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Révolution tunisienne: espoirs et doutes

La révolution tunisienne évolue tellement vite, qu’il est impossible de vous rapporter tous ses revirements. Elle est tellement imprévisible, qu’il est des plus hasardeux d’affirmer que la « démocratie » est en train de s’implanter. Il est tout aussi douteux de prétendre le contraire.

Pont crucial, le pays ne possède pas de pétrole : il n’a donc pas à modifier ses politiques selon l’appétit énergétique de l’UE ou des USA.

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Contrairement à la Libye, les institutions typiques de la démocratie à l’occidentale sont implantées depuis longtemps en Tunisie. Ce pays est une république à la française depuis 1956. De nombreux travailleurs y sont syndiqués et les médias y sont nombreux. Les régions disposent de leurs propres organes gouvernementaux. Les ONG y sont nombreuses et actives depuis longtemps.

Ce n’est donc pas tant l’instauration d’instances ou d’organismes démocratiques que la population demandait avec son « Dégage Ben Ali » en janvier, mais le bon fonctionnement d’institutions qui ont été totalement détournées et muselées au profit d’un seul parti politique, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), le parti de Ben Ali. Avant le 14 janvier, il comptait 2 millions de membres sur une population de 10 millions.

C’est pourquoi nombre de Tunisiens, à coup de manifs et de Sit-in, ont par la suite fait tomber, et en moins de deux mois, deux gouvernements provisoires composés de caciques du RCD.

« Pas question que l’on nous vole notre révolution ! » « Aucun détournement de la révolution ! » « Pas question de retour en arrière ! »

Voilà les slogans que les gens de la Kasbah scandaient. Leurs porte-parole officiels exigeaient que des réformes politiques soient lancées afin de redonner force et pouvoir à des institutions politiques et civiles déjà existantes.

Mais au même moment, la majorité silencieuse entrait en scène à la Kobba : cette floue majorité silencieuse voulait l’arrêt des grèves, des Sit-in et des manifs, le retour à la sécurité et au travail. Elle affirmait que les anarchistes militants qui manifestaient à la Kasbah pour les réformes politiques voulaient en vérité leur voler leur révolution, que ces gens ne parlaient pas au nom du peuple, mais pour eux-mêmes…

C’est dans cette ambiance de « division » qui a fait 6 mort à Tunis en deux jours que le troisième gouvernement est entré en fonction.

Ce troisième gouvernement en deux mois est clairement plus pur de membres du RCD que les deux premiers. Il a clairement apaisé les tensions, acceptant les revendications de la Kasbah : tenir des élections d’une assemblée constituante (prévues le 24 juillet, la future assemblée rédigera une nouvelle constitution et prépara les élections présidentielles). Le tout en apaisant les craintes de « la majorité silencieuse », en convainquant tout le monde de cesser les grèves et de retourner au travail, pour faire tourner l’économie.

Une semaine après son arrivée, le gouvernement de Essebsi a aussi aboli la terrible et tortionnaire police politique. Un juge a depuis officiellement dissout le fameux et pitoyable RCD.

On sent depuis la Tunisie sur la bonne voie. Des initiatives sont prises, comme celle-ci, qui nous rappelle à chaque fois le caractère exceptionnel des jours que vivent les Tunisiens : imaginez qu’au Québec, les conseils municipaux des 1 000 villes soient dissous et que l’on invite les citoyens à s’inscrire afin de devenir conseillers temporaires jusqu’aux élections.

Le hic, c’est que cette initiative n’a pas été portée à l’attention ni des médias, ni du public. Le bémol est que le Ministère de l’intérieur (encore lui !), n’a donné qu’une semaine aux gens pour se présenter et qu’il n’a pas précisé comment serait jugées les candidatures.

Du coup, sur FB, où j’ai appris la nouvelle, on se demande si les caciques ne seront pas avantagés par ces manières douteuses de procéder. Et l’on repart le questionnement: le ménage a-t-il bel et BIEN été fait ?

Et voilà le doute qui renaît, dans l’ombre de l’espoir.

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Ainsi vont les lendemains de révolution. Tel un funambule perché à 100 000 mètres au-dessus d’un vide absolu, poussé d’un côté par le vent silencieux de la continuité et de la sécurité pécuniaire, et de l’autre par le vent grisant et inopiné de la liberté, l’Homme tente de faire la part des choses, toujours tiraillé entre l’espoir d’un pays qui avance désormais la tête haute et le doute que les racines de la malversation n’aient pas été assez profondément arrachées de la terre.

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