choses changent si le monde se réapproprie les institutions citoyennes, des plus petites aux plus grandes. De l’assemblée dans le parc à l’Assemblée nationale.

Ça parait évident. Il en a toujours été ainsi, d’ailleurs. C’est même le b.a.-ba de la politique. Dans le marasme ambiant, je l’avais presque oublié. Il est là le dénominateur commun des mouvements nés cette année, du printemps arabe à Occupons Québec : les gens qui nous gouvernent sont aujourd’hui complètement décalés. Périmés et déconnectés. La véritable politique, dans son sens le plus noble, à savoir s’occuper et prendre soin des choses de la cité, de l’ensemble de la société, n’est plus l’affaire du 1 %, mais celle des représentants du 99 %, dans les parcs, les places et les rues.

Même au Québec, où l’on semble souvent dormir au gaz et se réveiller deux heures plus tard dans les Maritimes, les gens s’organisent et réfléchissent, sans fléchir. Il faut voir le dernier documentaire de Hugo Latulipe, République, un abécédaire populaire. Un tant de gens passionnés et inspirants s’activent, même s’ils ne disposent pas de la même couverture médiatique que François Legault et compagnie.

Le mouvement est certes fragile. Au Québec comme ailleurs, la mobilisation bat son plein, mais ne réussit toujours pas à faire sortir des masses dans les rues. La pensée dominante est tenace. Bien que les alternatives foisonnent de partout, les François Legault de ce monde réussissent encore à incarner le « changement »… D’un côté, nous n’avons pas hésité à voter pour le changement avec Layton au fédéral, mais de l’autre, nous n’osons pas encore voter pour le changement avec Khadir. Même si ça crève les yeux.

Mais cynisme ou pas, le gens, les jeunes en particulier, se sont cette année réappropriés la politique un partout dans le monde. En soi, il est là le changement.

Et l’espoir.

Les Grands rangs.

Je sors donc de mon mutisme pour vous annoncer que j’ai plongé moi aussi, à ma façon.

Trêve de réinvention de système à chaque discussion inspirée sur le coin d’une table. Il est tant que joindre l’action à la parole.

Place au concret : Planter les racines d’une entreprise sociale qui va offrir une véritable et tangible alternative à système économique et politique qui se meurt depuis trop longtemps. Commencer par changer, au jour le jour, l’essentiel : comment l’on se nourrit, comment l’on occupe et l’on cultive nos terres et aux profits de qui. Plutôt que d’écrire et de parler de changement, y participer.

Place à la Coopérative de solidarité Les Grands Rangs. Une coopérative agroalimentaire qui ouvrira bientôt ses portes dans Saint-Roch, à Québec. Une épicerie-cuisine-bistrot qui vous offrira des produits 100 % locaux et artisanaux. Histoire de faire la révolution dans votre assiette.

Au plaisir de vous y voir.

Toutte est dans toutte

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Le Québec en politique et en humour. Par Emmanuel Bilodeau

juillet 23, 2011 4 commentaires

Toujours pensé que l’humour, quand il se pratique au 2e et 3e degrés., pouvait dire mieux que n’importe quel discours politique, sérieux et prétendument pédagogique. Merci à à M. Bilodeau. Voilà résumé l’ensemble des malaises du Québec actuel. Un Zapartiste !

Je n’ai pas du tout envie de quitter la Tunisie, mais cette vidéo me rend néanmoins heureuse du fait que lorsque je rentre chez moi, c’est au Québec que je reviens 🙂

Tunis, six ans et une révolution plus tard.

juin 6, 2011 1 commentaire

Premières impressions biaisées par l’émotion de retrouvailles intenses.

Ceux qui suivent ce blogue le savent : j’ai séjourné pendant des mois à Tunis en 2005.

Je n’y étais pas retournée depuis.

Tunis

La place du 7 novembre 1987, devenue la place du 14 janvier 2011, ou la place de Bouazizi ou la place de l'indépendance...

Me voilà de retour depuis une semaine. Oui, je suis revenue pour voir la révolution et la transition démocratique de ce petit, mais grand, pays qui peut se targuer d’avoir été l’instigateur du printemps arabe.

La première chose que j’ai faite en arrivant mardi, sur le décalage horaire et en manque profond de sommeil, c’est d’aller me promener dans la ville. Bon, j’étais peut-être un peu naïve, je ne sais pas trop à quoi je m’attendais exactement, mais je pensais que je verrais les fruits de la révolution à chaque coin de rue de Tunis. Les bons fruits, comme les pas mûrs. Après tout, à lire les médias, Tunis semblait plonger dans le chaos.

Je n’ai pas été déçue, mais surprise. La ville tourne, les commerces roulent, comme avant. Des centaines de personnes – hommes, femmes, jeunes et enfants – de voitures et de mobylettes déambulent dans un bordel sympathique, comme il y a six ans. Les gens travaillent, les gens consomment, les terrasses sont pleines.

Ça m’a rassurée : S’il avait fallu que la ville soit paralysée presque cinq mois après le départ de Ben Ali, pas sûr que cela serait de bon augure pour l’avènement de la démocratie.

M’enfin…

Si l’on y regarde de près, certaines choses ont pourtant indéniablement changé. De petites choses, mais qui auraient été tout à fait impensable avant le 14 janvier.

Quand les militaires remplacent les flics.

Le plus flagrant : Les militaires postés devant tout édifice « sensible », des bureaux gouvernementaux à l’ambassade de France, en passant par la synagogue de Lafayette. Voir des hommes armés un peu partout en Tunisie n’a rien de surprenant ou de nouveau: Avant, c’était les flics de Ben Ali, maintenant, les soldats de l’armée…

Ceci dit, les Tunisiens se promènent en famille ou entre amis sur l’avenue Habib Bourguiba, longeant les barbelés qui les séparent des militaires, des camions et de leurs armes, tout cela dans une ambiance presque bon enfant. C’est à peine si les militaires ne posent pas quand l’on prend une photo.

Tunis 1

Le ministère de l'intérieur, celui que l'on ne pouvait et que l'on n'osait pas photographier avant.

Il est bon de rappeler ici que l’armée a refusé de tirer sur les manifestants lors de la révolution, précipitant ainsi le départ de l’ancien dictateur.

Parlant de Ben Ali, c’est probablement l’autre chose qui a le plus changé dans le paysage tunisois : exit son portrait partout, dans les rues et dans tous les commerces, et exit SA couleur préférée, symbole de son régime : le violet. Exception des fleurs de certains arbres, le violet a disparu.

Il y a aussi les stands à journaux qui ont complètement changé. Là aussi, la face de Ben Ali a disparu des médias locaux (certains journaux présentaient un article et une photo de l’homme en Une, à chaque jour. Les autres devait lui consacrer une page, au moins). Mais aussi, une foule de journaux et magazines ont refait leur apparition. Acheter le Courrier International à Tunis, c’était pour moi symbolique. Et jouissif.

Je ne saurais également passer sous silence le nombre de femmes voilées qui a sensiblement augmenté depuis 2005. Au départ, je me suis demandé s’il avait augmenté avec les années, ou si la révolution l’avait propulsé. Après vérification auprès de sources fiables, je confirme que c’est bien la révolution. Sous le régime de Ben Ali, le voile était interdit dans l’administration publique. Cette loi est partie avec lui. On a par ailleurs annoncé que les femmes pourraient maintenant se faire poser voilées sur leur carte d’identité.

Tunis 3

Les militaires et leur arsenal devant l'ambassade de France.

Alors que le port du voile était avant le 14 janvier fortement déconseillé, certaines femmes ne le portaient pas à l’époque par peur d’être harcelées. Aujourd’hui, les Tunisiennes revendiquent le libre choix, à ce que l’on m’a dit. Mais j’ai aussi lu sur Internet que certaines femmes auraient été harcelées par des islamistes dans les transport en commun, afin qu’elle le porte. Allez savoir qui croire.

Voilà pour ce qui peut être vu.

La prochaine fois, nous verrons ce qui peut être entendu.

Le NPD perdu au Québec

avril 28, 2011 2 commentaires

Le Canada est en élections. Au départ, je ne voulais pas en parler, parce que l’enjeu se résumait à redemander à un électeur, désabusé et frustré de voir 300 millions de dollars s’envoler en fumée démocratique, de retourner voter pour ou contre un gouvernement Harper qui peine à s’imposer à la majorité de ce vaste territoire canadien hétéroclite qu’on appelle un pays.

Au Québec, à la fin mars encore, il était clair que nous allions faire Bloc contre Har-peur. Ça me rendait bien fière d’être québécoise, même si je savais pertinemment que le gouvernement conservateur n’avait plus besoin de la Belle-Province pour représenter la majorité canadienne. Lui suffisait de conserver ses 10 députés de Quebec City.

Bref, en début de campagne, le suspense se résumait (encore ! ) à Har-peur majoritaire ou Harper minoritaire.

Puis est arrivé le Bon Jack avec sa belle moustache à TLMEP. Avec ses publicités cool de p’tits chiens et de hamsters. Avec son air sympathique et son humanisme crédible. Puis, presque par magie, le vent électoral a tourné. Le NPD a maintenant le vent dans les voiles dans la province et il est crédité de 37,4 % des intentions de vote contre 24,3 % pour le Bloc. Les Québécois semblent encore apporter au Canada un vent de changement. Quelle belle histoire !

STOP ! Quelque chose cloche dans cette histoire.

Le scénario n’est pas mal du tout. Les personnages principaux aussi, le momentum politique semblent bon, le metteur en scène aussi. Mais le lieu de l’action n’est pas du tout le bon. Et deux fois plutôt qu’une.

Primo, le NPD a fleuri, certes, mais au mauvais endroit. Plutôt que de percer, monter et gagner en Ontario, le voilà qui prend les devants au Québec. C’est bien beau tout ça, mais ça ne changera rien à l’histoire du Parti Conservateur qui connaît bien, lui, les lieux où concentrer ses actions. Harper n’a plus besoin du Québec pour parvenir à une majorité parlementaire. Que les Québécois votent Bloc ou NPD, ça change quoi pour lui ?

Il n’a qu’à conserver ses acquis près de Québec, à Roberval et Pontiac et le tour est joué.

Ce qui m’amène à mon secundo.

Non seulement le NPD s’est-ils trompé de province, mais en plus il ne séduit pas les bonnes circonscriptions : sur 11 députés conservateurs, le NPD n’en devance actuellement que trois.

Presque partout ailleurs, c’est au Bloc que le NPD soutire des intentions de vote.

Alors, chers Québécois, c’est bien beau de vouloir voter pour du Changement, mais ce n’est pas en votant « yes we canne » que vous y parviendrez nécessairement.

Mais tout dépend de ce qui vous motive. Si vous souhaitez voter stratégique contre les Conservateurs, seulement trois de leurs circonscriptions risquent actuellement d’être prises par le parti du bon Jack.

Alors, citoyens de Beauport-Limoilou, Charlesbourg-Haute-Saint-Charles et Pontiac, allez-y gaiement, voter orange, votre vote risque fort de faire une différence sur le nombre total de députés conservateurs à Ottawa le 3 mai. Citoyens de Lévis-Bellechasse et Lotbinière-Chute-de-la-Chaudière, vous n’êtes pas loin non plus.

Voir ici : projet démocratique.

Quant aux autres qui rêvent tout à coup de socialisme centralisateur des Prairies, demandez-vous si votre député et tous ses nouveaux collègues oranges sauront mieux servir vos intérêts et convictions au Parlement canadien qu’un député du Bloc. Pensez-y comme il faut, là.

Source

Je n’ai rien contre les idées de gauche du NPD. Comment être contre un programme aussi flou, de toute façon ? Si j’étais née à Régina, sûrement qu’il serait mon parti. Je me demande seulement pourquoi c’est encore au Québec, et non dans le ROC, que le vent électoral progressif tourne ? Peuvent pas se déniaiser un peu, en Ontario ?

J’oubliais. Si jamais le NDP infligeait une véritable raclée au Bloc, peut-être son chef et ses excellents députés pourraient penser à retourner à Québec pour les prochaines élections provinciales. Peut-être.

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La démocratie: trop, c’est comme pas assez…

Y’a ceux qui se battent et meurent pour pouvoir voter pour de vrai, et les autres (enfin, moins de 60 % d’entre eux) qui votent, quatre fois en sept ans, sans passion et en chialant que ça coûte ben trop cher !

Encore Côté

Si au moins on pouvait nous aussi crier Dégage à quelqu’un d’ici les élections canadiennes du 2 mai.

Révolution tunisienne: espoirs et doutes

La révolution tunisienne évolue tellement vite, qu’il est impossible de vous rapporter tous ses revirements. Elle est tellement imprévisible, qu’il est des plus hasardeux d’affirmer que la « démocratie » est en train de s’implanter. Il est tout aussi douteux de prétendre le contraire.

Pont crucial, le pays ne possède pas de pétrole : il n’a donc pas à modifier ses politiques selon l’appétit énergétique de l’UE ou des USA.

source

Contrairement à la Libye, les institutions typiques de la démocratie à l’occidentale sont implantées depuis longtemps en Tunisie. Ce pays est une république à la française depuis 1956. De nombreux travailleurs y sont syndiqués et les médias y sont nombreux. Les régions disposent de leurs propres organes gouvernementaux. Les ONG y sont nombreuses et actives depuis longtemps.

Ce n’est donc pas tant l’instauration d’instances ou d’organismes démocratiques que la population demandait avec son « Dégage Ben Ali » en janvier, mais le bon fonctionnement d’institutions qui ont été totalement détournées et muselées au profit d’un seul parti politique, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali. Avant le 14 janvier, il comptait 2 millions de membres sur une population de 10 millions.

C’est pourquoi nombre de Tunisiens, à coup de manifs et de Sit-in, ont par la suite fait tomber, et en moins de deux mois, deux gouvernements provisoires composés de caciques du RCD.

« Pas question que l’on nous vole notre révolution ! » « Aucun détournement de la révolution ! » « Pas question de retour en arrière ! »

Voilà les slogans que les gens de la Kasbah scandaient. Leurs porte-parole officiels exigeaient que des réformes politiques soient lancées afin de redonner force et pouvoir à des institutions politiques et civiles déjà existantes.

Mais au même moment, la majorité silencieuse entrait en scène à la Kobba : cette floue majorité silencieuse voulait l’arrêt des grèves, des Sit-in et des manifs, le retour à la sécurité et au travail. Elle affirmait que les anarchistes militants qui manifestaient à la Kasbah pour les réformes politiques voulaient en vérité leur voler leur révolution, que ces gens ne parlaient pas au nom du peuple, mais pour eux-mêmes…

C’est dans cette ambiance de « division » qui a fait 6 mort à Tunis en deux jours que le troisième gouvernement est entré en fonction.

Ce troisième gouvernement en deux mois est clairement plus pur de membres du RCD que les deux premiers. Il a clairement apaisé les tensions, acceptant les revendications de la Kasbah : tenir des élections d’une assemblée constituante (prévues le 24 juillet, la future assemblée rédigera une nouvelle constitution et prépara les élections présidentielles). Le tout en apaisant les craintes de « la majorité silencieuse », en convainquant tout le monde de cesser les grèves et de retourner au travail, pour faire tourner l’économie.

Une semaine après son arrivée, le gouvernement de Essebsi a aussi aboli la terrible et tortionnaire police politique. Un juge a depuis officiellement dissout le fameux et pitoyable RCD.

On sent depuis la Tunisie sur la bonne voie. Des initiatives sont prises, comme celle-ci, qui nous rappelle à chaque fois le caractère exceptionnel des jours que vivent les Tunisiens : imaginez qu’au Québec, les conseils municipaux des 1 000 villes soient dissous et que l’on invite les citoyens à s’inscrire afin de devenir conseillers temporaires jusqu’aux élections.

Le hic, c’est que cette initiative n’a pas été portée à l’attention ni des médias, ni du public. Le bémol est que le Ministère de l’intérieur (encore lui !), n’a donné qu’une semaine aux gens pour se présenter et qu’il n’a pas précisé comment serait jugées les candidatures.

Du coup, sur FB, où j’ai appris la nouvelle, on se demande si les caciques ne seront pas avantagés par ces manières douteuses de procéder. Et l’on repart le questionnement: le ménage a-t-il bel et BIEN été fait ?

Et voilà le doute qui renaît, dans l’ombre de l’espoir.

source

Ainsi vont les lendemains de révolution. Tel un funambule perché à 100 000 mètres au-dessus d’un vide absolu, poussé d’un côté par le vent silencieux de la continuité et de la sécurité pécuniaire, et de l’autre par le vent grisant et inopiné de la liberté, l’Homme tente de faire la part des choses, toujours tiraillé entre l’espoir d’un pays qui avance désormais la tête haute et le doute que les racines de la malversation n’aient pas été assez profondément arrachées de la terre.

Démocratie saisonnière

Comme la nature passe de l’automne à l’hiver, puis du printemps à l’été, on a parfois l’impression que l’espèce humaine joue au même jeu, suit la même logique.

Alors que les peuples arabes vivent leur printemps, l’occident vit quant à lui son hiver démocratique : tout le monde crie à la mort de la démocratie, à sa carence d’efficacité, à son détournement au profit des oligarques, à sa corruption.

(Oligarchie : « Système politique dans lequel le pouvoir appartient à un petit nombre d'individus ou de familles, à une classe sociale restreinte et privilégiée ».)

Source


Les occidentaux – leurs gouvernements en première ligne – n’ont pas su voir venir le printemps « démocratique » ou « révolutionnaire » des pays du monde arabe. Non pas seulement à cause de leurs intérêts pétroliers et économiques dans ces régions, mais aussi parce que leurs systèmes politiques ne sont plus, depuis longtemps, que l’ombre de l’ombre du système démocratique auquel aspirent les hommes et femmes arabes qui manifestent actuellement au péril de leur vie.

Depuis le début de la révolution tunisienne, j’ai beaucoup discuté Révolution avec des gens de la Tunisie. La majorité – mais pas tous ! – d’entre eux ignorent le débat sur le prétendu déficit actuel de la démocratie occidentale, qu’il soit québécois, français, grec ou américain. J’ai beau leur dire que le gouvernement ici, ne nous torture pas, mais nous endort d’autant mieux, c’est comme parler à un homme atteint de la fièvre du printemps.

Lorsque je serai en Tunisie, en entrevue avec des gens qui y ont pratiquement laissé leur peau, comment pourrais-je leur expliquer qu’en moyenne moins de 60 % de gens votent depuis les 10 dernières années au Canada ? Et que ce sont surtout les jeunes qui font baisser la moyenne ?

Comment leur expliquer qu’au Québec, où les manifestations ne sont en aucun cas réprimées par des balles réelles et des bombardements, la dernière manifestation la plus nombreuse dénombrait environ 60 000 personnes sur une population de 7 millions et visait le retour d’une équipe de hockey ?

Il est peut-être un peu là le malaise de l’occident, non ?

Les Arabes sont dans la rue à exiger de leurs gouvernements ce que nous pourrions légalement, sans danger, légitimement, sans crainte, exiger de nos gouvernants, si nous n’étions pas si occupés à se regarder le nombril numérisé sur notre grand écran plasma.

J’espère que les Tunisiens ne me poseront pas trop de questons sur la démocratie à l’occidentale. Ou bien je leur mens, ou bien je les invite à ne pas trop nous imiter.

Qu’ils amènent leur printemps jusqu’à l’été, peut-être qu’un jour, ça nous fera sortir de notre hiver.