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L’importance d’être prudente, toujours.

juin 12, 2011 6 commentaires

Jamais je n’aurais cru que le deuxième billet sur mon second séjour tunisien porterait sur ce sujet. En vérité, c’est en plein le genre de sujet, privé, intimiste et émotif, qu’habituellement j’évite absolument sur ce blogue.

Mais je ferai ici exception. Pourquoi, je ne le sais pas exactement. Je pense qu’il faut chercher les raisons quelque part entre la catharsis et le souci d’être utile à d’autres femmes. Qu’elles soient dans le confort de leur propre ville, en voyage ou en séjour, étrangères, de passage ou perdues. Peu importe les circonstances. C’est le genre de chose qui peut arriver n’importe où.

Pour ma part, c’est à arrivé à Tunis il y a quelques jours. Normalement, je suis toujours d’une prudence exemplaire dans cette ville. En 2005, on m’a répété 10 millions de fois de faire attention. En mai dernier, quelques jours avant mon départ, on me l’a encore répété 10 000 fois au Québec. En revenant ici au début du mois, on me l’a encore rappelé : « sans être méfiante, sois prudente », m’a envoyé par texto un ami.

J’ai beaucoup voyagé depuis 10 ans, certains diraient même que j’ai poussé un peu loin, et il ne m’est jamais rien arrivé.

En Tunisie, avant et après la révolution, tout le monde se méfie de tout le monde; personne n’accorde sa confiance à personne. Si une telle personne ne figure pas dans le cercle de connaissance d’une telle autre, sûr que cette dernière me dira d’éviter de la fréquenter. Si je passais mon temps à écouter les gens, je ne pourrais pas faire mon travail. Je pourrais difficilement rencontrer de nouvelles personnes à interviewer. Alors, j’ai appris à en prendre et à en laisser.

C’est un peu pour ça que j’ai eu la peur de ma vie vendredi soir. Pour ça, et parce que j’ai baissé ma garde pour un instant.

J’étais dans un bar bien sympathique du centre-ville. Avec des amis. Je vois un grand et beau jeune homme débarquer. Il me remarque, vient me saluer. Comme il salue également un des hommes à ma table et des connaissances assises un peu plus loin. Je ne me méfie pas : il est dans le cercle.

Plus tard, on discute un peu. Il est gentil, il me drague un peu, mais bien naïvement. À ce moment-là, une journaliste que je viens de rencontrer m’avertit de faire gaffe à ce mec qui, selon elle, n’est pas très fiable. Je choisis de ne pas l’écouter. Comme je l’écrivais plus haut, si l’on veut rencontrer de nouvelles personnes, de nouvelles idées, pour écrire, il faut en prendre et en laisser.

Comment ne jamais se tromper ?

Toujours est-il que le mec m’offre de me raccompagner chez moi, pour ma sécurité. C’est là, sans le savoir, que je commets l’erreur de baisser ma garde. J’accepte et je me retrouve un peu plus tard dans un taxi avec lui, qui nous amène bel et bien dans mon quartier, mais pas dans la bonne rue. Après être sortis du taxi, je lui dit au revoir et je tente de partir vers chez moi. C’est là que je prends conscience de la merde dans laquelle je me suis mise : il refuse alors de me laisser passer, en me barrant le chemin du haut de ses six pieds. À ce moment, je refuse encore de me rendre à l’évidence et je lui fais des blagues : je vais appeler la police, si tu ne me laisses pas passer. C’est alors qu’il me saisit le bras et qu’il m’amène vers le hall d’un immeuble qui doit être le sien. J’essaie de la frapper, en vain, de la mordre, en vain. Dans le hall, nous croisons un voisin qui ne réagit aucunement, après que mon nouvel ennemi lui ait dit je ne sais pas quoi en arabe. C’est alors que je me mets à crier de tous mes poumons : à l’aide, aidez-moi !!!!!!!!

Heureusement pour moi, six ou sept hommes débarquent sur les lieux, dont un militaire. Le malade me lâche. J’agrippe le soldat (jamais été aussi heureuse de voir un militaire de toute ma vie). Celui-ci m’éloigne et m’embarque dans un taxi. Le taxi me ramène chez moi. En sortant de la voiture, je retrouve deux jeunes et leur scooter entraperçus plus tôt, qui m’expliquent qu’à la demande du militaire, ils ont suivi mon taxi pour être certains que je rentre bien chez moi. Ils m’escortent jusqu’à ma porte. Je rentre chez moi, saine et sauve, et je fonds en larme.

Voilà. C’est écrit.

Depuis, je suis ressortie dans mon quartier (l’incident a eu lieu pas très loin de chez moi). D’abord accompagné d’un ami, puis, aujourd’hui, toute seule. La peur s’estompe, mais je modifie volontairement mon itinéraire pour me rendre au centre-ville, afin d’éviter de passer près de chez lui ou de l’endroit où il a tenté de m’amener. Et en marchant, je retourne souvent la tête, juste pour être certaine que je ne suis pas suivie.

Comment je vais réagir si je le revois ?

J’ai été chanceuse, il y a eu dans cette bête histoire plus de peur que de mal. Mais cette peur, je ne la connaissais pas. C’est un sentiment nouveau qui s’est installé en moi, celui de la victime. Ce n’est pas du tout agréable. Et je comprends maintenant le sentiment de culpabilité, celui que tout le monde me dit que je ne devrais pas ressentir, mais qui n’en demeure pas moins là.

Je ne suis pas certaine que ce texte restera en ligne. Mais je sens le besoin qu’il soit ici pour le moment.

Pour me rappeler de toujours être prudente. Pour ne pas oublier la leçon. Dorénavant, je vais toujours prendre le taxi toute seule pour rentrer chez moi, ouallah !

P.S.: Je le répète: Cette histoire aurait pu arriver dans n’importe quelle ville. Comme Plume le chante si justement: Dans n’importe quelle ville, y’a toute sorte d’imbéciles.
Pour un imbécile ce soir-là, il y a six ou sept Tunsiens qui sont venus me sauver et tout autant qui m’ont épaulé le lendemain.

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