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Un milliard d’êtres humains loge à Bidonville.

novembre 3, 2007 1 commentaire

Un être humain sur six sur notre planète vit désormais dans l’un des 2000 bidonvilles de la planète.

Des trois milliards de citadins de la Terre, c’est donc le tiers qui s’entasse dans ce que l’ONU a défini en 2002 comme « un espace se caractérisant par un surpeuplement, des logements informels ou de piètre qualité, un accès insuffisant à de l’eau saine et une forte insécurité ».

Ici un article à propos du livre La planète Bidonvilles, de Mike Davis. L’article est paru dans un numéro spécial sur les grandes villes du futur du mensuel Alternatives.

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Dossier grandes villes du futur

    La mondialisation des bidonvilles

Amélie TENDLAND – 31 octobre 2007

Pour l’auteur Mike Davis, l’actuelle explosion de la population urbaine constitue une époque cruciale de l’Histoire, au même titre que la révolution industrielle. Davis rappelle qu’en 2060, la population de la planète devrait atteindre 10 milliards de personnes. D’ici là, 95 % des nouveaux habitants de la planète naîtront dans une ville du Sud, et la majorité d’entre eux grandiront dans un bidonville.

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L’an dernier, l’auteur américain a publié un tableau apocalyptique de ce qui nous attend, si nous n’y prenons garde : La planète des Bidonvilles (La Découverte, 2006), devenu une sorte d’incontournable pour ceux qui s’intéressent aux villes du futur. Selon lui, à moins d’un redressement fort improbable, la ville de demain ressemblera à un immense bidonville sans aucune structure où la pauvreté, la maladie, la violence, l’absence de droits et l’économie informelle deviendront la norme. Il ajoute aussi que les solutions pour éviter l’avènement de ce monde cauchemardesque ne courent pas les rues.

Chercheur indépendant, auteur éclectique de la gauche américaine, expert en sociologie urbaine, ethnologue, historien, Mike Davis est un auteur difficile à classer. Il a acquis une certaine renommée dans les années 1990 grâce à son ouvrage City of Quartz. Excavating the future in Los Angeles , une étude sociologique teintée de marxisme sur l’histoire du développement de la ville américaine. Mais il s’est également penché sur l’histoire politique et environnementale des famines dont ont été victimes plusieurs régions du tiers monde à la fin de l’époque victorienne (Late Victorian Holocausts. El Nino Famines and the making of the Third World).

Avec La planète des bidonvilles, Davis présente une synthèse et une analyse de la littérature concernant les bidonvilles des quatre coins de la planète, depuis les années 1960. De Rio de Janeiro à Khartoum, en passant par Nairobi et Port-au-Prince, Davis accumule les statistiques vertigineuses. Presque trop terrifiantes pour être vraies. Des exemples ? En Éthiopie, plus de 99,4 % de la population vit désormais dans des bidonvilles. Mexico détient le triste record du bidonville le plus peuplé, avec quatre millions d’habitants. Les bidonvilles de New Delhi accueillent chaque jour 4000 nouvelles personnes, et la population des bidonvilles de l’Afrique augmente deux fois plus vite que celle de ses « vraies » villes.

Urbanisation sans progrès

Le plus souvent, la population urbaine en croissance n’habite plus dans la ville proprement dite, mais tout autour, dans sa périphérie. Selon Davis, on assiste aujourd’hui à une urbanisation sans progrès, sans logique, devenue synonyme de « bidonvilisation ». « La croissance urbaine a été déconnectée de l’industrialisation, et même du développement économique en tant que tel. Les facteurs qui poussaient les populations rurales à quitter la campagne fonctionnent indépendamment des attraits comme les offres d’emplois urbains formels, ce qui assure une explosion démographique urbaine continue », exposait l’auteur dans une entrevue accordée au Socialist Worker en mai 2006 (www.socialistworker.org/2006).

Dans les faits, la croissance urbaine des villes du Sud se poursuit de manière accélérée, malgré leur déclin économique. Davis explique le paradoxe en partie par ce qu’il baptise « l’involution urbaine ». « Au fur et à mesure que les personnes s’entassent dans des niches de survie informelle – travailleurs ambulants, journaliers, prostitués, domestiques, petits criminels, etc. – la masse devient de plus en plus pauvre », explique-t-il dans une entrevue sur le site Web Autres Brésils (www.autresbresils.net).

À qui la faute ? L’auteur la rejette en bonne partie sur les politiques néolibérales des États du Nord, sur le FMI et sur la Banque mondiale qui ont imposé aux pays du Sud leurs plans « d’ajustements structurels » aux cours des 30 dernières années.

« Make cities better as cities »

Malgré tout, Mike Davis estime que la ville demeure encore la meilleure solution pour le futur. D’ailleurs, il ne croit pas que la « bidonvilisation » soit une conséquence immuable de la surpopulation mondiale. « Il n’y a pas trop de personnes dans le monde, mais il y a clairement une surconsommation des ressources non renouvelables. Bien sûr, la solution au problème est la ville en elle-même. Les villes qui sont réellement urbaines constituent les systèmes environnementaux les plus efficaces que nous ayons jamais créés pour vivre ensemble et pour travailler en harmonie avec la nature. (…) Ceci étant dit, le problème de l’urbanisation dans le monde, actuellement, c’est justement qu’il ne s’agit pas d’urbanisme dans le sens classique du terme », soutenait M. Davis dans une entrevue accordée en mai 2006 sur le site Web de l’architecte américain Geoff Manaugh (bldgblog.blogspot.com).

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http://www.cuk.ch

« La question de savoir comment certaines villes deviennent monstrueusement peuplées a moins à voir avec le nombre de personnes qui y vivent qu’avec leur mode de fonctionnement, leur manière de consommer, de réutiliser et de recycler les ressources, leur façon de partager l’espace public, aussi. Je ne dirais donc pas qu’une ville comme Khartoum est une ville impossible. Cela a davantage à voir avec la nature de la consommation privée », ajoutait le chercheur. Prenant l’exemple de la Californie, Davis comparait alors l’empreinte écologique du « Blanc à la retraite » avec celui de l’immigrant latino : « Le vrai problème, c’est le Blanc qui joue au golf sur les centaines de terrains de la Vallée Coachella. Ce Blanc à la retraite peut utiliser 10 fois, 20 fois, 30 fois la quantité de ressources dont peut avoir besoin la jeune chicana qui tente de faire vivre sa famille dans un petit appartement de la ville. »

L’auteure est journaliste indépendante

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